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Par Le Fonds du Bien Commun - Publié le 1 février 2024 - 12:03 - Mise à jour le 2 février 2024 - 10:15
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Entretien avec Anne Lhuillier, en charge des Solidarités & Fragilités au Fonds du Bien Commun

Anne Lhuillier a rejoint le Fonds du Bien Commun en 2023 pour mettre son expertise en matière de Solidarités au service des projets accompagnés. Précédemment Directrice du mécénat social pour la Fondation Bettencourt Schueller, son parcours engagé pour la philanthropie est riche d'enseignements.

Anne Lhuillier - Solidarités
Anne Lhuillier - Solidarités
  • Vous prenez part au pôle Solidarités et Fragilités du Fonds du Bien Commun. Quel est votre état des lieux en la matière pour le pays ?

 

Les sujets de solidarité sont de plus en plus prégnants aujourd’hui. L’anxiété augmente, la pauvreté aussi, les différents confinements ont contribué à isoler …. Les gens ont tellement soif de lien social et ils ne trouvent pas où s’abreuver. Heureusement de nombreux acteurs, chacun à sa place, cherchent à jouer un rôle pour retisser ces liens et contribuer au bien commun. En m’engageant dans le secteur, j’ai eu envie d’être un de ces maillons.

 

  • Quel était votre mission à la Fondation Bettencourt ?

 

Je suis arrivée en 2014 à la Fondation Bettencourt Schueller pour créer et structurer l’équipe solidarité. J’ai écrit la stratégie puis recruté une équipe formidable. Durant 7 ans, nous avons sélectionné et accompagné des dizaines d’association œuvrant pour l’autonomie de la personne et le lien social, ou contribuant à la structuration du secteur associatif. Je pourrai citer par exemple L’Institut de l’Engagement, Simon de Cyrène, Le Rocher, Espérance Banlieues ou le Centre Français des Fondations. Entrer dans les feuilles de route d’associations, comprendre leurs enjeux, rencontrer les porteurs de projets, défendre les projets devant la famille et le CA, puis accompagner au quotidien les équipes sur leurs sujets stratégiques d’essaimage et de passage à l’échelle, dans un esprit d’équipe en « mouillant la chemise » à leurs côtés… Voilà quel a été le rôle passionnant que j’ai pu jouer à la Fondation.

 

  • Après avoir travaillé à la fois dans des entreprises comme XO éditions et des ONG telles que l’Arche, l’Unicef France et la Fondation Bettencourt, pourquoi avoir choisi le Fonds du Bien Commun ?

Lorsqu’il y a deux ans j’ai eu connaissance de la naissance du Fonds du Bien commun, j’ai immédiatement eu envie d’échanger avec l’équipe. Voir un fonds se lancer sur le sujet du Bien commun, là où notre secteur préfère parler d’intérêt général, sur des thématiques qui me tiennent à cœur depuis près de 20 ans que je suis engagée dans le secteur, m’a enthousiasmée. D’autant plus que le Fonds du Bien Commun est un acteur très atypique, avec ses trois leviers d’action - fonds de dotation, fonds d’investissement, incubateur - ce qui démultiplie sa capacité d’impact.

 

 

  • Comment intégrer au mieux une organisation en pleine croissance ?

 

Dans toute ma carrière professionnelle, depuis ma sortie d’HEC, j’ai toujours créé les postes que j’ai occupés. J’aime participer à des aventures qui se lancent, rejoindre une équipe quand elle est en train d’écrire sa feuille de route. J’ai aussi été inspirée par la recherche d’excellence de l’équipe. Enfin, j’ai vu dans le fait que les profils de l’équipe soient très différents du mien, et de ceux que j’avais pu connaitre jusque-là, une véritable complémentarité.

 

  • Accompagnement du grand âge, conjugalité, fécondité, parentalité… Vous portez avec votre équipe des sujets cruciaux. Quels sont vos enjeux prioritaires ?

 

Nous essayons de construire la France des générations futures, et ces quatre sujets sont au cœur de nos vies. Chacun est donc important. Mais si je dois en mettre un plus en avant, c’est celui de la natalité. En effet, c’est un sujet crucial, garant de l’avenir de notre pays, tant du point de vue de son modèle social que de son influence. Et il nous paraît peu adressé par des acteurs caritatifs. On le sait, notre démographie est en berne et le nombre de naissances ne cesse de baisser : à 1.6 enfants par femme en 2023. Mais les études le montrent, le nombre d’enfants que les Français souhaiteraient reste stable autour de 2,3. Comment soutenir ce désir d’enfants non réalisé, important tant pour son modèle social que son influence, et pour l'épanouissement de chacun ?

  • Pouvez-vous nous donner l’exemple d’un projet que vous soutenez et de son impact ?

 

Nous soutenons par exemple les Maisons Famylia. Chaque année en France 425 000 familles vivent une rupture, impactant plus de 380 000 enfants, entraînant des risques de difficultés scolaires, de mal-logement, de fragilisation relationnelle et sociale, de violences intrafamiliales… Familya apporte une réponse innovante à la fragilisation des liens familiaux en ouvrant des maisons chaleureuses qui proposent à tous une large offre d’accompagnements individuels, d’ateliers, de parcours de formation et de groupes de parole. Ces propositions s’inscrivent dans « une éducation à la relation » à tous les âges de la vie et contribuent au renforcement, au maintien ou à la restauration des liens conjugaux et familiaux. Aujourd’hui, plusieurs maisons Familya ont ouvert. L’objectif est d’en ouvrir partout en France. Le Fonds du Bien Commun apporte à Familya un soutien financier ainsi qu’un accompagnement stratégique et opérationnel.  

  • La conciliation entre vie personnelle et professionnelle est essentielle. Comment liez-vous les deux ?

 

Mon centre reste ma famille, mon mari et mes 5 enfants. C’est un vrai défi de tout mener de front. Je sais aussi que j’ai des compétences, une manière d’être et de faire spécifiques dont le secteur a besoin. J’ai donc décidé de consacrer une partie de mes semaines au Fonds du Bien commun. Je m’organise au mieux et dédie des temps spécifiques à chacun de mes engagements. Pour les femmes, ces questions sont essentielles et chaque jour est un nouveau défi.

 

  • Que gardez-vous de votre diplôme d’HEC ?

 

Dans les moments de doute, je me raccroche souvent à la devise d’HEC « apprendre à oser ». Dans ces moments, je me dis « confiance, avance, ose ». C’est vraiment un cadeau de l’école. Je trouve que c’est une belle inspiration pour les jeunes.

 

  • Enfin, pouvez-vous partager une anecdote ou une expérience inspirante de votre parcours qui a façonné votre engagement ?

 

Mon point de bascule a été un dîner dans une communauté de L’Arche. Je ne connaissais rien au handicap et le handicap mental me faisait peur ; on m’a proposé d’aller dîner dans un foyer à Paris. J’ai accepté, assez effrayée en sonnant à la porte. Mais j’étais interpelée. Comment devais-je me comporter ? Qu’allait-il se passer…. À un moment précis, j’ai accepté de lâcher et de faire confiance. J’ai passé un dîner magnifique autour d’une galette des rois, avec des personnes trisomiques, autistes… en vérité de relations, en oubliant totalement leur déficience intellectuelle dont j’avais peur jusque là. Cela a été pour moi un moment fondateur sur lequel tout mon engagement est fondé : la rencontre avec la personne en situation de fragilité transforme. Elle est source de joie et permet d’accéder à la vraie personne que nous sommes.

 

  • Le mot de la fin ?

 

Notre société aurait tellement à gagner en permettant aux personnes fragiles de nous donner tout ce qu’elles ont à apporter sur les relations, le rapport à l’efficacité, à la rentabilité…. Mais comment permettre ces moments de bascule ?

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