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Par Carenews INFO - Publié le 15 juin 2026 - 16:57 - Mise à jour le 15 juin 2026 - 17:16 - Ecrit par : Célia Szymczak
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À HEC et Polytechnique, des diplômés contestent les partenariats entre entreprises et grandes écoles

Les cérémonies de remise des diplômes des deux grandes écoles, les 12 et 13 juin, ont été l’occasion, pour des petits groupes d’étudiants, de contester la présence d’entreprises privées sur leurs campus.

Des mobilisations ont eu lieu à plusieurs reprises au sein de l'École Polytechnique ces dernières années. Crédit : iStock.
Des mobilisations ont eu lieu à plusieurs reprises au sein de l'École Polytechnique ces dernières années. Crédit : iStock.

 

Le 12 juin, lors de la cérémonie de remise des diplômes de la prestigieuse École Polytechnique, deux élèves sont montés sur l’estrade, l’un portant un masque représentant le visage de Patrick Pouyanné et l’autre celui de Bernard Arnault, les présidents-directeurs généraux respectifs de TotalEnergies et LVMH. D’autres étudiants portaient les mêmes masques dans le public. La « quarantaine » d’ingénieurs mobilisés ce jour-là, parmi les 550 diplômés, ont ainsi exprimé leurs revendications. 

Dans leur viseur : « la mainmise croissante d’acteurs privés dans l’école », précisent-ils dans un communiqué de presse diffusé le jour même. « Cette logique pousse les savoirs scientifiques à être subordonnés aux intérêts privés, sans en questionner le sens », écrivent-ils.  

 


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Des industries critiquées  

 

Les contestataires estiment que l’école les « forme à travailler au service de quelques grandes entreprises, sans [leur] donner de recul critique sur les conséquences de leurs activités ».  

« On nous dit que la science doit être neutre, mais l’école a une position très marquée sur ce qui est souhaitable ou pas en termes de sciences. Un exemple frappant est la place qu’occupent les industries de l’armement ou des énergies fossiles dans l’école, systématiquement légitimée par celle-ci. On est constamment incité à mettre nos connaissances au profit de technologies guerrières ou écocidaires », ajoutent-ils. Ils revendiquent le soutien d’une « centaine de personnes », signataires d’une pétition portant des revendications « similaires » à celles exprimées à l’occasion de la remise des diplômes. 

 

Des parcours en majorité dans le secteur privé 

 

« L’École polytechnique condamne fermement les agissements qui ont perturbé ce moment solennel. Chacun est libre d’exprimer ses convictions dans le respect du débat d’idées qui fait la richesse de notre communauté. En revanche, détourner une cérémonie consacrée à l’accomplissement d’une promotion entière au profit d’une action militante est contraire à l’esprit de respect et de responsabilité qui fonde notre institution », a réagi Polytechnique sur le réseau social Linkedin.  

« Cela fait quatre ans qu’avec d’autres camarades, nous nous mobilisons. D’autres personnes se sont mobilisées avant. Et rien ne bouge », insiste un membre du collectif, joint par téléphone. « L’école refuse clairement le dialogue et répond de manière non argumentée », poursuit-il.  

Les ingénieurs polytechniciens fraîchement diplômés sont embauchés pour moitié dans des entreprises, 16 % dans les services publics et les corps de l’État, 22 % en doctorat, selon les dernières données d’insertion professionnelle, portant sur la promotion diplômée en 2024. Parmi ceux travaillant dans des entreprises, 30 % intègrent des sociétés de moins de 250 personnes. 

 

Les partenariats remis en question 

 

De leur côté, une quinzaine d'étudiants d’HEC ont diffusé une pétition contre la présence de la directrice générale du gestionnaire d’actifs Amundi, Valérie Baudson, lors de leur remise de diplôme le 13 juin. L’entreprise qu’elle dirige est « l’un des plus gros financeurs de Total », pointent-ils, soulignant l’impact climatique de la compagnie pétrolière.  

Plus largement, ces jeunes diplômés mettent en cause les « partenariats avec des entreprises qui participent activement à l’effondrement de nos systèmes, au déplacement de populations, à la destruction des corps des travailleur·ses et qui profitent directement de la guerre ». Ils citent « Capgemini, Dassault, Thalès, Safran, Canal+, Airbus, Amazon » : ces entreprises « viennent sur le campus, organisent des cours ou y interviennent, participent à des événements professionnels » et sont ainsi « présentées comme les débouchés logiques et souhaitables pour réussir nos carrières », considèrent-ils. Ils affirment, pour leur part, refuser « de se laisser appâter par ces recruteurs ». 

 


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Une communication jugée difficile avec l’école  

 

Le collectif informel portant ces revendications indique compter une centaine de membres issus de plusieurs formations et promotions, ayant mené des actions « activement » contre la présence de ces entreprises, au cours de l’année. Mais ils reprochent à la direction son manque d’écoute. « HEC ne nous écoute pas, voire tente de nous faire taire », considèrent-ils.  

30 % des diplômés du programme grande école d’HEC de la promotion 2025 travaillent dans le secteur financier et 24 % dans le conseil. 4,5 % intègrent la fonction publique ou des ONG.  

Le collectif Eies, pour « Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur », est né fin 2024, afin d’organiser la mobilisation entre différentes écoles et d’amplifier les demandes des étudiants engagés sur ces questions. L’année dernière, il a publié une « cartographie » sur les « liens d’influences des entreprises privées » dans les grandes écoles. « Sur les 20 entreprises les plus présentes dans notre échantillon d'établissements, 5 produisent des armes, 2 du pétrole, 3 sont des banques françaises polluantes, et seulement 4 n'ont pas été condamnées par la justice ou impliquées dans des scandales sociaux ou environnementaux », mettent en avant ses membres.

 

Célia Szymczak 

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