Eaux, ressources, climat : les impacts environnementaux de l’IA détaillés
L’association Green IT a dévoilé le 30 septembre, dans le cadre du salon Produrable, un rapport sur les impacts environnementaux de l’IA. Ses préconisations rejoignent en partie celles d’une mission d’information parlementaire rendues quelques jours plus tôt.
L’utilisation de technologies d’intelligence artificielle a quatre impacts environnementaux majeurs, apprend-on dans un rapport présenté par l’association Green IT le 30 septembre, dans le cadre du salon Produrable. Elle contribue notamment au réchauffement climatique global (35 % des impacts étudiés) ; à l’eutrophisation, un phénomène de perturbation des milieux aquatiques (23 %) ; à l’épuisement des ressources minérales, métalliques et fossiles (19 %) ; et à des émissions de particules fines (15 %). « Dans le contexte technique actuel, les impacts environnementaux de l’IA devraient être multipliés par 6 à 7 entre 2025 et 2030 » à l’échelle mondiale, écrivent les auteurs.
La majorité de ces impacts découle de la consommation d’électricité nécessaire au fonctionnement des centres de données. Si ses sources en France sont quasi-intégralement d’origine nucléaire ou renouvelable, elles sont en majorité fossiles ailleurs dans le monde. « Notre étude révèle que le développement de l’IA est insoutenable. Nous devons faire des choix dans nos usages de cette technologie car, en cas de statu quo, les conséquences pour l’environnement et pour les populations seront irréversibles », résume Laure Alfonsi, ingénieure, membre de Green IT et coautrice du rapport.
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Des impacts non comptabilisés
« La seule solution efficace à court terme pour réduire les impacts de l’IA » consiste à « réduire la consommation d’IA par les utilisateurs », considèrent les auteurs. « Toute solution technologique mise en avant ne permettra pas de traiter le problème dans son ampleur », estiment-ils.
« Il n’y a aucun signe de réduction des impacts environnementaux de l’IA dans les modèles économiques, technologiques de l’industrie de l’IA et dans la production d’électricité pour alimenter les centres de données », argumente Frédéric Bordage, qui se définit comme « expert en sobriété numérique » et est également coauteur de l’étude. « Les derniers modèles de GPU [pour graphics processing unit], les processeurs au cœur des technologies de l’IA, consomment toujours plus d’électricité », illustre-t-il.
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Les auteurs de l’étude travaillent tous dans le domaine des impacts environnementaux du numérique. Ils ont mesuré, bénévolement et en s’appuyant sur des standards reconnus, les conséquences de la fabrication des serveurs IA, puis de leur exploitation dans les centres informatiques, à l'échelle mondiale.
L’étude ne comprend « pas tous les impacts environnementaux et sanitaires de l’IA mais uniquement ceux qui ont lieu au sein des centres informatiques », précisent les auteurs. Ceux des réseaux reliant les infrastructures et les utilisateurs, ainsi que ceux des équipements permettant d’utiliser l’IA, comme les ordinateurs ou les smartphones, ont par exemple été exclus. Par ailleurs, le rapport « ne distingue pas les différents types d’intelligence artificielle ».
Favoriser « l’IA frugale »
« Nous avons considéré 13 millions de serveurs IA en activité dans le monde en 2025 et 25 millions en 2030 », indiquent les auteurs, en s’appuyant sur les ventes et les prévisions de ventes, « sur lesquelles nous avons une très forte certitude », selon Frédéric Bordage. En se fondant sur cette projection, ils estiment que les émissions de gaz à effet de serre de l’IA, à l’échelle mondiale, « vont passer de 99 à 636 millions de tonnes équivalent CO2 entre 2025 et 2030 ».
Ils adressent plusieurs recommandations aux pouvoirs publics, les incitant d’abord à élaborer une « trajectoire de déploiement de l’IA » puis à « légiférer en faveur d’un plan “sobriété IA” pour contenir l’offre », en déployant des mécanismes « dissuasifs pour les IA “inutiles” ou aux impacts nets trop importants et des mécanismes incitatifs pour les IA “utiles” et / ou “au bilan environnemental net positif” ».
Ils appellent également à « créer une filière d’excellence IA frugale et responsable », à « rendre obligatoire l’écoconception des IA hébergées en France » et à mettre en place un système de bonus/malus pénalisant les centres de données fonctionnant avec des énergies fossiles. En outre, ils recommandent de sensibiliser les utilisateurs, par de l’information et de la formation à l’école et dans l’enseignement supérieur, ainsi qu’au moyen d’une campagne visant le grand public.
La moitié de la population utilisatrice
Au Sénat, une mission d’information sur l’empreinte environnementale de l’IA a rendu ses conclusions le 16 septembre dernier, avec des recommandations en partie analogues à celles de l’association. « L’IA constitue un défi environnemental pour la planète et le développement d’une IA frugale est une opportunité pour la France et pour l’Europe », peut-on lire dans le rapport. En 2030, évaluent les sénateurs, son empreinte carbone pourrait atteindre « deux fois les émissions annuelles de la France » juste pour les centres de données.
Les parlementaires préconisent entre autres de « lancer une politique européenne ambitieuse en faveur de l’IA frugale » ou de « créer un écoscore pour les principaux modèles de langage ». Ils souhaitent également « généraliser l’éducation à l’IA [...] de l’école à l’enseignement supérieur » et lancer une « campagne nationale de sensibilisation à l’empreinte environnementale de l’IA ».
Ils invitent aussi à « encourager l’implantation de centres de données durables » et à « créer un choc d’accélération pour le raccordement des centres de données ». « Il y a une ambiguïté dans le rapport du Sénat : la majorité des recommandations vont en effet permettre de réduire des impacts. Mais quelques recommandations vont annihiler toutes les autres. La simple recommandation d’accélérer le raccordement des centres de données risque de réduire à néant les effets des autres recommandations », regrette Frédéric Bordage.
En juin 2025, 48 % de la population recourait à l’IA générative, selon un baromètre publié par divers organismes publics, dont l’Arcom, et réalisé par le Crédoc. C'était notamment le cas de 85 % des 18-24 ans.
Célia Szymczak 