Aller au contenu principal
Par ETIC – des tiers-lieux responsables - Publié le 2 septembre 2026 - 08:00 - Mise à jour le 2 septembre 2026 - 08:00
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Les Portraits Foncièrement Responsables : Mickaël Huet – Le Mouvement Associatif

Rencontrez celles et ceux qui font vivre l’Économie Sociale et Solidaire en France. Ce mois-ci, ETIC donne la parole à Mickaël Huet, délégué Général du Mouvement Associatif, la structure représentative de la vie associative en France.

Mickaël Huet – Le Mouvement Associatif - Crédit : ETIC - Carenews
Mickaël Huet – Le Mouvement Associatif - Crédit : ETIC - Carenews
  • Petite présentation, qui êtes-vous ?

 

Je suis Mickaël Huet, Délégué Général du Mouvement Associatif depuis 3 ans. Je travaille dans la vie associative et plus particulièrement dans l’éducation populaire depuis une vingtaine d’année.

 

  • Quelle est la mission principale de votre structure ? 

 

Le Mouvement Associatif est la structure représentative de la vie associative en France. Nous avons la chance d’avoir un tissu associatif particulièrement riche organisée par secteurs d'activité. Par exemple, le sport est représenté par le CNOSF, le secteur sanitaire et social par l’UNIOPSS, et la solidarité internationale par Coordination SUD.

Le rôle du Mouvement Associatif est de fédérer l’ensemble de ces têtes de réseau thématiques, afin de les faire travailler et agir collectivement. Nous sommes ainsi le porte-voix des 1,4 millions d’associations françaises, et nous en fédérons environ 700 000, soit la moitié. Nous portons leur plaidoyer ainsi qu’une vision globale de la vie associative en France.

A ce titre, nous sommes pleinement un acteur de l'ESS, puisque les associations en constituent une part majeure, représentant près de 80 % de l’ESS. Le point commun central de ces structures est précisément leur statut associatif.

 

  • Quels sont les principaux enjeux actuels dans votre domaine ?

 

Je dirais qu’il existe aujourd’hui trois enjeux principaux, qui sont étroitement liés.

Le premier concerne le financement du secteur associatif français.

Il existe un vrai décalage entre le poids de la vie associative dans notre société et la reconnaissance qui lui est accordée. Les associations représentent environ 10 % de l’emploi privé, soit davantage que le secteur automobile, par exemple. Pourtant, cette réalité reste largement méconnue.

Le statut associatif est très largement utilisé, mais il n’est pas financé à la hauteur de son rôle. Nous faisons face à un problème global de reconnaissance, notamment de la part de l’État, qui se traduit aussi financièrement. Depuis plusieurs années, ce sont plusieurs milliards d’euros de financements qui ne sont plus dirigés vers les associations.

Par ailleurs, les subventions diminuent progressivement au profit de la commande publique. Les associations sont alors de plus en plus considérées comme des prestataires de l’État, ce qui est complètement antinomique avec ce qu'est une association.

 

Le deuxième enjeu est celui de la liberté associative.

La loi de 1901 est un formidable outil de liberté : elle permet à des personnes de se regrouper autour d’un objectif commun, sans but lucratif. Elle reconnaît également aux associations la possibilité d’interpeller, voire de critiquer, l’État et les collectivités territoriales.

Or, depuis quelques années, certaines dispositions législatives, notamment le contrat d'engagement républicain, viennent remettre en question cette liberté associative.

 

Enfin, le troisième enjeu concerne l’évolution de la gouvernance des associations.

Plus de 80 % d’entre elles fonctionnent uniquement grâce à des bénévoles, tandis qu’environ 150 000 emploient des salarié·es. Nous ne faisons pas face à une crise du bénévolat ni à une crise de l’engagement. En revanche, il existe une véritable crise du bénévolat de gouvernance : les personnes sont de moins en moins nombreuses à vouloir prendre des responsabilités au sein des conseils d’administration ou des bureaux.

Nous devons donc faire évoluer les formes de gouvernance associative. L’enjeu est à la fois de renouveler les personnes engagées et de proposer des organisations moins verticales, plus horizontales et davantage adaptées aux nouvelles formes d’engagement.

 

  • Pouvez-vous nous partager quelques succès ou vos plus belles réussites ?

 

Nous avons lancé en mai dernier une campagne de mobilisation citoyenne intitulée « La France qui se bat ».

La vie associative est présente partout, dans tous les territoires et sur toutes les thématiques. Pourtant, cette réalité reste peu visible. On oublie souvent de dire qu’un grand nombre d’actions du quotidien sont portées par des associations, comme si leur présence allait de soi et qu’elles n’avaient ni besoins ni fragilités.

Avec « La France qui se bat », nous voulons rappeler que les associations sont le cœur battant de la France. La campagne s’adresse au grand public à travers un défi diffusé sur les réseaux sociaux : une courte chorégraphie imaginée par Fauve Hautot, qui symbolise les battements d’un cœur.

À plus long terme, notre ambition est que la vie associative trouve toute sa place dans les futurs programmes présidentiels, qu’elle soit réellement prise en compte et reconnue comme ce cœur battant de la France.

Les associations doivent davantage valoriser leur action. Elles doivent continuer à faire, bien sûr, mais aussi mieux faire savoir ce qu’elles font. Elles permettent à chacun et chacune de prendre sa place dans la société et d’agir pour elle. Notre rôle, au Mouvement associatif, est de le dire haut et fort.

 

  • Pouvez-vous nous raconter l'histoire de votre structure ?

 

À l’origine, notre structure s’appelait la CPCA, la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (après avoir d’abord porté le nom de Conférence des Présidents des Coordinations Associatives). Nous avons ensuite choisi un nom plus simple et représentatif : Le Mouvement associatif.

Au départ, la CPCA réunissait principalement les président·es des grandes coordinations associatives. Ces responsables avaient souhaité créer un espace de dialogue pour échanger sur leurs enjeux communs, qu’il s’agisse de fiscalité, d’engagement, de financement ou encore de libertés associatives.

Il y a une dizaine d’années, nous avons décidé de modifier les statuts du Mouvement Associatif afin d’élargir son champ d’action et sa représentativité. L’objectif était d’accueillir d’autres organisations que les grandes coordinations thématiques, notamment des associations ayant une vocation nationale.

Cette ouverture nous a permis de passer de 6 adhérent·es à une cinquantaine d’organisations nationales aujourd’hui, auxquelles s’ajoutent nos 14 Mouvements Associatifs régionaux.

L’équipe salariée a également évolué au fil des années. Longtemps composée de 7 à 8 personnes, elle s’est progressivement renforcée.

 

  • Quelles sont les valeurs fondamentales qui guident votre travail au quotidien ?

 

  • Le travail collectif et le partage sont au cœur de notre action. Nous sommes un réseau de réseaux : la coopération, l’échange et la construction collective sont donc centraux à notre fonctionnement.

 

  • Nous croyons profondément à la liberté d’association, à l’intérêt général et à la démocratie, notamment à une démocratie qui s’exerce par l’action. Il s’agit de faire avec les autres, de ne pas décider seul·e, mais de construire et d’agir collectivement.

 

  • L’émancipation constitue également une valeur fondamentale. La vie associative permet aux jeunes et aux enfants d’apprendre à devenir citoyen·nes, en prenant part à des projets collectifs.

 

  • La non-lucrativité est, elle aussi, intrinsèquement liée au secteur associatif et au secteur des fondations. Nous agissons pour faire évoluer la société, et non pour générer du profit. Si notre objectif était de gagner de l’argent, nous ferions autre chose !

 

  • Enfin, nous croyons profondément en la loi de 1901. Sa création a fait l’objet de véritables combats, car reconnaître la liberté d’association, c’est aussi permettre l’émergence de contre-pouvoirs. C’est pourquoi, parmi toutes ces valeurs, la question démocratique reste sans doute la plus fondamentale.

 

  • Comment mesurez-vous votre utilité sociale ?

 

Nous mesurons tout d’abord notre utilité sociale à travers notre représentativité et notre capacité à devenir un véritable mouvement. La question est de savoir ce que représente Le Mouvement associatif, au-delà de ses adhérent·es, et comment passer d’une fédération de fédérations à un mouvement composé de personnes qui agissent au quotidien dans les associations.

C’est dans cette perspective que nous avons lancé, en octobre dernier, la mobilisation « Ça ne tient plus ! », pour alerter sur l’essoufflement de la vie associative et sur les difficultés financières auxquelles les associations sont confrontées.

Nous cherchons ainsi à dépasser une logique de fédération de réseaux pour nous inscrire davantage dans une dynamique de mouvement social.

Notre utilité se mesure également à notre capacité de mobilisation et d’influence : parvenons-nous à mobiliser les associations ? À faire entendre leur voix ? À peser sur la construction des politiques publiques ?

Le Mouvement associatif est à la fois une structure de plaidoyer, d’accompagnement et de reconnaissance de la vie associative. Nous contribuons notamment à coconstruire certaines politiques publiques avec l’État. C’est le cas de Guid’Asso, un réseau national de structures et de personnes qui accompagnent les associations. Aujourd’hui, un tiers des associations employeuses bénéficient de l’appui de ce réseau.

Nous sommes également à l’initiative de Prev’Asso, un dispositif pour le moment financé uniquement par la philanthropie, dont l’objectif est d’accompagner les associations en grande difficulté et de construire avec elles des réponses adaptées.

Notre utilité sociale se mesure donc à notre capacité à créer des dispositifs concrets, mais surtout à leur impact : le nombre d’associations que nous parvenons à accompagner, à mobiliser et à toucher.

 

  • Quelques chiffres importants à nous partager ?

 

La France compte environ 1,4 million d’associations. Le Mouvement Associatif en représente près de la moitié, soit environ 700 000.

Plus de 80 % des associations sont non-employeuses. Environ 160 000 d’entre elles emploient des salarié·es et représentent à elles seules 10 % de l’emploi privé en France. C’est un poids économique et social considérable !

Au niveau national, Le Mouvement Associatif compte une équipe de 14 salarié·es. Nous nous appuyons également sur 14 Mouvements Associatifs régionaux, présents dans l’ensemble des régions métropolitaines ainsi qu’à La Réunion et en Martinique. Cet aspect est particulièrement important pour nous, car il illustre notre ancrage territorial : tout ce que nous construisons à l’échelle nationale a vocation à être décliné et adapté dans les régions.

 

  • Pourquoi avez-vous choisi de louer vos bureaux dans un tiers-lieu écoresponsable ETIC ?

 

Ce choix a été fait collectivement avec ESS France, puisque nous avons emménagé à WIKIVILLAGE à quelques jours d’intervalle. L’idée était de rapprocher nos deux structures : le monde associatif constitue l’une des principales familles de l’ESS, notamment en nombre d’organisations, et il était donc important pour nous de nous inscrire dans un écosystème commun.

Certains de nos membres, comme La Fonda, sont déjà installés à WIKIVILLAGE, tout comme plusieurs de nos partenaires.

Il y avait donc un véritable intérêt à intégrer ce lieu et à nous rapprocher de structures avec lesquelles nous partageons des enjeux et des projets. À cela s’ajoutent bien sûr les qualités du bâtiment, son cadre agréable et ses équipements, notamment les salles de réunion, qui facilitent largement notre quotidien.

 

  • Comment voyez-vous l'évolution de votre secteur dans les prochaines années ?

 

En 2025, le secteur associatif a perdu 12 305 emplois salarié·es. C’est une baisse d’une ampleur inédite depuis le Covid, alors que le secteur avait plutôt tendance à créer de l’emploi.

Nous voyons se dessiner une forme de plan social généralisé. De grandes associations sont malheureusement contraintes d’engager des plans sociaux. Mais une grande partie de la situation reste invisible : ce sont aussi de petites associations locales qui passent de deux salarié·es à un seul, ou d’un poste de salarié·e à aucun, en raison de la diminution des financements publics.

Nous sommes donc particulièrement inquiet·es pour l’avenir de la vie associative et pour tout ce qu’elle apporte à la société. Si les associations s’affaiblissent, ce sont aussi les solidarités, le sport, la culture, la vitalité des territoires… qui risquent de reculer. La force de la vie associative, c’est précisément sa présence à toutes les étapes. Elle peut aussi bien soutenir des personnes sans abri pendant une période de canicule que permettre à des jeunes de partir en colonie de vacances.

La vie associative a encore de nombreuses années devant elle étant donné que l’envie de s’engager, elle, reste bien présente. En revanche, l’avenir des associations employeuses est beaucoup plus incertain. Le modèle actuel de financement montre ses limites, notamment avec le recul des subventions au profit des marchés publics. Cette évolution tend à réduire les associations au rôle de prestataires de services.

 

  • Où est-ce qu’on peut vous retrouver pour suivre les actualités de votre structure ?

 

Vous pouvez nous retrouvez principalement sur LinkedIn et Instagram !

 

  • Un petit mot de la fin : Quel dernier message est-ce que vous aimeriez transmettre ?

 

La France compte 13 millions de bénévoles pour 65 millions d’habitant·es. Si chaque bénévole racontait à cinq personnes de son entourage ce qu’il ou elle fait, comment il ou elle agit, avec qui, pourquoi, et ce que cet engagement lui apporte, nous pourrions potentiellement toucher l’ensemble de la population française !

C’est aussi de cette manière que la place de la vie associative pourra évoluer dans notre société : en s’appuyant sur cette force présente partout, dans tous les territoires, sur toutes les thématiques et en rendant ces expériences plus visibles.

 

 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer