L’Insee publie son baromètre sur l’éco-anxiété et les pratiques quotidiennes
« Les changements environnementaux inquiètent, mais les pratiques quotidiennes ne sont pas guidées par l’écologie », révèle le baromètre de l’Insee sur l’éco-anxiété et les pratiques quotidiennes, publié le 25 juin.
Selon les données collectées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), quatre personnes sur dix se déclarent très inquiètes face au changement climatique. Toutefois, sur sept enjeux proposés comme prioritaires pour le pays, l’environnement n’est cité comme le principal que dans 8,8 % des cas. Cela le place en cinquième position, loin derrière la santé (citée par 23,6 % des répondants), la violence et l’insécurité (23,5 %), les inégalités et le pouvoir d’achat (18,8 %), et les tensions internationales (9 %). Il reste cependant devant le chômage (8,5 %) et l’immigration (6,7 %).
L’institut rappelle que ces tendances ne sont pas stables mais évoluent avec la conjoncture économique et internationale notamment. Par exemple, le climat a atteint un point haut dans les préoccupations des Français en 2019, après la publication du rapport spécial du Giec sur le réchauffement climatique et les terres émergées.
Les profils les plus touchés
L’inquiétude face au réchauffement climatique n’est pas répartie homogènement dans la population française. L’Insee souligne une plus forte inquiétude chez les plus diplômés, les femmes, et les habitants de zones urbaines denses.
Ceux qui citent l’environnement comme le premier enjeu pour le pays sont plutôt jeunes (12 % pour les moins de 35 ans contre 6 % pour les plus de 65 ans), plus diplômés (18 % contre 5 % pour les peu ou pas diplômés) et « satisfaits de leur vie » (11 % contre 5 %).
Ces inquiétudes impactent la santé mentale. En effet, 10 % de la population française présenterait des symptômes psychologiques liés à l’éco-anxiété. Les personnes concernées sont généralement plus pessimistes pour les générations futures et plus déprimés, mais elles ont un niveau de satisfaction dans la vie équivalent à la moyenne soit 6,6 sur 10. Les personnes ayant citées l’immigration comme enjeu principal pour le pays sont quant à elles les moins nombreuses à se déclarer « très inquiètes » face au dérèglement climatique.
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Trois actions pour limiter son empreinte carbone
Les répondants ont été interrogés sur trois actions permettant de réduire l’impact carbone : la limitation du chauffage, la baisse de consommation de viande rouge et le choix de transports moins émetteurs de gaz à effet de serre pour les trajets de plus de 100 kilomètres. Les résultats révèlent que les efforts en la matière sont rarement réalisés pour des raisons environnementales.
En effet, 82 % des Français limitent leur chauffage en hiver, la sobriété énergétique étant souvent citée comme un bon moyen de limiter les impacts sur l’environnement. Cependant, parmi les personnes ayant déclaré diminuer le chauffage, seules 12 % déclarent le faire pour l’environnement, contre 65 % pour des raisons économiques.
48 % des personnes déclarent limiter leur consommation de viande rouge, mais la protection de l’environnement et le bien-être animal ne recueillent respectivement que 10 % et 7 % des motifs avancés. Les raisons principales sont économiques ou sanitaires. Cependant, 28 % des moins de 35 ans ayant choisi de réduire leur consommation de viande rouge citent l’environnement comme premier motif, contre 12 % des plus de 65 ans.
Quant au dernier déplacement personnel de plus de 100 kilomètres, 75 % des personnes interrogées l’ont effectué en voiture, contre 16 % en transports en commun terrestres et 8 % en avion. Les utilisateurs de la voiture expliquent leur choix le manque d’alternatives pour certains trajets, le besoin de place ou encore les contraintes horaires. Inversement, les utilisateurs des transports en commun mettent en avant leur moindre coût et leur aspect pratique, plutôt que l’aspect écologique.
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Inquiétudes, efforts et inaction
39 % des Français considèrent faire plus d’efforts écologiques que les autres, et 49 % estiment en faire autant. Cette impression est plus marquée chez les plus diplômés (46 % contre 36 %) et les ménages les plus aisés. En effet, leur capacité à adopter certaines pratiques environnementales est plus grande, mais leur empreinte carbone n’est pas nécessairement plus faible.
Par ailleurs, plus les personnes sont inquiètes, plus elles adoptent des comportements qui réduisent leur empreinte carbone : 80 % des personnes les plus inquiètes limitent la consommation de viande rouge et 86 % la température du chauffage.
Pour renforcer leurs actions, 34 % des répondants souhaiteraient avoir la preuve que leurs efforts améliorent la situation globale. 26 % des personnes seraient davantage motivées si l’ensemble de la population faisait des efforts et 14 % si les plus riches montraient l’exemple.
L’inaction s’expliquerait par des freins psychologiques (impression d’inutilité, conséquences invisibles des choix faits), sociaux (comportement des pairs, inaction des entreprises) et structurels (matériels ou financiers). C’est ce que les chercheurs en sociologie environnementale appellent le « triangle de l’inaction ».
Bertille Ramboer 