Rapports CSRD des entreprises : une « transformation est en cours » sur les enjeux écologiques et sociaux
Le cabinet de conseil Utopies a analysé les rapports de durabilité, exigés dans le cadre de la directive européenne CSRD, portant sur l’année 2025, d'entreprises du CAC 40. En matière d’évolution de l’offre, d’association entre RSE et activité économique ou encore de prise en compte de la chaîne de valeur, des dynamiques existent, mais doivent être renforcées
Quelle importance les grandes entreprises accordent-elles à la transition écologique et aux enjeux sociaux ? Pour en avoir une idée, Utopies, un cabinet de conseil spécialisé sur le sujet, a diffusé le 10 septembre les résultats d’une étude non publiée. Celle-ci dresse un bilan des rapports de durabilité exigés des grandes entreprises depuis la mise en œuvre d’un texte européen, la corporate sustainability reporting directive (CSRD). Les équipes d’Utopies en ont analysé 36. Réalisés par des entreprises du CAC 40, ils portent sur l’année 2025.
Dans ces rapports, les sociétés rendent compte de leur impact sur les enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance, ainsi que de l’impact de ces enjeux sur leur activité. Ils doivent être rendus publics et sont vérifiés par un tiers indépendant.
« Les entreprises prennent de plus en plus en compte la RSE [responsabilité sociétale des entreprises], estime Anne Carmier, directrice conseil d’Utopies, en introduction. Nous avons le sentiment qu’il y a vraiment une transformation en cours. » La CSRD a « mis à l’agenda les sujets de chaîne de valeur, d’offre, de gouvernance et de rémunération », confirme Aurore Maire, autre directrice conseil. Il faut désormais utiliser ces éléments comme des « leviers » pour « aller plus loin », juge-t-elle.
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L’intégration de la RSE à renforcer
61 % des entreprises intègrent la RSE à leur stratégie économique, élément jugé essentiel par Utopies. Comme exemple de « bonne pratique » en la matière, Anne Carmier évoque le tableau de pilotage imaginé par le groupe Veolia listant cinq types de « performances » - commerciale, environnementale, sociale, sociétale, économique et financière -, avec des résultats et des cibles associés.
En général, le lien entre développement économique et RSE se fait plutôt sur des questions en particulier, « le plus souvent sous l’angle de la décarbonation », détaille Jeanne Laporte Talamon, consultante senior, « mais aussi sur des sujets plus spécifiques liés à l’activité de l’entreprise », comme l’économie circulaire ou les énergies renouvelables. « Plus rarement, on retrouve les sujets RH », ceux relatifs à la « diversité, notamment la féminisation » et ceux relatifs à la santé et la sécurité au travail.
Même si « la RSE est davantage stratégique », « son intégration à la stratégie business n’est pas complètement aboutie », souligne la consultante. « Nous avons du mal à voir comment les deux s’articulent ensemble. » Des éléments sur la décarbonation figurent parfois à la fois dans la stratégie économique et dans la stratégie RSE, illustre-t-elle.
Une transformation de l’offre encore limitée
Utopies s’est également intéressé à l’offre des entreprises : celles-ci prévoient-elles une évolution de leurs produits ou services pour intégrer des enjeux de durabilité, au-delà de la limitation les impacts négatifs de leur activité ? 83 % des sociétés étudiées se sont fixé au moins un objectif lié à la durabilité de l’offre, contre 75 % l’année dernière. Cela passe par exemple par « un travail sur le sourcing et la traçabilité » ou par de « l’écoconception », détaille Anne Carmier.
La moitié des entreprises ont établi des objectifs pour accroître la part de l’offre considérée comme « durable » de leurs produits ou services. « Pour autant, ce qui nous a marqués, c’est que cette offre durable est un peu difficile à appréhender, note Anne Carmier. Nous avons du mal à comprendre ce qu’elle recouvre exactement et à appréhender sa part dans le portefeuille complet de l’entreprise ».
Indexer la rémunération des dirigeants
Autre élément analysé par Utopies : le travail sur la chaîne de valeur, c’est-à-dire sur l’ensemble des acteurs participant à l’élaboration du produit, en amont et en aval de l’activité de l’entreprise rédigeant le rapport. « Les entreprises ont bien conscience qu’il ne suffit pas de travailler sur leur entreprise propre », indique Anne Carmier.
78 % d’entre elles étendent leur analyse des impacts, des risques et des opportunités – les éléments à publier dans les rapports sur les différents enjeux de durabilité – à l’ensemble de leur chaîne de valeur. « De plus en plus d’entreprises se fixent des objectifs chiffrés » qui ne concernent pas uniquement leur activité propre, remarque Anne Carmier. C’est notamment, d’après elle, le cas sur les sujets climatiques et de biodiversité. Un quart des entreprises propose un dispositif d’accompagnement des fournisseurs pour leur propre transition.
Enfin, Utopies promeut la prise en compte de la RSE dans les critères de rémunération variable des dirigeants. Elle existe dans 92 % des cas étudiés. Mais les critères utilisés sont davantage liés à la limitation des impacts négatifs de l’entreprise qu’à la « transformation de l’offre », regrette Jeanne Laporte Talamon. Sur ce sujet aussi, pour Utopies, il faudrait aller plus loin.
Célia Szymczak