[TRIBUNE] Philanthropie et démocratie, pour une citoyenneté vivante

[TRIBUNE] Philanthropie et démocratie, pour une citoyenneté vivante
Le financement du monde associatif est aujourd’hui remis en question. D’abord parce que les besoins ne cessent d’augmenter. Ensuite parce que les mécanismes de collecte de dons sont remis en cause. Chez les particuliers le remplacement de l’ISF par l’IFI aura une conséquence négative sur les dons aux associations. Chez les entreprises, c’est un rapport de la Cour des comptes qui s’interroge sur l’intérêt du dispositif de mécénat et avance des propositions pour limiter les avantages fiscaux accordés au mécénat et en particulier au mécénat d’entreprise. Dans ce contexte de forte tension du financement du monde associatif, nous sommes ravis d’offrir à Francis Charhon, ancien directeur de la Fondation de France, une tribune pour donner son avis sur les pages de Carenews.


 

Pour la première fois depuis trente ans la fiscalité du mécénat est menacée

 

Au-delà du fait que cette tentative de réduction de l’avantage fiscal, restreindra les actions menées dans de nombreux secteurs de l’intérêt général et diminuera le mécénat de compétence, cette décision reflète une incompréhension par les décideurs du rôle de la philanthropie dans la vie démocratique.

À l’heure où la classe politique de tous bords cherche à s’allier les voix des électeurs par des mesures favorisant telle ou telle couche de la société, l’abstention aux élections s’accroît laissant la place aux extrêmes qui s’épanouissent sur des discours de peur et de rejet de l’autre. La cohésion sociale se délite progressivement, car personne ne trouve de projets capables d'entraîner vers un avenir qui serait meilleur pour tous.

 

Depuis des années le nombre d’adhérents aux organisations représentatives modérées qu’elles soient politiques, syndicales ou religieuses se réduit, alors qu’il existe aujourd’hui environ 20 millions de bénévoles, près d’un tiers de la population française.

 

Ceux-ci ont décidé qu’il ne fallait plus attendre pour agir et se sont mis en mouvement soit individuellement soit à travers les 1,2 million d’associations et les fondations. Ce sont eux qui aident les personnes en difficultés ou âgées, accompagnent les malades, luttent contre le décrochage scolaire, revitalisent les territoires reculés où le mot espoir a disparu, qui permettent l’accès à la culture à ceux qui ne le peuvent pas ou n’en ont pas les moyens. Leur engagement est un puissant levier pour maintenir ou recréer du lien social, pour mettre autour de projets, souvent de petites échelles, des populations qui n’avaient plus l’habitude que l’on leur demande leur avis pour, avec eux, régler leur problème. Cette présence permet de voir dans l’autre une valeur plutôt qu’un danger et de retrouver le sens du vivre ensemble. 

Le secteur des fondations et associations est considéré par certains parlementaires comme un secteur qui soustrait de l’argent à l'État, car il bénéficie de déductions fiscales qu’il serait bon de réduire. Arrêtons de dire que cela coûte à l’État, c’est une grave erreur pour plusieurs raisons.

 

D’abord la philanthropie est un puissant modèle de consentement à l’impôt : n’oublions pas que sur un don de cent euros si l’État donne une réduction fiscale de 66 euros le donateur apporte volontairement 34 euros supplémentaires, soit un placement qui a un rendement de 50 %.

 

Par ailleurs ce mécénat donne au contribuable l’occasion d’apporter des moyens et de s’impliquer dans des secteurs où l’État ne sait plus intervenir tant les besoins sont multiples, morcelés et rarement atteints par les dispositifs publics. Rappelons que la plupart des dispositifs fiscaux profitent à ceux qui en bénéficient alors que dans le secteur de la philanthropie l’avantage fiscal va vers l’intérêt général.

 

Plutôt que de mettre, à chaque mandature, la fiscalité du mécénat en ligne de mire, n’est-il pas temps de réfléchir à un nouveau contrat social ?

 

L’État assumerait le fait qu’il ne peut pas tout faire, que la dépense fiscale est un investissement social et que des acteurs de la société civile sont indispensables pour lutter contre les maux de notre société ; des partenariats féconds pourraient voir le jour.

 

Le rôle de l’État serait alors le garant de l’intérêt général et non le gérant. Il valoriserait l’engagement, ce qui ferait, certainement, avancer la démocratie. Chacun se sentant acteur et responsable de son avenir mais aussi de son prochain.

 

Je dis aux gouvernants :

 

" Faites confiance à ceux qui chaque jour se battent sur le terrain, permettez-leur d’amplifier, partout dans le pays, leurs actions, qui donnent du sens à la vie en société. S’appuyer sur la citoyenneté, ce n’est pas l’ancien monde mais celui d’aujourd’hui, de demain, connecté, innovant et enthousiasmant, c’est faire de la politique autrement et bien comprise."

 

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