L’association Social Builder veut connecter les femmes aux « métiers d’avenir »
Depuis 2011, l’association Social Builder sensibilise des femmes sur les métiers du numérique et les secteurs techniques d’avenir. Fondée pour répondre à une asymétrie genrée, elle organise les 3 et 4 juin l’évènement Tech Boost’her en partenariat avec France Travail et l’Apec. Les objectifs : toucher un large public et ne pas laisser le sujet de l’égalité professionnelle tomber dans l’oubli.
Il y a quinze ans, Emmanuelle Larroque a fondé l’association Social Builder avec pour but d’encourager les femmes à se tourner vers les métiers du numérique. Son constat : une « discrimination systémique » dans le secteur, éloignant les femmes « des métiers porteurs ».
« Si on ne dit pas aux femmes qu’elles sont légitimes, leur intégration dans ces métiers est beaucoup plus longue », argumente l’entrepreneuse sociale. En cause, selon la présidente de Social Builder, « une éducation qui crée une distance entre les femmes et ces sujets », mais aussi « une culture qui les a ostracisées » au fil du temps.
Un décrochage des femmes dans le secteur du numérique
Au début de l’informatique jusqu’en 1984, elles étaient nombreuses à s’orienter vers ce secteur et la parité entre femmes et hommes globalement atteinte. Mais avec l’arrivée du mini-ordinateur et l’évolution du secteur, les représentations se sont transformées, jouant en défaveur des femmes. Selon l’Insee, les femmes occupaient moins d’un quart des emplois dans les professions du numérique en France en 2023.
Si elles sont plus diplômées que leurs homologues masculins dans ce secteur (70 % sont diplômées de l’enseignement supérieur contre 62 % des hommes), elles sont moins souvent cadres (62 % contre 70 % des hommes). Plus jeunes, elles occupent également davantage des postes avec une dimension relationnelle. 27 % des femmes exercent ainsi une profession relevant de la communication, de l’interface avec l’utilisateur et de la création numérique, contre 8 % des hommes.
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Elles sont proportionnellement plus nombreuses dans les métiers émergents de l’analyse de données et de l’intelligence artificielle, mais plus rares dans les métiers purement techniques comme l’informatique et les systèmes d’informations (36 % des femmes travaillant dans le secteur occupent ce type de postes, contre 57 % des hommes) ou encore dans les métiers des télécoms et infrastructures réseaux (3 % des femmes du secteur, contre 10 % des hommes).
Au-delà des intérêts économiques qu’apporte l’égalité des chances, on ne peut plus laisser les femmes être des citoyennes de seconde zone.
Emmanuelle Larroque, fondatrice de Social Builder.
Un rôle de sensibilisation
Or, cette sous-représentation est loin d’être anodine, estime Emmanuelle Larroque. En plus d’empêcher certaines femmes « de vivre pleinement leurs vies », elle tient la moitié de la population à l’écart de secteurs pourtant déterminants dans l’évolution de la société, appuie la fondatrice de Social Builder. « Au-delà des intérêts économiques qu’apporte l’égalité des chances, on ne peut plus laisser les femmes être des citoyennes de seconde zone », défend-elle.
L’arrivée de l’intelligence artificielle accentue la pression, avec des menaces sur les métiers support (finance, juridique, marketing…) largement « féminisés », pointe Emmanuelle Larroque. « Il y a un enjeu massif de requalification de la population. Dans ce contexte, il absolument cibler les métiers les plus à risques et ne pas laisser les femmes en périphérie », insiste-t-elle.
Pour y parvenir, Social Builder mise avant tout sur la sensibilisation et l’information. L’association, qui travaille en partenariat avec France Travail et l’Apec, organise régulièrement des ateliers de rencontre avec des professionnels, destinées à des femmes de tous âges et de tous profils. Elle a également créé la « Social Builder Academy », une plateforme d’e-learning pour guider et former les femmes vers les métiers numériques et tech.
Depuis sa création, Social Builder a ainsi accompagné 80 000 femmes, met en avant sa fondatrice. « Nous sommes un point d’entrée. Notre approche est de créer des environnements où il n’y pas d’enjeu, pour essayer de susciter des vocations », présente-t-elle.
Tech Boost’her, un événement pour informer et « donner de la visibilité » à ces thématiques
« Si on crée les bonnes passerelles, les femmes y vont », abonde Emmanuelle Larroque, soulignant en parallèle « la chance d’être dans un pays où il des financements pour la formation ».
Pour toucher un public à plus grande échelle, l’association organise son premier évènement d’ampleur à Paris les 3 et 4 juin, en partenariat avec l’Apec et France Travail. Intitulé « Tech Boost’her », le salon a pour ambition de rassembler 10 000 femmes afin de leur permettre « de transformer leur curiosité en opportunité professionnelle dans les métiers d'avenir numérisés - de la cybersécurité à l'IA, en passant par la ville durable et l'industrie du futur ».
En plus de la sensibilisation, l’objectif est « donner de la visibilité à ces thématiques et faire en sorte qu’elles ne sombrent pas à un moment où il y a d’autres sujets qui s’empilent », argumente Emmanuelle Larroque.
Des coupes budgétaires
Depuis la création de Social Builder, « peu de choses ont évolué réellement » dans la société, déplore-t-elle. Malgré une visibilité plus grande de l’inclusion professionnelle des femmes dans les discours politiques et une popularisation du sujet, les écarts continuent de se creuser.
Dans les entreprises, « d’un point de vue corporate, le discours de l’égalité professionnel est toujours très fort surtout dans le secteur numérique et technologique, où il y a un constat d’échec collectif. En revanche, l’investissement dans les programmes a diminué ces deux dernières années, avec des dotations beaucoup plus limitées », rapporte-t-elle.
L’association, qui est financée grâce à des fondations d’entreprises et à des financements publics dans le cadre du plan France 2030, fait, comme de nombreux acteurs du secteur, face à une diminution de ses moyens. « Il y a des coupes budgétaires importantes de la part des partenaires publics. D’un autre côté, des entreprises engagées ont limité voir supprimé leur soutien pour se repositionner sur d’autres publics », témoigne Emmanuelle Larroque.
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Dans ce contexte, « notre enjeu est qu’on n’oublie pas les femmes », appuie-t-elle craignant que « sans actions spécifiques, elles restent en marge des politiques publiques ».
Élisabeth Crépin-Leblond 