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Par Carenews INFO - Publié le 26 mai 2026 - 07:45 - Mise à jour le 26 mai 2026 - 07:45 - Ecrit par : Camille Dorival
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« Nous voulons renforcer le sentiment d’appartenance à l’économie sociale et solidaire » (David Cluzeau, président de l’Udes)

Dans un entretien à Carenews, David Cluzeau, qui préside le syndicat patronal de l’ESS, précise pourquoi son organisation souhaite élargir son nombre d’adhérents, et ainsi porter la voix spécifique des employeurs de l’ESS dans toutes les négociations interprofessionnelles.

David Cluzeau est le président de l'Union des employeurs de l'ESS depuis janvier 2025. Crédit : Udes.
David Cluzeau est le président de l'Union des employeurs de l'ESS depuis janvier 2025. Crédit : Udes.

 

 

David Cluzeau préside l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes), depuis janvier 2025. Dans un contexte difficile pour les associations, l’organisation patronale a adopté à l’automne dernier un nouveau plan stratégique, visant à élargir sa représentativité et ainsi permettre à la voix des employeurs de l’ESS d’être mieux entendue. Explications.

 

  • Carenews : Quel regard avez-vous sur la situation de l’emploi dans l’ESS en 2026 ?

 

David Cluzeau : Jusqu’ici l’emploi de l’ESS se développait. Depuis l’année dernière, il se réduit : selon la dernière note de conjoncture de l’emploi dans l’ESS publiée par ESS France, les associations ont perdu 12 300 emplois en 2025 et l’ensemble de l’économie sociale et solidaire 10 400 postes.

Cette tendance risque de s’accentuer : d’après les informations que nous avons sur l’évolution des masses salariales brutes, celles-ci stagnent en 2026. Compte tenu de l’inflation et des renégociations salariales, cela signifie que nous devrions constater encore des baisses d’emplois cette année.

 

 

Heureusement la baisse a été moins forte que ce que nous avions prévu, et j’espère que, finalement, nous n’atteindrons pas ces chiffres. Cela est notamment lié aux négociations que nous avons pu mener avec l’État, qui ont permis de limiter les baisses budgétaires. Mais récemment, le Mouvement associatif a estimé que 90 000 emplois associatifs étaient encore menacés.

En 2025, les effets sur l’emploi ont été retardés pour plusieurs raisons. D’abord parce que les mesures budgétaires ont été tardives, mais aussi parce que les associations ont tendance à faire durer les choses jusqu’à l’impossible : elles mettent en place toutes les mesures possibles avant de réduire la masse salariale. Les baisses d’emplois arrivent donc dans un deuxième temps.

 

La suppression de l’exonération de la taxe d’apprentissage pour les associations et les fondations (...) aura un coût de 379 millions d’euros pour nos structures. Pour certaines très grandes associations, comme la Croix-Rouge française ou APF France Handicap, cela représente plusieurs millions d’euros.»

 

Malheureusement, en 2026, nous subissons une nouvelle diminution des financements publics, avec des économies encore plus massives qu’en 2025. Par ailleurs des éléments nouveaux entrent en compte, notamment la suppression de l’exonération de la taxe d’apprentissage pour les associations et les fondations. Selon nos calculs, cette suppression aura un coût de 379 millions d’euros pour nos structures. Pour certaines très grandes associations, comme la Croix-Rouge française ou APF France Handicap, cela représente plusieurs millions d’euros, qui n’avaient pas été prévus dans leur budget 2026, car cette mesure avait été supprimée lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, puis finalement réintégré dans la version finale du budget de l’État adoptée via l’article 49.3 de la Constitution.

Enfin, nous constatons un retour de l’inflation, qui va peser sur les coûts fixes de nos structures. Et il faudra aussi absorber la hausse importante du Smic au 1er juin 2026 (+2,4 %), qui va nous conduire à rouvrir des négociations salariales en milieu d’année. Négociations d’autant plus complexes que le gouvernement, par la voix du ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a confirmé sa décision de ne pas intégrer ce nouveau niveau du Smic comme critère de référence dans le régime des allègements de cotisations. Ce surcoût supplémentaire sera difficile à absorber sans conséquence.

Il y a donc beaucoup d’éléments qui se cumulent et qui nous font craindre des impacts importants sur l’emploi en 2026.

 

  • Dans ce contexte, l’Udes a adopté à l’automne dernier un nouveau projet stratégique. En quoi consiste-t-il ?

 

Aujourd’hui l’Udes est une organisation patronale reconnue au niveau multiprofessionnel mais pas au niveau interprofessionnel : cela signifie que nous sommes légitimes pour négocier dans notre périmètre, mais pas dans l’ensemble de l’économie.

 

L’enjeu est de faire entendre la voix des employeurs de l’ESS, de porter des propositions conformes aux valeurs que nous défendons, en termes de projet de société ou de modèles socio-économiques.»

 

Nous souhaitons nous donner les moyens de remplir les critères pour être reconnus représentatifs au niveau interprofessionnel, et pouvoir ainsi participer aux grandes négociations nationales mais aussi siéger dans un certain nombre d’organismes paritaires. L’enjeu est de faire entendre la voix des employeurs de l’ESS, de porter des propositions conformes aux valeurs que nous défendons, en termes de projet de société ou de modèles socio-économiques.

Si on ne nous ouvre pas les portes de l’interprofessionnel, alors nous devons nous organiser pour les ouvrir nous-mêmes. Cela suppose notamment de représenter au moins 8 % des entreprises françaises, alors qu’aujourd’hui, nous représentons 6,5 % d’entre elles.

C’est avec cet objectif que nous avons modifié nos statuts pour permettre à toutes les structures de l’ESS qui le souhaitent d’adhérer directement à l’Udes, tandis qu’auparavant, seules les fédérations et les syndicats patronaux de l’ESS, qui rassemblent eux-mêmes des entreprises de l’ESS, pouvaient adhérer.

Il s’agit d’une démarche politique, et non pas d’une mesure motivée par des raisons économiques. Nous voulons nourrir le sentiment d’appartenance à l’ESS et affirmer les employeurs de l’ESS comme des employeurs engagés sur les sujets sociaux, sociétaux et écologiques, qui ont une voix alternative à faire entendre. Et pour avoir le maximum de portée, il nous faut avoir le maximum d’adhérents.

 

  • Vous avez également souhaité renforcer vos liens avec l’écosystème de l’ESS. Comment cela s’est-il traduit ?

 

De manière générale, depuis quelques années, les différents représentants de l’ESS cherchent à mieux travailler ensemble. Ces dernières années, nous avons créé de plus en plus de liens avec les uns et les autres, que ce soit avec ESS France, le Mouvement associatif, la Mutualité française, le Centre français des fonds et fondations, Coop FR et le Mouvement Impact France, pour ne citer qu’eux. Cela nous permet de mieux nous coordonner, nous ajuster. Cela permet aussi une meilleure lisibilité de l’écosystème de l’ESS.

Dans le cadre des discussions autour de la Stratégie nationale de l’ESS, qui sera présentée le 9 juillet au Conseil supérieur de l’ESS, cela nous a permis d’avancer unis et de nous coordonner dans nos propositions.

Nous avons également avancé unis, avec le Mouvement associatif, France Générosités et le CFF, pour réclamer une réforme de la taxe sur les salaires, qui s’applique aux employeurs non assujettis à la TVA. En novembre dernier, Amélie de Montchalin, qui était alors ministre de l’Action et des Compte publics, avait annoncé le lancement d’un grand chantier pour travailler sur ce sujet. Depuis, elle n’est plus ministre, mais nous espérons vraiment que cela aboutira.

 

Depuis toujours, la tradition à l’Udes est de refuser de recevoir le RN. Le projet de société défendu par ce parti est en effet totalement contradictoire avec les valeurs que nous défendons dans l’ESS, qui reposent sur la solidarité, l’accueil, la démocratie.»

 

  • Alors que les responsables du Medef ont récemment déjeuné avec Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN), vous avez signifié, dans une interview aux Échos, votre refus de dialoguer avec ce parti. S’agit-il de la position de l’Udes ou de la vôtre ?

 

Je me suis exprimé dans cette interview avant une discussion formelle au sein de nos instances. Néanmoins, depuis toujours, la tradition à l’Udes est de refuser de recevoir le RN. Le projet de société défendu par ce parti est en effet totalement contradictoire avec les valeurs que nous défendons dans l’ESS, qui reposent sur la solidarité, l’accueil, la démocratie. Nous refusons donc de crédibiliser leurs thèses en discutant avec eux.

Nous n’avons pas peur des conséquences que pourrait avoir ce positionnement sur nos structures. Comme le soulignait Salomé Saqué dans son livre Résister (Payot, 2024), il faut prendre le risque de dire les choses. Car le risque est bien plus grand si nous nous taisons.  

 

Propos recueillis par Camille Dorival 

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