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Par Fondation des solidarités urbaines - Publié le 19 mai 2026 - 10:00 - Mise à jour le 19 mai 2026 - 10:00
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L’innovation sociale change de dimension avec le programme expérimental « Transfert d’Innovations Sociales »

L'innovation prend tout son sens lorsqu'elle se concrétise sur le terrain. Il en va de même pour l'innovation sociale urbaine. Une fois expérimentée, mise en œuvre, éprouvée, elle a pour vocation d’être transférée vers d’autres acteurs, d’autres territoires et d’autres contextes pour démultiplier son impact. C'est précisément l’objet du programme expérimental « Transfert d'Innovations Sociales » (TIS), porté par la Fondation des solidarités urbaines avec l'Avise (agence d’ingénierie de l’économie sociale et solidaire et de l’innovation sociale) et l'AORIF (l'Union sociale pour l'habitat d'Ile-de-France) : organiser le changement d'échelle d'innovations sociales soutenues par la Fondation et qui ont fait leurs preuves, en les transférant vers des bailleurs sociaux franciliens prêts à s'en emparer.

le Plus Petit Cirque du Monde - Crédit photos : Marylou Mauricio
le Plus Petit Cirque du Monde - Crédit photos : Marylou Mauricio

Depuis 2020, la Fondation des solidarités urbaines soutient des projets d'expérimentation et de recherche-action qui rendent la ville plus solidaire, inclusive et durable – répondant ainsi à de nombreuses problématiques rencontrées par les bailleurs sociaux. Parmi les 44 initiatives d'innovation sociale soutenues, 21 sont d’ores et déjà achevées, avec des résultats tangibles, démontrés, adossés à une analyse méthodique et formalisée. Mais ces innovations « clés en main », qui répondent à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits, se heurtent à un obstacle : l’insuffisance de leur transfert vers d'autres acteurs et d'autres territoires.

Comment organiser la rencontre entre d’un côté, des porteurs de projets aux solutions éprouvées et de l’autre, des bailleurs sociaux à la recherche d’innovation sociale ?

C'est pour répondre à cette question que la Fondation des solidarités urbaines, en collaboration avec l'Avise – Centre national de compétences de l’innovation sociale (CNCIS) pour la France en Europe – et l'AORIF a lancé un appel à manifestation d'intérêt dans le cadre du programme TIS pour constituer des binômes entre ses lauréats et les bailleurs sociaux franciliens, partageant une problématique commune.

Depuis janvier 2026, trois bailleurs et trois associations sont engagés dans le programme, formant quatre binômes : Est Ensemble Habitat, IDF Habitat et Paris Habitat – impliqué dans deux transferts côté bailleurs sociaux ; les associations Lab3S, l'Éternel Solidaire et le Plus Petit Cirque du Monde – impliqué dans deux transferts – côté lauréats de la Fondation.

 

Une méthodologie pensée dans la durée

Le programme TIS réunit donc pour la première fois un bailleur social et une structure de l’ESS, afin d’opérer pas à pas un transfert d’innovation sociale. Pour les y aider, le programme prévoit une dotation financière pouvant aller jusqu’à 22 000 euros pour les lauréats impliqués, ainsi qu’une dynamique de coopération ouverte avec des collectivités franciliennes si cela s’avère nécessaire pour le transfert de l’innovation sociale concernée.

Un autre paramètre vient également renforcer l’efficacité du dispositif : sa durée. Un transfert complet se déploie en deux ans. C’est là qu’intervient toute l’ingénierie de l’Avise, qui organise méthodiquement le programme en 4 étapes progressives, chacune assortie d'un livrable et d'une décision de poursuivre ou de sortir du programme. Étape 1 : se mettre d’accord sur les principes à l’œuvre dans le transfert, formalisés par une note d’intention. Étape 2 : établir un diagnostic qui recueille les forces et les points de vigilance du transfert. S’ensuit la préparation du transfert, nourrie de séminaires collectifs avec des experts issus du réseau de l’Avise, qui peuvent être complétés grâce à la mobilisation d’un fonds d’ingénierie adapté aux spécificités de chaque projet.  Cette troisième étape aboutit à la rédaction d’un plan de transfert, véritable feuille de route du binôme. Puis, dernière étape, la mise en œuvre du transfert à proprement parler.

Pourquoi ce découpage ? « La coopération demande du temps, analyse Auriane Hélaine, chargée de mission au Pôle changement d’échelle à l’Avise. Il y a un vrai enjeu de pédagogie autour du programme mais aussi sur le fait de comprendre les fonctionnements mutuels, souvent très différents. Nous faisons appel à tout un panel d’outils d’intelligence collective, tout en alternant ces temps collectifs avec un accompagnement individuel des binômes. »

Deux temps forts ont déjà eu lieu pour les quatre binômes constitués fin 2025. Le premier a permis d’établir une note d’intention et le second a introduit la phase de diagnostic.

« C’est important que ces rencontres soient collectives, car les problématiques énoncées par les uns sont souvent rencontrées par les autres », abonde Auriane Hélaine.

 

Transférer, non dupliquer

La singularité du programme TIS réside dans sa capacité à faire émerger une nouvelle manière de changer d’échelle. Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique un projet ou sa méthodologie, mais de les transmettre, hors de leur périmètre initial, pour être appliqués dans un contexte différent, sur un nouveau territoire ou auprès d'autres publics.

« C'est une forme de fertilisation, résume Auriane Hélaine. Ce changement d'échelle par transfert est innovant, souvent moins coûteux et moins risqué, très efficace en termes d'impact social. »

Le défi est d'autant plus stimulant que les acteurs réunis au sein des binômes sont, culturellement, éloignés les uns des autres : des associations de petite ou moyenne taille d'un côté, des bailleurs sociaux aux grandes structures de l'autre.

« On travaille beaucoup sur le décloisonnement, même si dès que les échanges s'amorcent, tout le monde est aligné sur les objectifs. Ce n'est pas un copier-coller, il y a une vraie adaptation. L’ambition est de réussir à se projeter, à bien comprendre le projet initial et d’identifier comment se l'approprier », précise Auriane Hélaine.

Autre enjeu majeur : capitaliser sur la démarche elle-même. En observant ce qui se passe à chaque étape, le programme TIS ambitionne de constituer un corpus méthodologique réutilisable, potentiellement applicable à d'autres secteurs et à d'autres types d'acteurs.

 

Dans les coulisses d'un binôme : Paris Habitat et le Plus Petit Cirque du Monde

Parmi les quatre binômes engagés dans cette première vague, celui formé par le bailleur social Paris Habitat et l’association le Plus Petit Cirque du Monde (PPCM) illustre cette rencontre entre deux acteurs qui ont tout à gagner à travailler ensemble.

D'un côté, le bailleur social Paris Habitat, confronté à une problématique concrète : mobiliser et impliquer les jeunes dans le cadre des travaux de rénovation thermique de la résidence La Tannerie à Bagneux, composée de 7 immeubles soit 300 logements. De l'autre, le Plus Petit Cirque du Monde, association de quartier implantée à Bagneux depuis plus de douze ans, qui a développé une expertise reconnue en mobilisation de la jeunesse – notamment à travers le projet soutenu par la Fondation : "le lycée avant le lycée", un tiers-lieu co-construit avec des habitants pour imaginer, via des chantiers participatifs et une programmation culturelle ouverte, le lycée de demain.

Chez Paris Habitat, l'intérêt de participer au programme de transfert d’innovation sociale est immédiat.

« Ce qui était intéressant, c'était leur expertise en termes de mobilisation des jeunes. Ils ont aussi fait preuve d'une grande flexibilité et nous ont nourri de leur approche culturelle. C'est un pas de côté pour nous de travailler avec des artistes qui ont leur propre sensibilité au monde de l'architecture », confie Anouk Vandaele, chargée de projet chez Paris Habitat.

Chef de service Patrimoine chez Paris Habitat, Zeyd Mazur complète : « Cibler la jeunesse est une forme d'innovation dans notre secteur. On veut être moteur sur ces sujets et sortir des outils trop formels. S'inspirer de structures plus agiles nous permet de mieux répondre à cette demande. »

Du côté du Plus Petit Cirque du Monde, la démarche s'inscrit dans une vision bien plus large du logement social. Son directeur, Eleftérios Kechagioglou, défend un modèle qui dépasse la relation bailleur/résidents : en associant d'autres acteurs, il renforce les liens et la concertation pour faire émerger une nouvelle manière d'habiter, fondée sur l'appropriation du lieu de vie.

« Il faut du temps long pour mobiliser, pour créer du lien avec les habitants. Notre expertise, c'est d'arriver avec l'envie de comprendre, d'apprendre et de fonctionner en programmation ouverte », explique-t-il. Et d'ajouter : « L'innovation, c'est avant tout accepter qu'on ne sait pas exactement ce qu'on va faire. On sait qu'on veut travailler sur le lien avec les habitants, mais on le fait en marchant et en déplaçant le curseur selon le contexte et les contraintes. »

C’est pour lui ce qui fait le sel de la coopération. Le programme expérimental TIS est une opportunité pour le Plus Petit Cirque du Monde d’impulser une dynamique.

« Tous ces acteurs doivent travailler ensemble pour trouver des solutions. Sans coopération, ce sera toujours une équation insoluble. »

 

Les facteurs-clés d'un transfert réussi

Que faut-il pour qu’un binôme aboutisse au transfert effectif d’une innovation sociale ? En toute probabilité, il lui faut investir les ressources, notamment humaines, nécessaires, rester fidèle à la vision initiale du projet, accepter le temps long et faire confiance à l’ingénierie du programme.

En filigrane des premiers temps forts organisés pour les binômes se dessinent pourtant d’autres critères, peut-être plus essentiels encore.

« Un bon binôme, c'est avant tout de l'humain. C'est souvent sous-estimé, mais pour faire face aux obstacles, une bonne entente et de la confiance sont nécessaires », appuie Auriane Hélaine.

L’accompagnatrice de l’Avise y ajoute deux autres facteurs clés : la transparence et la vision stratégique. La transparence pour permettre une communication fluide et un diagnostic précis, la vision stratégique pour ne pas rester focalisé sur le terrain et voir à plus long terme.

« Pour les bailleurs sociaux, la question est de savoir comment changer leurs pratiques à l’aune de cette nouvelle méthodologie, et pour les associations, c’est de consolider un modèle économique et approfondir leur impact, en développant cette méthodologie de transfert. »

Le programme TIS n'en est qu'à ses débuts, mais il dessine déjà les contours d'une nouvelle manière d’appréhender le changement d'échelle de l'innovation sociale, fondée sur la coopération méthodique comme levier d'impact. Une seconde vague de binômes est attendue au cours de l’année 2026.

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