Comment le REC accompagne les entrepreneuses dans les territoires fragiles
À deux ou trois ans d’existence, beaucoup de projets de l’économie sociale et solidaire entrent dans une zone de vulnérabilité. Les aides à la création se raréfient, les fondateurs sont supposés « autonomes », alors même que surgissent les défis les plus structurants : premiers recrutements, consolidation du modèle économique, pilotage financier... C’est précisément à ce moment charnière que se positionne le Réseau des Entrepreneurs Citoyens (REC).
« On intervient à un moment où l’on considère souvent, à tort, que l’entrepreneur n’a plus besoin d’accompagnement », résume Lina Fahsi, directrice du développement du REC. Depuis quinze ans, l’association accompagne des dirigeants et dirigeantes de l’ESS pour sécuriser leur trajectoire, renforcer leurs compétences de pilotage et les inscrire durablement dans leur écosystème territorial.
Accompagner quand tout se complexifie
Né en Île-de-France, le REC s’est progressivement déployé dans d’autres régions – Bretagne, Pays basque, Martinique – avec une attention particulière portée aux territoires fragilisés, marqués par des déséquilibres économiques, sociaux ou démographiques. Des espaces où l’entrepreneuriat n’est pas seulement un levier de création d’activité, mais un outil de maintien de services essentiels et de dynamisation locale.
Depuis 2022, le REC a structuré un programme spécifique, dédié à l’entrepreneuriat des femmes, inspiré de dispositifs mis en place par des ONG internationales. « Les femmes sont à la fois des actrices clés de l’impact social et un public plus exposé aux fragilités, notamment dans les zones rurales ou les quartiers prioritaires », explique Lina Fahsi. L’objectif n’est pas uniquement de soutenir des projets, mais de rompre l’isolement, lever les freins systémiques et créer des communautés d’entraide durables.
De l’entrepreneuse à la dirigeante
Le programme, gratuit pour les participantes grâce au soutien de mécènes comme la Fondation Chanel et Novapec, repose sur trois piliers complémentaires. D’abord, un accompagnement individuel de type coaching professionnel, centré sur la posture de dirigeante, la priorisation stratégique et la prise de décision. « Beaucoup arrivent avec des réticences, et c’est pourtant souvent ce volet-là qu’elles identifient ensuite comme le plus transformant », observe la directrice du développement. S’y ajoute un accompagnement de conseil sur mesure, mobilisant experts internes ou externes, pour travailler un point de blocage précis – structuration financière, organisation, développement commercial. « Ce que nous accompagnons très concrètement, c’est le passage d’un rôle d’entrepreneuse à celui de dirigeante », souligne Lina Fahsi. Un basculement souvent invisible, mais décisif en matière de compétences cadres, de pilotage d’équipe et de pérennisation des structures.
Des projets ancrés, des impacts concrets
Entre 2024 et 2026, 120 entrepreneuses seront accompagnées en Île-de-France et en Bretagne, issues de parcours variés et ancrés dans leur territoire : une coiffeuse du centre Bretagne qui crée un centre de formation pour répondre à la pénurie locale, une entrepreneuse qui valorise le patrimoine culturel immatériel breton, ou encore une ancienne sportive devenue couvreuse, engagée dans la rénovation énergétique et la féminisation d’un métier en tension. « Ce ne sont pas toujours des projets spectaculaires en volume, mais leur impact est extrêmement concret », insiste Lina Fahsi. Pour le REC, ESS et entreprises de proximité répondent souvent aux mêmes enjeux : solitude du ou de la dirigeante, complexité administrative, manque de réseau. Les accompagner, c’est préserver des compétences, des emplois et des services essentiels dans des territoires qui en ont besoin.
Le REC a aussi renforcé ses mesures d’impact. « Le co-financement de Novapec nous a aidés à mettre des mots et des indicateurs sur ce que nous observions intuitivement », reconnaît Lina Fahsi. Les premières données de la dernière étude d’impact montrent, sur la période 2021-2022, des budgets et chiffres d’affaires des structures suivies par le REC en hausse : + 36 % pour les associations, + 39 % pour les entreprises. Avec plus de 200 emplois, l’étude met aussi en évidence des améliorations concrètes pour les lauréates : 87 % déclarent avoir renforcé leurs compétences ; 79 % leur posture de dirigeante et 67 % leur estime d’elles-mêmes.