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Par Carenews PRO - Publié le 31 mars 2020 - 11:19 - Mise à jour le 31 mars 2020 - 14:43
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Antoine Martel (iRaiser) : «L'ensemble des dons en lien avec l'épidémie de Covid-19 sera bien supérieur à Notre-Dame»

L’entreprise éditrice de logiciels iRaiser, qui fournit des outils de collecte de fonds sécurisés, accompagne 40 des plus grandes associations françaises. Son PDG Antoine Martel, qui travaille actuellement avec des acteurs engagés dans la lutte contre le coronavirus, nous livre son analyse de la mobilisation.

Crédit photo : iRaiser.
  • Depuis la crise du coronavirus, qu’observez-vous en tant qu’acteur central du fundraising ?

On assiste à une explosion du canal digital, alors que les associations investissent traditionnellement plutôt le courrier et le télémarketing. Or, depuis l’épidémie, les centres d’appel ont du mal à fonctionner. La Poste a également allongé ses délais de distribution du courrier et les imprimeurs sont à la peine. Le porte-à-porte et le fundraising de rue sont interdits. Les églises se retrouvent aussi à collecter davantage en ligne car la quête pratiquée à l’occasion des messes n’est plus possible.

Les associations sont inquiètes pour leur avenir. Nous sommes au devant d’une crise économique mondiale. Un tiers de l’humanité est coincée chez elle, une situation complètement inédite. Est-ce que les gens continueront à donner dans ces conditions ? Les associations ont dû déjà annuler leurs évènements, des dîners de gala qui leur permettent traditionnellement de recruter des grands donateurs. Tout cela représente des coûts. 

L’urgence touche aujourd’hui tous les acteurs. Elle ne concernait auparavant que les ONG « urgentistes » (MSF, Croix-Rouge, etc.). Ce n’est plus le cas depuis un moment déjà. La Fondation de l’AP-HP, qui avait plutôt une stratégie de recrutement de grands donateurs, adopte désormais une stratégie grand public, et croule sous les sollicitations à gérer.  Or tout le monde n’est pas préparé à l’urgence. Dans le contexte actuel, par exemple, il est possible d’obtenir des espaces publicitaires gracieux auprès des médias. Or, cela nécessite d’être en mesure de fournir des spots, des visuels qui répondent à des contraintes techniques. S’il y a une leçon à retenir de la crise actuelle, c’est que tout le monde peut être confronté à l’urgence. 

dossier
  • Les associations et les fondations ont-elles réagi suffisamment vite à la crise ?

En Italie, grâce à un post publié sur Instagram, l’influenceuse Chiara Ferragni a collecté trois millions d’euros en 24 heures. En France, des cagnottes sur Leetchi ou GoFundMe ont été lancées par des particuliers ou des collectifs très tôt. On estime ainsi que 4 300 cagnottes ont été lancées sur Leetchi depuis le début de la crise sanitaire. 

Je trouve que les associations ont trop tardé, or la nature a horreur du vide. Si elles ne se mobilisent pas vite, d’autres le feront à leur place. Et au-delà de l’argent, la donnée a elle aussi une valeur. Sur Facebook, Leetchi ou GoFundMe, les données ne sont pas qualitatives. D’où l’intérêt de disposer de sa propre plateforme, qui permettra de recueillir les données nécessaires à la construction d’une relation pérenne avec le donateur. 

  • La situation ne doit pas être simple pour les associations sans lien évident avec  la lutte prioritaire contre le coronavirus...

C’est vrai, mais il faut malgré tout maintenir la relation. J’ai reçu des mails attentionnés de Greenpeace, du WWF, qui prenaient des nouvelles des donateurs, tout en leur proposant des ressources utiles, pour apprendre à la maison, par exemple. Cette démarche est intéressante. Il faut communiquer et être proactif.

Toutes les ONG ne peuvent pas agir sur le contrôle de l’épidémie de Covid-19 mais elles peuvent tout de même expliquer d’une manière sincère, transparente et émotionnelle pourquoi elles ont besoin de leurs donateurs réguliers. D’autant plus que le recrutement des donateurs est cher : on estime que ce dernier « coûte » en moyenne 150 à 250 euros en marketing de rue, par exemple.

Je recommande aussi d’avoir davantage recours à la vidéo. Les associations sous-exploitent ce médium, alors qu’il humanise beaucoup les choses et passe beaucoup mieux sur les réseaux sociaux.

Pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, 68 % des fonds collectés l’ont été en 48 heures. En tout, la collecte a dépassé les 850 millions d’euros, répartis auprès de quatre fondations (je gérais la collecte pour trois d’entre elles). Les dons provenaient du monde entier.

Mais je pense qu’à terme, l’ensemble des dons en lien avec l’épidémie de Covid-19 sera supérieur à Notre-Dame. Nous gérons actuellement les plateformes de collecte pour l’AP-HP, la Fondation de France, l’Institut Pasteur de Lille, certains CHU, la Fondation Abbé Pierre, la Fondation Roi Baudouin en Belgique, mais aussi le Secours Populaire, le Secours Catholique… À notre niveau, on va effectivement dépasser les 250 000 dons et les 40 millions collectés sur Notre-Dame. 

Je n'ai jamais vu autant d'initiatives de générosité en cash, en nature ou en mécénat de compétences depuis le tsunami de 2004 en Asie. Les associations d’anciens élèves de Sciences Po et de HEC, qui collectent normalement des fonds pour leurs propres besoins, se mobilisent au profit de Médecins du Monde et de Médecins sans frontières. Tout cela montre que le mouvement est sans précédent.

Propos recueillis par Hélène Fargues 

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