PFAS, pollution plastique, éco-conception… Comment les entreprises peuvent-elles se saisir du concept One Health ?
L’exposition aux pollutions menace la résilience économique des entreprises, estime l’association Entreprises pour l’environnement, dans une publication partagée à l’occasion du sommet One Health. Elle peut être réduite grâce à plusieurs leviers comme une transparence renforcée, l’éco-conception des produits et l’engagement des parties prenantes.
Comment les entreprises peuvent-elles s’engager pour la santé ? Le concept « One Health » ou en français « Une seule santé » était au cœur d’un sommet international organisé par la France du 5 au 7 avril à Lyon. Il désigne une approche de la santé qui prend en compte les liens entre la santé humaine et celle de l’environnement c’est-à-dire la santé des animaux, des végétaux et des écosystèmes.
À cette occasion, l’association Entreprises pour l’environnement (EPE) a partagé une publication intitulée « Pollutions et entreprises : vers la mise en place d’approches holistiques ». À travers sa trentaine de pages et avec des exemples d’actions menées par les entreprises membres, le document s’inspire de l’approche « One Health « pour « réduire l’exposition aux pollutions issues des activités industrielles et promouvoir des approches intégrées conciliant santé humaine, protection des écosystèmes et performance économique ».
Réduire les pollutions n'est pas une option, c'est un impératif stratégique »
Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia et présidente de l’EPE
Réduire l’impact dès la conception des produits
« La pollution est devenue la première cause de mortalité évitable dans le monde, responsable de 9 millions de morts prématurées chaque année », met en avant Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia et présidente de l’association. « Cette réalité impose une évidence : réduire les pollutions n'est pas une option, c'est un impératif stratégique », argumente-t-elle.
Pour réduire les pollutions des entreprises, la publication propose plusieurs pistes, comme renforcer la transparence sur les substances utilisées et contribuer à une meilleure connaissance de ces dernières via l’enrichissement des centres de données. Ses auteurs appellent de plus à « agir en amont dès la conception des produits ou des services ». L’éco-conception des produits passent ainsi, selon les auteurs de la publication, par le renoncement à certains matériaux et la substitution de certaines substances quand cela est possible. « Réduire l’impact général du produit est le plus efficace », relèvent les auteurs.
Pour accélérer la réduction de l’exposition aux pollutions classiques et émergentes, EPE recommande également de « développer des collaborations dans les secteurs et chaînes de valeur, avec les pouvoirs publics, les scientifiques, les associations, les ONG ».
Des freins techniques et économiques
Ces recommandations visent à lever plusieurs freins à la lutte contre les pollutions, relevés par EPE dans son rapport.
L’association cite en premier lieu des connaissances parfois insuffisantes sur la composition chimique des produits, y compris par les entreprises elles-mêmes et leurs fournisseurs. Des incertitudes scientifiques sont également présentes, notamment concernant les substances émergentes comme les PFAS, les microplastiques ou les nanomatériaux.
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Les outils de mesure de la toxicité pour la santé humaine et l’environnement manquent en outre parfois d’harmonisation et certains polluants émergents ne font pas l’objet de valeurs de référence. Enfin, l’éco-conception coûte souvent plus cher, les filières de collecte et de recyclage plastique « manquent d’attractivité économique » et de débouchés, et la visibilité sur certaines réglementations à venir est floue, estime l’association.
« Dépasser ou anticiper la réglementation »
Face à ce constat, EPE recommande le déploiement d’instruments financiers « qui visent à inciter les entreprises à adopter des démarches vertueuses allant dans le sens de la réduction de l’exposition aux pollutions classiques et émergentes ». L’objectif pour les investisseurs : « éviter les actifs échoués et prévenir les risques réputationnels et juridiques ».
Elle invite également les entreprises à « dépasser et/ou anticiper la réglementation pour aller plus loin dans la réduction des émissions, en particulier pour les polluants émergents qui ne disposent pas encore de réglementation et pour les sites de production situés en dehors de l’Union européenne ou d’autres pays aux normes environnementales et sanitaires contraignantes ».
L’engagement nécessaire des parties prenantes
En effet, la réduction de l’exposition aux pollutions ne permet pas seulement de protéger la santé humaine et des écosystèmes, considère l’association. Elle joue également en faveur de « la résilience économique des entreprises ».
« Tout est interconnecté », argumentent les auteurs de la publication, en se fondant notamment sur les limites planétaires. Une approche holistique du type « One Health » permet donc de mettre en place des « solutions plus robustes et résilientes ».
Sa mise en œuvre nécessite cependant l’implication des parties prenantes. « Les entreprises ont de nombreux autres paramètres à prendre en considération (économiques, réglementaires, financiers, humains, technologiques…) et leurs parties prenantes n’ont pas toutes les mêmes attentes, celles-ci pouvant parfois être contradictoires (ex : profit et rentabilité à court terme versus des investissements à long terme pour restaurer un espace naturel) », met-elle en avant. Face à cette situation, « les leviers les plus efficaces restent la réglementation, les investisseurs et l’engagement des clients et sous-traitants dans ces démarches », conclut-elle.
Élisabeth Crépin-Leblond 