« Un échec collectif » : plus de 900 personnes sans-domicile décédées en France en 2025
Chaque année, le collectif Les Morts de la rue recense les décès des personnes sans domicile en France. En 2025, 1 041 décès liés au sans-abrisme sont comptabilisés dont 927 concernent des personnes sans domicile. Depuis le premier rapport de 2012, ce dernier chiffre a été multiplié par 2,2.
927 personnes sans domicile sont décédées en 2025 en France, indique le collectif Les Morts de la rue dans son rapport annuel publié le 29 octobre.
Chaque année depuis 2012, cette association dont l’objectif est de « rendre visible l’invisible en honorant la mémoire de ceux qui sont morts dans la rue », recense les décès des personnes ayant vécu sans chez-soi.
Un nombre plancher, en-dessous de la réalité
En 2025, Les Morts de la rue a comptabilisé 1 041 décès liés au sans-abrisme. Parmi les personnes concernées, 306 vivaient dans la rue, 264 étaient hébergées et pour 357 d’entre elles, « nul ne sait où elles dormaient ». S’ajoutent à ces 927 personnes, 108 personnes anciennement sans domicile et 6 personnes récemment à la rue.
Ces chiffres ne sont « ni exhaustifs, ni définitifs », précise l’association puisque seuls les décès vérifiés et authentifiés par l’obtention d’un acte de décès sont comptabilisés. « Ils constituent un plancher documenté, toujours susceptible d’être complété a posteriori. La réalité, hélas, est nécessairement pire », indiquent les auteurs du rapport.
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Des morts jeunes et violentes surreprésentées
Les rapports publiés par l’association montrent par ailleurs une aggravation au fil des ans : depuis 2012, le nombre de décès recensés a été multiplié par 2,2. En 2024, 938 décès ont été recensés, tandis que, depuis janvier 2026, 614 personnes mortes sans domicile ont déjà été comptabilisées.
En moyenne, les personnes sans-domicile décèdent à 49 ans, soit trente ans avant l’espérance de vie moyenne des hommes en France. Un décès sur cinq intervient en outre de manière violente et plus de la moitié des dossiers documentées font état d’agression subies, alors que la cause du décès reste inconnue pour près de deux personnes sur trois.
Depuis 2012, le nombre de décès liés au froid est quant à lui au plus haut : 22 décès en 2025, tous survenus en hiver ou en automne. 2 décès ont quant à eux été liés à une chaleur excessive. Un décès sur trois intervient enfin dans l’espace public, avec une surreprésentation des personnes jeunes. 60 % des 15-25 ans meurent dans l’espace public, contre 22 % des plus de 65 ans, selon le rapport.
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L’appel à refuser la fatalité
« Il ne s’agit pas seulement de morts prématurées ; il s’agit d’un échec collectif », dénonce le collectif des Morts de la rue. « L’existence visible de l’extrême pauvreté dans la rue, et son augmentation année après année, installent dans nos esprits, comme dans ceux des décideurs publics, l’idée qu’il y aurait une fatalité à l’appauvrissement », pointe-t-il.
L’association met notamment en avant des « solutions envisagées, biaisées », se concentrant « sur la gestion de la vie dans la rue ». À l’inverse, elle appelle à « mobiliser tous les moyens disponibles — autorités politiques et administratives, champs professionnels — pour prévenir la perte du logement, et faire en sorte que celles et ceux qui, malgré tout, connaîtront la rue y demeurent le moins longtemps possible ».
Les effets d’une période sans domicile perdurent en effet dans le temps. En moyenne, les personnes qui ont connu la rue ou l’hébergement meurent onze ans plus tard que les personnes actuellement sans chez-soi, mais vingt ans avant la population générale.
Cette année, le rapport propose un focus sur le poids du placement dans l’enfance. Selon Les Morts de la rue, parmi les 637 personnes décédées entre 2012 et 2025 pour lesquelles l’enfance a pu être reconstituée, 235 ont été placées.
Comparé à l’ensemble des décès recensés parmi le collectif, les personnes placées meurent trois ans plus tôt en moyenne. Elles sont également deux fois plus nombreuses à mourir entre 15 et 25 ans et deux fois moins nombreuses à dépasser 65 ans. Leurs parcours sont en outre marqués par une surreprésentation de la détention, de la maltraitance et du suicide.
« Sur le reste (consommations, santé mentale, durée d’errance, causes de décès…), les deux groupes ne se distinguent pas. Le placement n’est donc pas une spécificité parmi les personnes mortes sans chez-soi, mais le marqueur d’une adversité plus précoce, dont la trace se lit dans l’âge auquel on meurt et dans la violence qui accompagne ce décès », analysent les auteurs du rapport. « Ces résultats ne mesurent pas un effet du placement : une personne placée a d’abord connu ce qui a conduit au placement, que l’enquête ne décrit pas », précisent-ils.
Élisabeth Crépin-Leblond ![]()