Les Portraits Foncièrement Responsables : Christophe Sonzogni & Marie Meganck – La Conciergerie Solidaire
Rencontrez celles et ceux qui font vivre l’Économie Sociale et Solidaire en France. Ce mois-ci, ETIC donne la parole à La Conciergerie Solidaire, une structure agréée ESUS et engagée pour l’emploi local et l’utilité sociale, résidente de deux tiers-lieux ETIC : le FIL à Toulouse et HÉVÉA à Lyon.
Ces deux lieux illustrent parfaitement les modèles d’ETIC : des Cités ETIC, directement opérées et animées par ETIC, comme HÉVÉA et des tiers-lieux labellisés, portés et animés par des acteur·rices locaux partenaires, comme Le Fil. Deux façons de faire vivre des espaces de travail professionnels, écologiques et ancrés dans leur territoire.
Dans cette interview à deux voix, Christophe Sonzogni et Marie Meganck partagent leur vision, leurs actions de terrain et leur expérience au sein des tiers-lieux professionnels et écologiques portés par ETIC. Ils reviennent sur le rôle de ces espaces de travail engagés dans le développement de leurs activités, la coopération entre acteur∙rices de l’ESS et l’ancrage territorial de leur projet.
- Petite présentation, qui êtes-vous ?
Marie Meganck : Moi, c’est Marie, je suis directrice de La Conciergerie Solidaire Occitanie depuis 2021. Je suis basée au FIL à Toulouse, un des tiers-lieux labellisés ETIC, et ce depuis le démarrage. On est ravi∙es d’être ici, dans ce tiers-lieu qui a beaucoup de sens pour nous.
Christophe Sonzogni : Je suis Christophe, directeur du marketing et du développement depuis 2024. Je fais partie de l’équipe support : je pilote le marketing, la communication, le commerce, le digital… Je suis basé à Bordeaux, au siège de l’entreprise, mais une partie des équipes est installée à Lyon, dans la cité ETIC HÉVÉA. Avant cela, je travaillais sur la relance et le développement de start-up, notamment dans le monde du digital et de la santé.
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En une phrase, quelle est la mission principale de La Conciergerie Solidaire ?
Marie Meganck : C’est une entreprise d’insertion qui propose des services responsables et locaux sur quatre branches d’activité : conciergerie dans plusieurs secteurs (entreprises, tiers-lieux, milieu hospitalier, en résidences seniors…), prestations d’hospitality et de facility management, prestations d’accueil, et enfin animations.
Christophe Sonzogni : La mission principale de La Conciergerie Solidaire, c’est d’accompagner des personnes éloignées de l’emploi pour des raisons sociales, de santé ou de handicap. Ce qui fait de nous une entreprise inclusive, et c’est vraiment notre ADN.
- Quel est votre principal enjeu actuel ?
Christophe Sonzogni : Il y en a un premier : c’est de faire comprendre aux grands groupes, aux acteur∙rices de l’immobilier tertiaire du secteur privé et lucratif, que des personnes éloignées de l’emploi, pour toutes les raisons que nous avons évoquées, sont en mesure de proposer et d’assurer des services équivalents à ceux de n’importe qui. Donc c’est un premier enjeu de plaidoyer et de sensibilisation.
Le deuxième enjeu est celui de l’évolution du service de conciergerie, que l’on continue bien sûr, mais on ouvre aussi le service d’hospitality. L’intérêt, c’est que les projets, les contrats soient plus importants, plus stabilisants pour l’entreprise. Donc c’est plus rassurant pour nous, et ça permet d’accompagner plus de monde sur plus de postes. Alors, d’un point de vue formation et accompagnement des salarié∙es, ça a un impact positif quand ils partent de chez nous : ils sont plus compétent∙es et employables.
Le troisième enjeu est lié à notre développement, et au fait de faire grandir l’entreprise sur ces différents territoires : Bordeaux, Paris, Hauts-de-France, AURA, Toulouse, Marseille et Strasbourg. Et on ouvre une nouvelle conciergerie à Montpellier.
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Qui sont les publics concernés par ce que vous proposez ?
Marie Meganck : Alors, il y a d’abord nos bénéficiaires, c’est-à-dire les concierges. C’est très cadré par l’État : nous avons des agréments départementaux qui nous permettent d’être reconnus comme entreprise d’insertion. Les publics que l’on vise répondent donc à des critères. Je ne vais pas tous les citer, mais les principaux sont celles et ceux qui n’ont pas travaillé depuis plusieurs années, qui ont perdu confiance en eux, et dans leur rapport au travail. On touche aussi les bénéficiaires du RSA, et beaucoup de femmes : c’est un vrai marqueur à La Conciergerie Solidaire, et cela nous distingue des autres acteur∙rices de l’IAE (Insertion par l’Activité Économique).
Il faut savoir qu’il y a de nombreuses entreprises d’insertion qui interviennent sur des métiers de production (travaux de jardinage, de ménage…) où il y a très peu de femmes. Nous, à la différence, on est sur un métier de service qui naturellement attire plus de femmes, même si on est sur une parité exemplaire avec 50 % de femmes et 50 % d’hommes.
Le métier de concierge est très intéressant car très polyvalent : on touche à la relation client, la communication, la logistique, la coordination, la bureautique, le développement… Il y a aussi cette dimension humaine où la confiance en soi est dominante : on retrouve le sentiment d’utilité, de rendre service, et davantage encore avec les retours positifs de nos client∙es.
Et au sujet de nos client∙es, nous avons un panel très diversifié, mais plutôt des grands comptes avec des structures comme Airbus, Enedis, Orange, RTE, AG2R La Mondiale. On peut aussi opérer dans des structures plus petites qui comptent 50 salarié∙es, et on s’adapte bien sûr en fonction de chaque besoin.
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Pouvez-vous nous partager quelques succès ou vos plus belles réussites ?
Marie Meganck : J’aimerais insister sur le volet humain, mais avant de vous dévoiler une première victoire, je voulais vous préciser qu’en tant qu’entreprise d’insertion, nous embauchons des personnes qui disposent d’un pass IAE délivré par l’État, valable deux ans. On est donc comme une entreprise tremplin. Récemment, sur cinq sorties, quatre ont obtenu un CDI.
Il y a eu aussi, lors de notre réunion d’équipe le mois dernier, où certain∙es ont témoigné en disant : « Je me sens tellement mieux depuis que je travaille ici ». Et c’est une vraie victoire !
Christophe Sonzogni : À mon tour de vous partager une réussite plutôt nationale, qui est en réalité une double réussite commerciale, et qui vise à stabiliser l’entreprise avec de nouvelles prestations comme l’hospitality : « j’accueille, j’oriente, je prends soin », sur des sites de plus en plus exigeants. Ça rejoint l’enjeu dont je parlais précédemment, et notamment notre axe de plaidoyer pour que les grands groupes nous fassent confiance. Disons qu’aujourd’hui, on est à la moitié du chemin.
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Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre structure ?
Marie Meganck : La Conciergerie Solidaire a été fondée par Sylvain Lepainteur, qui est toujours PDG, fin 2009 dans le cadre de la réhabilitation du site Darwin en tiers-lieu. Il était proche des porteurs du projet, et rapidement un besoin d’un service de conciergerie a émergé dans les réflexions. Sylvain a toujours été très tourné vers les enjeux de l’ESS et a imaginé cette solution en tant qu’entreprise d’insertion.
La première Conciergerie Solidaire est d’ailleurs née à Darwin sous un modèle de facility management pour gérer le site, les espaces, les salles de réunion, la coordination du ménage, ou encore avec La Poste. Ça a tellement bien marché que ça s’est ouvert sur le quartier, et puis le développement s’est renforcé en créant des filiales et des affilié∙es à partir de 2015, et aujourd’hui avec toutes les antennes que l’on a.
- Quelles sont les valeurs fondamentales qui guident votre travail au quotidien ?
Christophe Sonzogni : On est guidé∙es par notre charte d’engagement, avec comme piliers : la qualité du service, l’ancrage territorial, la réactivité et l’expérience client. Et bien sûr notre impact auprès de toutes les parties prenantes.
Marie Meganck : Je rajouterais l’agilité, parce que le fait d’être une petite structure nous permet d’être rapides dans la prise de décision. La bienveillance, même si ça peut être un terme galvaudé : c’est clairement la première fois que je la vis véritablement. Et puis l’horizontalité, parce qu’on se considère toutes et tous comme concierge.
- Comment mesurez-vous votre impact ?
Christophe Sonzogni : Le premier indicateur, c’est le nombre de sorties positives. C’est notre devoir de le mesurer pour avoir notre conventionnement chaque année, et ainsi continuer de former, d’accompagner nos équipes et de favoriser l’insertion.
Il y a aussi le taux de recours, la satisfaction client, utilisateur∙rices… Et si on revient sur la mesure d’impact social, on le mesure avec des indicateurs tels que : le nombre de salarié∙es, le taux de turn-over de nos salarié∙es. Pour finir sur notre démarche environnementale, on a à cœur de limiter notre impact en optimisant nos tournées par exemple, en renforçant l’usage de la mobilité douce et tout le travail de sourcing de partenaires ou d’acteur∙rices locaux∙les que l’on privilégie, bien sûr.
- Comment impliquez-vous les parties prenantes (communauté, clientèle, partenaires, etc.) dans vos projets ?
Marie Meganck : Depuis le démarrage à Toulouse, j’anime annuellement un comité des partenaires pour les solliciter sur des sujets concrets et stratégiques. C’est aussi l’occasion de faire un bilan de l’année écoulée.
Sinon, sur un projet plus local, je pense à un projet de conciergerie de quartier qui a été complexe à monter. On s’est appuyé∙es sur un groupe de travail avec aménageurs, bailleurs, régie de quartier et habitant∙es pour construire ensemble le projet et lever les freins opérationnels et financiers.
- Quels sont les plus gros défis que vous avez rencontrés depuis la création de votre structure ?
Marie Meganck : Pour moi, le plus gros défi, c’était en 2023, où notre chiffre d’affaires a fait un boom énorme (+250 % en trois mois). Et nous n’avions pas les bureaux, les ressources, les outils, les véhicules, ni de trésorerie. Donc ça a été un gros challenge pour trouver de l’aide et du soutien. Avec mon binôme de l’époque, on a réussi à structurer tout ça et à assurer le développement. Heureusement que le réseau était présent pour nous soutenir !
Il y a eu aussi un défi d’harmonisation : faire société tout en laissant un bon niveau de liberté et d’autonomie. Ça se formalise aujourd’hui par l’harmonisation et la structuration de la communication, notamment en montant en gamme sur nos différents sites.
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Quelques chiffres importants à nous partager ?
La Conciergerie Solidaire, c’est :
- 125 salarié∙es
- 90 sites
- 100 client∙es
- 98 % de satisfaction client
- 27 % de croissance
Sur Toulouse, ça représente :
- 13 salarié∙es, dont 8 en insertion
-11 client∙es
-12 comptoirs
- 100 000 € générés en bénéfices directs pour les artisan∙es locaux∙les
- 44 000 L d’eau évités en 2024 grâce au système de lavage automatique sur site
- 85 partenaires locaux∙les
- Seulement 0,06 % de taux de litige
- Pourquoi avez-vous choisi de louer vos bureaux dans un tiers-lieu écoresponsable ETIC ?
Marie Meganck : Être au FIL, le tiers-lieu labellisé ETIC à Toulouse, fait vraiment sens pour nous, et ce depuis le démarrage, pour plusieurs raisons :
- Pour l’écosystème : on est tous des acteur∙rices de l’insertion socio-professionnelle et culturelle, donc on parle le même langage, on partage les mêmes valeurs, et ça permet de créer des passerelles naturellement entre nos activités.
- Pour la localisation : on est en plein dans le quartier du Mirail, un quartier difficile avec 40 % de taux de chômage, et qui jouxte la zone d’activité « Basso Cambo », qui accueille de grandes entreprises. Donc c’est pertinent pour assurer le lien entre les besoins de la population et ceux des entreprises. Par ailleurs, on a une majorité de nos client∙es qui se trouvent sur cette zone, donc c’est pratique pour rationaliser notre activité.
J'aime aussi beaucoup le lieu et son histoire. On est vraiment dans un écrin de verdure et dans un bâtiment qui a eu plusieurs vies, avec une histoire très marquée. Et aussi pour son architecture, car on retrouve les briques à la toulousaine, qui renforcent son empreinte territoriale, et une partie rénovée plus moderne avec du bois, du métal et beaucoup de matériaux écologiques.
On est ravi∙es de collaborer avec celles et ceux qui gèrent et animent le lieu !
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Pouvez-vous partager un moment marquant, une expérience mémorable ou une anecdote que vous avez vécue grâce à la communauté ETIC ?
Marie Meganck : Il y en a plein, mais je vais choisir le plus récent. C’était à l’occasion d’un afterwork que l’on a organisé avec un traiteur qui fait de la cuisine africaine : on a cuisiné, le cuisinier était là pour nous conseiller, puis on a dégusté toutes les préparations ensemble. Et c’était un vrai moment de convivialité. C’est ce qu’on aime à La Conciergerie Solidaire : le faire ensemble et faire travailler des artisan∙es locaux∙les.
Sinon, au quotidien, ce que j’aime au FIL, c’est le lien avec la communauté : on se croise tous les jours, on partage nos galères et nos réussites, et ça crée une vraie solidarité. C’est aussi ça, travailler dans un tiers-lieu.
- Entrepreneuriat engagé : quels conseils donneriez-vous à d’autres organisations qui souhaitent se lancer dans votre secteur et/ou l’ESS ?
Marie Meganck : Ne pas se lancer tout∙e seul∙e ! La conciergerie, c’est une activité avec une grande complexité technique. Ce métier génère une charge mentale importante, et si on n’a pas les outils ni les ressources, ça peut vite devenir ingérable. Mais quand on aime les métiers de service, c’est super et très satisfaisant : il n’y a pas une journée qui se ressemble.
Christophe Sonzogni : C’est un secteur très challengé et qui rencontre des tensions budgétaires. Le conseil que je donnerais, c’est de trouver les bons partenaires et de savoir bien s’entourer avec des acteur∙rices solides et durables.
- Comment voyez-vous l’évolution de votre secteur dans les prochaines années ?
Christophe Sonzogni : J’ai une vision du développement et de l’élargissement de l’offre avec cette notion d’hospitalité, en renforçant notre intervention avec plus de services. Mais ça va aussi avec le fait d’intervenir dans des environnements et des marchés différents, parce que les besoins sont là !
- Quels sont vos objectifs et projets pour les prochaines années ?
Christophe Sonzogni : L’objectif, c’est de construire un plan pour être reconnu comme un acteur clé sur le service d’hospitalité, sur le plan local et social, mais aussi via l’innovation et la personnalisation du service.
On reste sur un angle différenciant en proposant des services de conciergerie premium, avec des personnes qui ont un parcours parfois difficile, mais que l’on forme et qu’on accompagne pour atteindre un niveau d’excellence. Ça rejoint vraiment notre démarche de plaidoyer que l’on évoquait en début d’interview.
On souhaite aussi conserver notre ancrage social et territorial. Comment ça s’illustre ? On a ouvert la Maison des Liens à Lille, où nous sommes là comme facilitateur pour créer du lien et des services avec les habitant∙es, et nous sommes en train de développer le même concept à Lyon. Ces projets territoriaux sont longs, mais ce sont des projets très importants pour nous, car ils sont complémentaires avec notre cœur d’activité.
- Où est-ce qu’on peut vous retrouver pour suivre les actualités de votre structure ?
Christophe Sonzogni : À plusieurs endroits, mais notamment via notre newsletter : « Le sens du service », destinée à nos client∙es, et « Missive solidaire », destinée à nos bénéficiaires. Sinon, sur nos réseaux sociaux (LinkedIn et Instagram) et notre site internet.
- Un petit mot de la fin : quel dernier message est-ce que vous aimeriez transmettre ?
Marie Meganck : La raison pour laquelle on se sent bien dans les tiers-lieux ETIC, c’est qu’on a le même ADN (tisseur de liens) pour créer de l’impact social positif !
Comme La Conciergerie Solidaire, vous cherchez un espace de travail aligné à vos valeurs pour votre structure à impact (bureaux privatifs, poste en coworking, plateau aménageable, commerce...) ?
À Lyon, Paris, Montreuil, Lille, Nanterre, Toulouse, Castre... Il y a un forcément un espace pour vous ! Contactez l’équipe d’ETIC pour échanger sur votre projet.