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Par Nos Épaules et Vos Ailes - Publié le 23 avril 2026 - 07:00 - Mise à jour le 23 avril 2026 - 07:00
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L’art, un levier d’inclusion sociale et d’émancipation

Et si l’art était bien plus qu’un loisir ? Longtemps perçue comme un simple espace de divertissement ou d’enrichissement personnel, la pratique artistique est aujourd’hui de plus en plus mobilisée dans le champ social.

Crédit : La Source Garouste
Crédit : La Source Garouste

Pour des enfants et des adolescents fragilisés par le handicap, les difficultés scolaires ou la précarité, créer peut devenir une manière de reprendre confiance, de retisser du lien et de se projeter dans l’avenir.

Soutenues par le fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes, deux associations en donnent une illustration concrète. Le réseau La Source Garouste accompagne depuis plus de trente ans des jeunes de 6 à 18 ans en situation de fragilité sociale, économique ou scolaire, à travers des ateliers menés par un binôme artiste-éducateur. L’association Orange Rouge, de son côté, organise depuis vingt ans la rencontre entre des artistes contemporains et des adolescents de 11 à 17 ans en situation de handicap. Dans les deux cas, les jeunes conçoivent des œuvres ensuite présentées au public.

Un levier reconnu pour la santé mentale et les apprentissages

En 2019, une synthèse de l’Organisation mondiale de la santé fondée sur plus de 3 000 études a mis en évidence les effets positifs des activités artistiques sur la santé et la qualité de vie. En mobilisant les émotions, l’attention, l’imagination et les interactions sociales, elles contribuent notamment à améliorer le bien-être et à rompre l’isolement. Certaines recherches montrent par ailleurs qu’une activité artistique peut entraîner une baisse du cortisol, l’hormone du stress, après environ 45 minutes de pratique.

Les neurosciences permettent de mieux comprendre ces effets. Créer mobilise simultanément plusieurs zones du cerveau liées à la mémoire, aux émotions et au plaisir. La pratique artistique renforce la plasticité du cerveau, un mécanisme clé des apprentissages. Elle offre aussi un mode d’expression, particulièrement précieux pour ceux qui peinent à mettre des mots sur leurs ressentis. En s’appuyant sur l’expérimentation, la pratique artistique permet de contourner certains blocages et de réengager progressivement la capacité d’agir de publics particulièrement vulnérables.

Restaurer la confiance et le sentiment de capacité

La pratique artistique est particulièrement adaptée à des jeunes dont les trajectoires sont marquées par des fragilités multiples. À La Source Garouste, les participants sont majoritairement orientés par l’aide sociale à l’enfance, les établissements scolaires ou les services sociaux. « Ils font face à des situations de précarité, d’instabilité, parfois de violence, mais aussi à des troubles du comportement, des difficultés d’apprentissage ou des formes de handicap, visibles ou invisibles », explique Jérémy Goldbaum, responsable du mécénat et des partenariats. Chez Orange Rouge, les adolescents accompagnés, scolarisés en ULIS, SEGPA ou en instituts médico-éducatifs (IME), présentent des troubles cognitifs, psychiques ou du langage. « Ce sont des adolescents singuliers, souvent à la marge, qui ont du mal à trouver leur place et à interagir avec les autres », souligne Corinne Digard, fondatrice et directrice de l’association.

Malgré la diversité des profils, ces jeunes ont, pour la plupart, intégré l’idée qu’ils n’étaient « pas capables », en raison de leurs difficultés scolaires ou du manque de valorisation dans leur environnement. « À La Source Garouste, certains arrivent en atelier en retrait, parfois mutiques ; d’autres adoptent une posture de défiance, voire de rejet », observe Jérémy Goldbaum.

Comme le souligne Corinne Digard, les cadres dans lesquels évoluent ces jeunes — scolaires, éducatifs ou médicaux — tendent à les assigner à leurs difficultés : « Le projet artistique vient rompre avec cette logique. Il ne part pas de ce qui manque, mais de ce qui peut être imaginé, fait, proposé ». La relation avec l’artiste joue ici un rôle déterminant : « Il ne connaît pas les jeunes et n’a pas d’a priori ; il s’intéresse avant tout à leur personnalité. Cette relation très horizontale les valorise énormément et les aide à sortir d’une forme de passivité ».

Enfin, la notion de plaisir est essentielle. « À partir du moment où il y a du plaisir, on peut remettre les jeunes en mouvement. On constate un changement réel suite aux ateliers », souligne Jérémy Goldbaum.

Des compétences clés au cœur des apprentissages

Au-delà de la remobilisation, la pratique artistique constitue un cadre particulièrement favorable à l’acquisition de ce que l’Unesco définit comme les compétences du XXIᵉ siècle, les « 4C » : créativité, collaboration, communication et esprit critique.

En créant une œuvre, les jeunes expérimentent, testent, inventent. À Orange Rouge, ils peuvent concevoir un film, une installation ou une série photographique ; à La Source Garouste, ils explorent aussi bien les arts plastiques que les arts vivants ou l’artisanat. Pour des jeunes en difficulté, cette liberté permet de contourner certains blocages et de mobiliser d’autres formes d’intelligence, souvent peu valorisées dans le cadre scolaire.

Qu’elle soit individuelle ou collective, la création artistique favorise le travail en commun et la coopération. « La création d’une œuvre contribue à faire tomber les barrières et à désamorcer certains préjugés. La parole de chacun est écoutée, respectée », souligne Jérémy Goldbaum. « Cela crée des liens forts entre des jeunes aux problématiques différentes et leur permet de se soutenir mutuellement », observe Corinne Digard. Les projets favorisent aussi l’expression, sous des formes multiples, par le geste, le corps ou la parole, permettant à chacun de trouver sa place et d’être reconnu.

Enfin, la découverte de nouveaux lieux, les rencontres avec des artistes et les restitutions permettent aux jeunes de se projeter autrement. « Nous avons constaté que certains découvrent des domaines comme la scénographie, la photographie ou le textile et commencent à envisager des parcours auxquels ils n’auraient jamais pensé », souligne Corinne Digard. Jérémy Goldbaum observe, de son côté, que « beaucoup de jeunes vivent les filières manuelles comme une contrainte, une orientation subie. Le fait de créer, de manipuler, de produire redonne de la valeur à ces savoir-faire ».

L’accès à la culture : une inégalité matérielle… et symbolique

Si ces projets sont aussi structurants, c’est qu’ils viennent répondre à des inégalités d’accès à la culture. En France, la fréquentation des lieux culturels reste étroitement liée à l’origine sociale, aux ressources économiques et au territoire de vie (voir encadré chiffres clés).

À La Source Garouste, par exemple, Jérémy Goldbaum observe : « entre 30 % et 50 % des jeunes que nous accompagnons n’ont aucune activité culturelle ou de loisir en dehors des ateliers ». Mais les conditions matérielles ou logistiques ne sont pas les seuls obstacles. « Dans certains quartiers, les équipements culturels sont proches, mais les familles et les enfants n’osent pas y aller, ils ne s’y sentent pas à leur place. »

Dans ce contexte, ces associations rendent accessibles des lieux et des pratiques qui restaient jusqu’alors hors de portée. Cette dynamique produit des effets au-delà des seuls bénéficiaires. Corinne Digard décrit ainsi un véritable « effet de chaîne » : « les adolescents invitent leurs parents aux restitutions ou aux expositions. Des familles qui ne fréquentaient jamais les lieux culturels franchissent ainsi une première fois leurs portes. Les enseignants, de leur côté, prolongent souvent l’expérience en développant de nouveaux projets artistiques. »

L’impact se joue aussi dans le rapport aux lieux de vie. À La Source Garouste, les œuvres réalisées (fresques, installations, créations collectives) restent souvent dans les structures d’accueil ou les quartiers. « Un lieu qui était subi peut devenir un lieu qu’on s’approprie grâce à ses réalisations. Les jeunes en sont fiers », résume Jérémy Goldbaum.

En rendant l’art accessible, ces deux associations, soutenues par le fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes, font bien plus que proposer un espace d’expression. Elles révèlent des compétences souvent invisibilisées et contribuent à transformer les parcours de ces jeunes comme le regard porté sur eux. Ces initiatives rappellent surtout que l’art est aujourd’hui encore un levier d’épanouissement et d’inclusion encore trop souvent sous-estimé.

 

Chiffres clés : des inégalités d’accès à la culture persistantes

Les ménages les plus aisés consacrent 2 fois plus de budget à la culture et fréquentent davantage les lieux culturels (58 % des cadres vs 31 % des ouvriers).

Près d’1 jeune sur 2 (13-15 ans) ne peut pas acheter régulièrement des biens culturels, et 57% en milieu rural.

Le principal frein reste le coût (57 %), devant le manque de temps (46 %) et les difficultés de transport (24 %).

Seuls 6 % des jeunes de 13 à 25 ans déclarent ne rencontrer aucune difficulté d’accès à la culture.

 2 jeunes sur 3 (13-25 ans) estiment ne pas trouver d’offres culturelles adaptées près de chez eux (78 % en milieu rural).

Sources : INSEE, 2025 ; Crédoc / Ministère de la Culture, 2025 ; Ipsos – Observatoire E. Leclerc des Nouvelles Consommations, 2025.

En savoir plus sur Nos Épaules et Vos Ailes

Nos Épaules et Vos Ailes est le fonds de dotation de l’association GPMA qui accompagne des projets d’associations agissant dans les domaines de la santé, du handicap et contre toutes formes de fragilités sociales. À travers trois programmes de mécénat, Nos Épaules et Vos Ailes soutient des associations pour leur permettre de développer leurs actions :

- Le partenariat pluriannuel : un soutien pluriannuel pour 7 associations partenaires ;

- Le mécénat ponctuel : un financement unique pouvant atteindre jusqu’à 20 000€ pour développer des projets associatifs ;

- L’opération Atout Soleil : chaque année depuis 2007, le prix Atout Soleil récompense une quinzaine d’associations qui œuvrent auprès des personnes vulnérables.

 

En savoir plus sur Orange Rouge

Créée en 2006, Orange Rouge est une association d’intérêt général, agréée Jeunesse et Éducation Populaire.

Chaque année, une quinzaine de projets sont menés en Île-de-France, sous forme d’ateliers (40 heures de pratique artistique et 10 heures de sorties culturelles). Co-construits avec les jeunes, ces projets aboutissent à la réalisation d’une œuvre collective, exposée dans un lieu d’art reconnu. Depuis 2006, 280 artistes ont collaboré avec l’association, qui accompagne chaque année entre 150 et 200 jeunes.

 

En savoir plus sur La Source Garouste

Créée en 1991 par les artistes Gérard et Élizabeth Garouste, La Source Garouste est une association à vocation sociale et éducative. Son réseau, composé d’une dizaine d’associations locales réparties sur le territoire, propose des ateliers de création artistique de 20 heures, co-animés par un artiste professionnel et un éducateur. Chaque projet donne lieu à des œuvres individuelles et collectives, restituées publiquement. En 2024, l’association a mené 370 projets, accompagné près de 10 000 jeunes (plus de 15 000 bénéficiaires avec les familles) et mobilisé plus de 200 artistes.

 

Principales références
  • Organisation mondiale de la santé (2019), What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being? A scoping review.
  • Kaimal G. et al. (2016), Reduction of cortisol levels and participants’ responses following art making, Art Therapy: Journal of the American Art Therapy Association.
  • Strang, C. E. (2024), Art therapy and neuroscience: evidence, limits, and myths, Frontiers in Psychology, octobre.
  • Normand R. (2025), L’impact de l’éducation artistique sur les apprentissages : ce que dit la recherche, News Tank Éducation, janvier.
  • Ministère de la Culture – DEPS (2025), Statistiques culturelles. Résultats du baromètre Crédoc – Édition 2025, juillet.
  • Ipsos – Observatoire E.Leclerc des Nouvelles Consommations (2025). Les 13-25 ans et la culture : accès, pratiques et freins.
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