Les émissions de gaz à effet de serre de la France diminuent trop faiblement pour atteindre nos objectifs, selon le Citepa
Les émissions de gaz à effet de serre de la France ont diminué de 1,5 % en 2025, estime l’association Citepa dans son dernier baromètre des émissions mensuelles. Ce rythme ne permet pas pour l’instant d’atteindre les objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone à l’horizon 2030-2050.
« La tendance à la baisse des émissions se maintient, bien qu’à un rythme ralenti », analyse l’association Citepa. Cette dernière vient de publier le 8 avril la mise à jour des résultats de son baromètre des émissions mensuelles de gaz à effet de serre de la France, pour l’ensemble de l’année 2025.
« Il s’agit pour l’instant de l’estimation la plus précise des émissions de gaz à effet de serre de l’année 2025 », précise le Citepa, en attendant la publication de l’inventaire Secten pour la période 1990-2024 et du Proxy Secten concernant les émissions 2025, deux publications fondées sur des données consolidées, prévues pour juin.
Une réduction insuffisante pour atteindre les objectifs de la SNBC
Après une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 1,8 % en 2024, l’estimation du baromètre mensuel indique une diminution de 1,5 % des émissions en 2025. Les émissions de l’ensemble de l’année 2025 sont estimées à 364 MT CO₂ équivalentes, hors puits de carbone.
« Le rythme actuel de baisse des émissions reste insuffisant » pour atteindre les objectifs fixés par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) à l’horizon 2030 et 2050, publiée en décembre 2025 par le gouvernement, alerte l’association. La SNBC 3 fixe un objectif de réduction d’environ 4, 6 % par an des émissions de gaz à effet de serre, avec pour cible 279 Mt CO₂e d’émissions maximum en 2030.
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Le secteur des transports responsable de 34 % des émissions
Avec une diminution de ces émissions de 3,5 % (-2,2 Mt CO₂e) en 2025, l’industrie manufacturière contribue à 40 % de la réduction des émissions. La baisse de ces émissions s’explique par le « recul d’activités émettrices (métallurgie, ciment) et de la diminution de la consommation de combustibles fossiles », explique le Citepa. « Elles restent toutefois légèrement au-dessus de la trajectoire SNBC 3, tout en demeurant proches de la trajectoire cible », précise l’association.
Alors qu’il est le plus émetteur, le secteur des transports n’enregistre une baisse de ses émissions que de 1,4 % (-1,7 Mt CO₂e) en 2025. Il est responsable de 34 % des émissions totales.
94 % des émissions du secteur sont liées au transport routier, « où l’on observe une diminution des ventes de carburants en dépit d’une légère hausse de trafic », rapporte le Citepa. Malgré la diminution du transport aérien domestique, « le secteur demeure en retard par rapport à la trajectoire fixée par la SNBC 3, nécessitant des efforts supplémentaires ».
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Le secteur agricole globalement en ligne avec la SNBC
À l’inverse, les émissions du secteur de la production d’énergie ont augmenté en 2025 de 0,5 % (+ 0,2 Mt CO₂e), « rompant avec la tendance à la baisse de 2022 ».
Cette trajectoire s’explique selon le Citepa par deux facteurs. « Le potentiel de réduction lié à la décarbonation du mix électrique s’atténue, tandis que la reprise du raffinage contribue à cette hausse », analyse l’association. « Cette dynamique est globalement cohérente avec la trajectoire, même si les émissions de 2025 restent légèrement au-dessus du budget carbone fixé par la SNBC 3 », détaille-t-elle.
Les émissions du secteur résidentiel-tertiaire atteignent quant à elles « un niveau historiquement bas, sans toutefois pouvoir atteindre le niveau demandé par la trajectoire SNBC 3 » avec une diminution de 1,5 % (-0,9 Mt CO₂e). Enfin, les émissions agricoles diminuent (-1,2 % / -1 Mt), « sous l’effet de la baisse du cheptel bovin, tandis que la hausse des apports d’engrais entraîne une augmentation des émissions des cultures. Cette évolution reste globalement en ligne avec la trajectoire de la SNBC 3 », analyse l’association.
Des appels à l’action
En comparaison, en 2023, la baisse des émissions avait été de 6,8 % et le budget carbone 2019-2023, fixé cependant bien plus haut à 425 MT CO₂e par an, respecté.
Mais après des réductions d’émissions importantes entre 2019 et 2020 et entre 2021 et 2023, la baisse des émissions a ralenti. « Ces trajectoires demeurent toutefois indicatives, dans l’attente des données issues des inventaires nationaux », rappelle le Citepa.
Face à ce constat, « il est donc urgent d’accélérer ce rythme des baisses des émissions », affirme le ministère de la Transition écologique dans un communiqué de presse. « La décarbonation n’est plus seulement un impératif climatique, mais aussi une question de souveraineté et de compétitivité. Les énergies fossiles, en plus d’alourdir notre empreinte carbone, affaiblissent notre économie, en raison des 60 milliards d’euros d’importations annuelles qu’elles représentent », argumente le ministère.
« Dans un contexte d’impacts du réchauffement climatique subis de plein fouet par une partie de la population française, nous ne nous sommes pas montrés à la hauteur », dénonce de son côté le Réseau action climat (RAC). « Chaque tonne d’émissions de gaz à effet de serre supplémentaire, ce sont des degrés en plus, avec pour résultat des millions de vies impactées, des milliers de morts et des milliards d’euros de pertes économiques », met en avant le réseau d’associations environnementales. « Pour protéger les Français et les acteurs économiques durement impactés par la hausse du prix des carburants, le gouvernement doit accélérer la sortie des énergies fossiles », complète Anne Bringault, directrice des programmes du RAC.
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Lors de la présentation de la SNBC 3, plusieurs associations avaient appelé le gouvernement à mettre en place des mesures concrètes. Le WWF France soulignait notamment la nécessité de réduire les émissions à la source ainsi que d’agir sur la baisse de consommation d’énergie finale par les ménages, les entreprises et les transports.
Élisabeth Crépin-Leblond 