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Par Carenews INFO - Publié le 18 mars 2026 - 16:46 - Mise à jour le 18 mars 2026 - 17:18 - Ecrit par : Célia Szymczak
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La Fourche : le bio en ligne accessible « pour répondre aux besoins de tous les Français » ?

L’entreprise affirme vendre « le bio en ligne le moins cher de France ». Lucas Lefebvre, co-fondateur, explique comment La Fourche entend tenir ses promesses sociales et environnementales.

Les trois cofondateurs de La Fourche, Boris Meton, Lucas Lefebvre et Nathan Lebat. Crédit : La Fourche.
Les trois cofondateurs de La Fourche, Boris Meton, Lucas Lefebvre et Nathan Lebat. Crédit : La Fourche.

 

Manger mieux coûte cher. Adopter une alimentation saine, plus respectueuse de l’environnement, assurant une rémunération juste aux producteurs : tout cela a un prix et reste inaccessible pour beaucoup de Français. Une réalité dont Boris Meton, Nathan Labat et Lucas Lefebvre prennent conscience en arrivant à Paris pour leurs études à HEC. En 2018, sept ans après avoir obtenu leur diplôme, le trio fonde l’entreprise La Fourche pour faire face à cette « aberration ». 

« Il y a une volonté militante dans la création de la boîte : donner accès au plus grand nombre à une alimentation de qualité et participer à la transition du système agricole », résume Lucas Lefebvre par téléphone, depuis l’entrepôt de sa société en Seine-et-Marne.  

« Il faut réduire les marges » 

 

Sur le site internet lafourche.fr, les clients trouvent des produits variés : huiles, pâtes, plats cuisinés, vins et champagne, produits d’hygiène ou encore fruits et légumes. La page d’accueil promet « le bio en ligne le moins cher de France » et met en avant l’économie par rapport à un panier moyen sur les sites de Biocoop ou Naturalia (88 contre 100 et 109 euros). 

Un modèle vertueux, vraiment ? « Tout l’enjeu du système, c’est comment j’achète à prix juste tout en vendant à prix moins cher. Il n’y a pas un milliard de solutions : il faut réduire les marges », explique Lucas Lefebvre. Faire ses courses sur La Fourche nécessite une adhésion de 60 euros par an. Un moyen de fidéliser les consommateurs, selon le directeur général, et donc de réduire le coût de la publicité, qui passerait ainsi de « 20 % du prix du produit » habituellement à « moins de 5 % ». 

« Nous avons pensé tout notre catalogue pour faire des économies », assure Lucas Lefebvre. « Nous avons peu de produits par rapport à d’autres magasins. La diversité dilue les achats, crée de la perte, de la complexité et des coûts annexes », soutient-il par exemple.  

 

L’impact carbone contre-intuitif de la livraison 

 

Au-delà du bio, parmi les 5 000 références du site, on trouve 10 % de vrac, 9 % d’aliments issus du commerce équitable, ainsi que 950 produits intégralement fabriqués en France, revendique Lucas Lefebvre.   

Les achats doivent être livrés « en trois à cinq jours » à domicile ou en point relais. Un enjeu majeur sur le plan environnemental, à propos duquel La Fourche a commandé une « étude indépendante » en 2024. La livraison émettrait « moins de CO2 qu’un déplacement en magasin », en agglomération ou non. Cela s’explique par les émissions dues aux trajets des consommateurs pour faire leurs courses, majoritairement en voiture et sur de plus longues distances que pour se rendre dans des points relais, mais aussi par la consommation énergétique des magasins, liée par exemple au chauffage ou à l’éclairage. De plus, les supermarchés sont eux-mêmes livrés. Pour ces raisons, même lorsque les courses sont effectuées à pied dans les très grandes agglomérations, l’impact climatique de la livraison resterait inférieur. Mais tout cela s’applique à condition que « le consommateur n’effectue plus le déplacement qu’il effectuait auparavant », soulignent les auteurs. C’est un point important, car les courses de frais ne sont disponibles sur La Fourche que dans certains centres-villes.  

 


Lire également : Quelle agriculture pour demain ? Entretien avec Cédric Rabany, auteur de « Lost in transition agroécologique » 


 

Des conditions de travail pénibles à limiter 

 

Lorsqu’on énumère les critiques qui peuvent être formulées à l’égard de son entreprise, Lucas Lefebvre a réponse à tout.  « Nous ne sommes pas là pour remplacer le petit producteur local, mais pour remplacer le supermarché », considère-t-il à propos du rôle de la livraison dans la disparition des commerces de centre-ville. Avec les économies réalisées et pour les courses d’appoint, les adhérents se dirigent selon lui vers les magasins de proximité. 

Quid de la pénibilité de l’activité des employés chargés de préparer les commandes ? « C’est un travail qui est dur, il faut le dire. Nous mettons en place des outils : nous avons acheté des postes de travail faits pour limiter les mouvements, éviter les douleurs physiques, nous essayons de limiter les actions répétitives, sans trop tomber dans la mécanisation », précise -t-il.  Les reproches sur les retards de livraison ou les casses de produit lus sur les réseaux sociaux ? « C’est un sujet dont nous avons fait une priorité cette année. Une bonne partie de notre levée de fonds de l’année dernière [31,5 millions d’euros] sera consacrée à l’amélioration de l’expérience client. Ces 28 derniers jours, nous n’avons eu qu’un seul retour négatif. » 

Quant au fait que le minimum de commande, 49 euros, serait trop élevé pour une personne seule, Lucas Lefebvre estime que « c’est une question d’organisation. Nous vendons toutes les catégories de produit : la maison, l’entretien, l’hygiène. Ce n’est pas très compliqué d’atteindre le seuil. » 

 

Une vision « politique » ?  

 

Une des ambitions, désormais, est de davantage « contractualiser directement avec les producteurs ». L’huile d’olive de la marque La Fourche, par exemple, « est fabriquée par un moulin qui détient les champs ». Un moyen de réduire les intermédiaires, mais aussi de contribuer à des projets plus transformateurs, à commencer par la relance de filières qui ont disparu. La Fourche s’est engagée à acheter du basilic bio français à cette fin, par exemple. « Nous essayons de signer des accords pluriannuels » avec les producteurs, indique en outre Lucas Lefebvre : cela est censé leur garantir une rémunération plus stable.  

La Fourche compte désormais 160 000 adhérents dont « deux tiers de classes moyennes, qui doivent souvent prendre leur voiture pour faire leurs courses, et un tiers de catégories socio-professionnelles supérieures habitant plutôt dans les centres-villes ». L’entreprise a récemment atteint les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, sans pour autant être rentable. Mais elle compte poursuivre son expansion.  

De quoi prendre sa part dans la transition. « Tout est politique, j’en ai la conviction. Et toute personne qui dit l’inverse fait le jeu des mauvaises politiques. Une entreprise s’intègre dans la société, a une vision et emploie des gens. La Fourche promeut une agriculture vivante, régénératrice, l’arrêt des pesticides, de bonnes conditions de travail, une juste rémunération des agriculteurs », détaille Lucas Lefebvre. « Mais nous avons vocation à nous adresser à tous, nous créons un produit qui peut répondre aux besoins de tous les Français ».  

 

Célia Szymczak 

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