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Par Carenews INFO - Publié le 23 février 2026 - 14:53 - Mise à jour le 23 février 2026 - 15:35 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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À l’ombre du réverbère, des barreaux à la lumière des projecteurs

Dans son « seul en scène », le comédien et ancien détenu Redwane Rajel revient sur des moments marquants de sa vie. Il y raconte son expérience de la solitude et sa rencontre avec le théâtre alors qu’il était encore en prison. Une « lumière » apporté par l’art et la culture, qui fait figure d’exception en détention.

Redwane Rajel jouait sa pièce à l'occasion des 15 ans de la fondation M6 dont l'objet est de favoriser la réinsertion des personnes ayant connu un épisode carcéral. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond
Redwane Rajel jouait sa pièce à l'occasion des 15 ans de la fondation M6 dont l'objet est de favoriser la réinsertion des personnes ayant connu un épisode carcéral. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond

 

« Je suis né ce soir-là sur les planches parisiennes ». Sur la scène du Forum des images, lundi 16 février, Redwane Rajel rejoue par flashs des scènes de sa vie : son enfance à Marseille, son passé dans l’armée française, au sein des parachutistes d’infanterie de marine puis de la Légion étrangère, et surtout son incarcération à Avignon. 

Au fil de son seul en scène, intitulé À l’ombre du réverbère, le comédien nous plonge tour à tour dans la solitude ressentie depuis sa cellule, la culpabilité, la colère mais aussi le deuil, les injustices et les violences du milieu carcéral. Vêtu d’une veste bleu vif, il déroule, avec émotion et parfois humour, son texte d’une voix profonde, entouré simplement de deux miroirs, d’un banc et d’un réverbère.  

 

Le théâtre permet de se retrouver, d’apprendre à redevenir humain »

Redwane Rajel

  

« La lumière, c’est l’art » 

  

« Je n’ai aucun message à passer », confie le comédien, qui dit avoir écrit sa pièce, guidé avant tout par « la cruelle envie de continuer à faire ce métier ». Il a découvert sa passion pour le théâtre alors qu’il était encore incarcéré, condamné pour homicide après « un accident », une bagarre qui a mal tourné. Grâce à un ami détenu, il intègre un groupe de théâtre animé par Olivier Py, metteur en scène et directeur du festival d’Avignon jusqu’en 2022. Au sein de la troupe, il endosse plusieurs rôles dans Les Perses d’Eschyle, Antigone puis Macbeth, part le temps d’une journée jouer avec les autres détenus à Paris et entame une véritable mue. 

« En prison, on garde ses sentiments, on se replie sur soi-mêmeLe théâtre permet de se retrouver, d’apprendre à redevenir humain », témoigne l’ancien prisonnier. C’est aussi « un moment de réconciliation pour la société, un lieu où on peut avoir des réflexions, des prises de conscience extérieures ou intérieures », met-t-il en avant. Bien qu’une grande partie de la pièce décrive son quotidien derrière les barreaux, Redwane Rajel insiste. « Ce n’est pas un spectacle que sur la prison. J’y parle du vide, de la solitude, de l’isolement. Et de la lumière qui est l’art ». 

Le comédien a été particulièrement marqué par des expériences de justice restaurative qui consiste à faire dialoguer une victime et l’auteur d’une infraction, de la même affaire ou non, pour aider à la fois à la reconstruction de la première et à la responsabilisation du second. Il revient dans son spectacle sur des thèmes qu’il a abordés à ces occasions. « Le texte pourrait aussi être celui d’une personne qui se retrouve face à un drame ou d’une victime. Souvent, elle se retrouve encore plus isolée que l’auteur », souligne-t-il. 

  

Le manque d’effectifs [en prison] accroît les tensions et les incompréhensions »

Redwane Rajel

  

Les défaillances du système carcéral 

  

« La solitude, ça rend fou », s’exclame justement le comédien sur scène. En filigrane de son histoire, transparaissent les défaillances du système carcéral, marqué par la surpopulation et les manques d’effectifs. Deux ans en quartier d’isolement le plongent par exemple dans la drogue, fournie par un détenu incarcéré dans la cellule voisine de la sienne. Autre épisode troublant : une erreur administrative qui change sa relation avec ses enfants.  

« J’essaie de faire preuve de nuances et je ne jette pas la pierre aux surveillants. C’est le manque d’effectifs qui accroît les tensions et les incompréhensions », décrit l’ancien détenu. « Toutes les prisons ne sont pas pareilles. Le degré de violence change », précise-t-il.

 


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Sauvé par le théâtre alors qu’il était en détention, Redwane Rajel est-il une exception ? Parmi les sept prisonniers ayant joué avec lui à Paris, la majorité sont de nouveau en incarcération ou sont décédés. Selon le ministère de la justice, parmi les sortants de prison en 2016, près de 63 % ont commis une nouvelle infraction dans les cinq ans.  

  

Une pièce éligible aux Molières 2026 

  

« La prison est très mal faite. Il y a énormément de pauvreté et de personnes qui sont malades », pointe Redwane Rajel. « C’est important de continuer à se battre pour la culture, à l’extérieur comme à l’intérieur des murs », défend-il. 

Après avoir joué dans de nombreux théâtres, mais aussi en prison ou devant des collégiens et des lycéens, il savoure aujourd’hui les retours positifs chez de nombreux jeunes rencontrés et parmi les professionnels du théâtre. Sa pièce est d’ailleurs présélectionnée pour les Molière 2026. « C’est une fierté et une forme de reconnaissance vis-à-vis de toutes les personnes qui m’ont fait confiance jusqu’à aujourd’hui et m’ont tendu la main », se réjouit-il. 

 


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Élisabeth Crépin-Leblond 

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