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Par Carenews INFO - Publié le 8 octobre 2026 - 14:55 - Mise à jour le 8 octobre 2026 - 15:06 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Zero waste France dénonce le lobbying de l’industrie de l’emballage

L’association Zero waste France analyse les montants consacrés au lobbying par les industriels de l’emballage et les techniques employées par ces acteurs dans un rapport, publié le 8 octobre.

Les impacts environnentaux et sanitaires du plastiques sont régulièrement documentés. Crédit :  parichat wongyai / iStock.
Les impacts environnentaux et sanitaires du plastiques sont régulièrement documentés. Crédit : parichat wongyai / iStock.

 

« C’est normal que les acteurs privés tentent d’exprimer leur analyse, leur intérêt, leur point de vue. Le problème, c’est quand les moyens sont démesurés et qu’ils ont un impact sur la fabrique de la loi », affirme Bastien Faure, directeur général de Zero waste France. L’association publie ce 8 octobre un rapport sur « le lobbying décomplexé des industriels de l’emballage ». Le sujet est sensible : « tout le monde a besoin d’emballer un produit », pointe Marine Bonavita, responsable plaidoyer chez Zero waste France. Ces intérêts « touchent vraiment à l’ensemble de la chaîne de valeur de l’économie et des biens physiques que l’on peut s’échanger ».  

Dans son rapport, l’ONG compare les ressources mobilisées par les acteurs industriels déclarant, entre autres, une activité de lobbying sur les emballages avec celles engagées par les organisations de la société civile. Résultat : 24,3 millions d’euros en 2025, contre 1,3 million pour les ONG. Des chiffres établis à partir des déclarations d’activités d’influence transmises à la Haute autorité pour la transparence et la vie publique (HATVP) par les acteurs eux-mêmes.  En s’intéressant spécifiquement à 34 d’entre eux, qui consacrent au moins la moitié de leur activité de lobbying aux emballages, Zero waste France arrive aux chiffres de 2,5 millions d’euros pour 32 industriels et de 43 000 euros pour deux ONG. Ce budget est « forcément sous-estimé », selon Marine Bonavita, faute de données suffisamment précises.  

« Dans un système démocratique, il faut que la voix des citoyens porte autant, voire plus, que celle des industriels, considère-t-elle. Notre rôle, c’est bien de porter l’intérêt général et non pas les intérêts particuliers ». Bastien Faure appelle donc à « soutenir davantage les associations pour qu’elles puissent jouer ce rôle de contrepouvoir » et à « davantage de transparence ».  

 

Des craintes d’un « recul majeur » 

 

« La France s’est donné des objectifs ambitieux avec la loi Agec [Anti-gaspillage pour une économie circulaire, adoptée en 2020] », note le directeur général de Zero waste France. Par exemple, elle visait un objectif de diminution des emballages plastiques à usage unique de 20 % en 2025 par rapport à 2018. Elle prévoit de sortir du plastique jetable d’ici à 2040. Or, les tonnages d’emballages plastiques mis sur le marché ont augmenté de 3,3 % entre 2018 et 2021, argumente Zero Waste France en s’appuyant sur les données de l’Ademe.  

Pour expliquer ce retard, l’association met notamment en cause les activités de lobbying. Par exemple, un amendement proposé par le gouvernement dans le projet de loi de finances pour 2026 devait créer une taxe sur les emballages plastiques non recyclés, dont auraient dû s’acquitter les producteurs. Pour Zero waste France, le retrait de cet amendement dans le budget adopté s’explique par l’action des représentants d’intérêts. L’association professionnelle des emballages plastique, Elipso, le revendique elle-même. « Durant l'examen du projet de loi de finances 2026, Elipso a activement défendu les intérêts de ses adhérents et obtenu des avancées significatives sur le dossier sensible de la taxe plastique. Notre plaidoyer continu et ciblé a conduit au dépôt d'amendements de suppression du dispositif à chaque étape clé du parcours parlementaire », écrit-elle dans son rapport annuel de 2025.   

Zero waste France constate également une « mobilisation importante des lobbies » dans les discussions sur le projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE), déjà discuté au Sénat, en attente d’examen à l’Assemblée nationale. Il adapte le droit français aux dispositions du règlement européen relatif aux emballages. « Cela peut être aussi un moment très fort dans lequel des intérêts privés et un gouvernement pourraient acter un recul majeur », craint Bastien Faure. 

 


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Des actions en justice 

 

Dans son rapport, Zero waste France analyse les techniques de ces lobbies du plastique, en se basant sur les déclarations transmises à la HATVP, mais aussi les communications des organisations et de leurs représentants, sur leur site internet, auprès de la presse ou encore dans des publications Linkedin, et en étudiant des travaux parlementaires. Des représentants d’intérêts s’adressent en effet, plus ou moins discrètement, aux représentants politiques. Le Syndicat des eaux de source et des eaux minérales (SESEMN) en a par exemple réuni « une vingtaine » dans un Club Eaux, santé, nature et territoires, pour défendre ses points de vue, en l’annonçant publiquement en mai.  

Les industriels s’appuient aussi sur les éco-organismes pour faire passer leurs messages, estime Zero waste France. Ces sociétés de droit privé à but non lucratif, agréées par l’État, sont chargées de la fin de vie des déchets et accompagnent leur réduction. Or, Zero waste France s’oppose à la composition de leur gouvernance, « à la main » des industriels et distributeurs. Le conseil d’administration de Citeo, l’éco-organisme qui gère la fin de vie des emballages, par exemple, compte des représentants de Danone, Heineken, Carrefour ou Auchan. « Coca Cola ne s’élève pas contre la taxe plastique de manière publique. C’est Citeo qui le fait pour ces groupes », accuse Bastien Faure. Le directeur général de Citeo s’est en effet positionné dans la presse contre cette taxe, en octobre. 

Une fois les lois adoptées, reste le contentieux. Avec syndicat européen de l’industrie plastique, Plastalliance, Elipso a déposé un recours au Conseil d’État dans le but d’annuler l’interdiction des emballages plastiques pour les fruits et légumes frais, avec succès. Plastalliance a réitéré pour l’interdiction des contenants plastiques dans les cantines scolaires. 

 

Des techniques diversifiées  

 

Ces organisations ciblent aussi un public plus large, là encore, de façon plus ou moins explicite. Polyvia, syndicat des industriels de la plasturgie, a déployé une campagne d’affichage début 2026, affirmant que les emballages sont « souvent logiques » en montrant « une livraison de légumes dans une cagette en marbre » ou « une pause déjeuner dans une barquette en glaçon ». Pour sa part, Elipso participe au financement de l’association Gestes propres, qui lutte « contre les déchets abandonnés ». Celle-ci véhicule « un narratif qui porte plutôt la responsabilité de la pollution plastique sur les consommateurs », accuse Marine Bonavita.  

Des lobbies mènent également un travail « sémantique », en tentant « d’imposer des mots comme “le juste emballage” », décrit encore Bastien Faure. Qualifiés par Zero waste France de « techniciens », certains « vont plutôt produire des analyses contradictoires, tenter de nuancer le constat sur le plastique », explique encore Bastien Faure. 

Ces techniques fonctionnent, d’après Zero waste France. « L’intérêt général prime de moins en moins. Sur ce sujet, le gouvernement a plutôt tendance à reculer », déplore Marine Bonavita. 

 


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Célia Szymczak 

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