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Par Carenews PRO - Publié le 11 février 2020 - 11:00 - Mise à jour le 8 juillet 2020 - 22:07
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[Bonnes feuilles] « Le don doit devenir stratégique »

L'ouvrage « Vers une philanthropie stratégique » des chercheurs Peter Frumkin, Anne-Claire Pache et Arthur Gautier a été publié le 15 janvier aux éditions Odile Jacob. Dans cet extrait, ils présentent le cadre qui identifie les cinq questions essentielles que les donateurs doivent se poser avant d'entamer une démarche philanthropique.

Crédit photo : Alekseyliss.

Afin d’expliciter la nature du don stratégique, nous proposons ici un modèle destiné à analyser les choix philanthropiques aussi bien qu’à les construire. Comme la philanthropie permet à des individus de mettre en œuvre leurs visions personnelles de l’intérêt général, développer une stratégie philanthropique cohérente est un défi difficile à relever. C’est un processus qui peut devenir litigieux quand les intérêts du donateur prennent le pas sur les intérêts de la société. Résoudre cette tension en offrant une liste de bonnes pratiques valables en tout lieu n’est pas réaliste. Après tout, si le don se trouvait réduit à un ensemble précis de principes acceptables et applicables par tous, la diversité des initiatives philanthropiques et leur capacité d’innovation seraient probablement compromises. La plupart des philanthropes n’ont ni le besoin ni l’envie d’une liste de règles qui tenteraient de leur indiquer les causes qu’ils doivent soutenir, comment ils doivent procéder pour effectuer leur don ou quand ils doivent prendre leurs décisions philanthropiques. En revanche, les donateurs auraient tout à gagner à pouvoir mobiliser un cadre simple et aisé à utiliser pour réfléchir à toutes les questions compliquées que soulève le don, un cadre qui leur permette de prendre leurs propres décisions, avec empathie et intelligence.»

Les 5 questions essentielles du donateur

« Sans prendre parti sur les causes prioritaires ou les types de projets à soutenir, le cadre présenté ici identifie les cinq questions essentielles que les donateurs doivent se poser quand ils commencent à dessiner leurs plans en matière de philanthropie. Premièrement, les donateurs doivent être au clair sur la valeur qu’ils entendent produire par leur don. Ce qui implique, après un examen minutieux, de répondre à la question : qu’est-ce qui a de la valeur à la fois pour la société et pour moi ? Deuxièmement, les donateurs doivent définir la nature et l’ambition du programme qu’ils souhaitent soutenir. Pour ce faire, ils doivent répondre à la question : quel type d’activité aura l’effet le plus positif ? Troisièmement, les donateurs doivent trouver un style de don et un niveau de visibilité qui soient satisfaisants et vertueux. Dans cette optique, ils doivent réfléchir à la question : quel niveau d’engagement et de visibilité est-ce que je souhaite ? Quatrièmement, les donateurs doivent déterminer l’horizon temporel de leur engagement philanthropique. Cela implique de réfléchir à la question suivante : quand mon don devra-t-il avoir lieu ? Pour finir, les donateurs doivent sélectionner le véhicule ou la structure les mieux adaptés pour gérer leur don. Une réponse à la question suivante doit donc être trouvée : quel est le meilleur véhicule à utiliser pour atteindre mes objectifs ?

Envisagées séparément, aucune de ces questions ne trouve de réponse intrinsèquement juste et sans équivoque. Toutefois, prises collectivement, certaines combinaisons de réponses sont plus ou moins pertinentes. Cela suggère le postulat de base suivant : le don stratégique peut être défini comme la mise en cohérence des cinq dimensions philanthropiques importantes décrites précédemment. Certains donateurs auront dès le départ des réponses claires à l’une ou plusieurs de ces cinq questions. D’autres aborderont l’élaboration d’une stratégie l’esprit plus ouvert. Dans un cas comme dans l’autre, la construction d’une stratégie philanthropique implique de vérifier encore et encore que tous les éléments sont alignés et se complètent, afin de trouver un modèle de don cohérent. Quand les réponses aux cinq questions sont parfaitement alignées, les probabilités pour que le don ait un impact social positif et que le donateur soit satisfait sont élevées. Chercher à réussir cet alignement est la principale mission du donateur stratège.

Le cadre développé ici (voir figure 1.1), intitulé « le prisme philanthropique », peut faire office d’aide-mémoire et d’outil de diagnostic à l’usage des donateurs. Il permet de guider les donateurs vers des choix philanthropiques présentant une meilleure cohérence interne. Dans l’idéal, ce travail analytique devrait être achevé avant que les donateurs ne se soient trop engagés dans leur philanthropie. Cependant, nombreux sont ceux qui apprennent en faisant et le prisme peut aussi être utilisé par des personnes ayant déjà pris plusieurs engagements philanthropiques, afin de prendre conscience qu’ils ont besoin de davantage d’ordre et de discipline. L’application de cette analyse stratégique aux situations de don problématiques ou litigieuses peut aider à identifier les points névralgiques requérant de l’attention tout en amenant le donateur vers une meilleure cohérence.»

Schema-don-strategique

(...) Ce livre propose que la philanthropie – surtout lorsqu’elle concerne des dons de taille importante – exige un certain degré de stratégie et que l’essence de la philanthropie stratégique se résume à la cohérence et à l’alignement des cinq éléments du prisme philanthropique. En d’autres termes, le don cessera d’être aléatoire pour se faire stratégique en par- venant à faire coïncider les éléments du prisme. Puisant dans de nombreux cas et exemples américains et français, ce livre propose de concevoir la tâche du donateur stratégique comme un engagement à travailler sur la totalité du prisme philanthropique afin de préciser chaque point et de veiller à ce qu’il soit défini en cohérence avec les quatre autres. Lorsque les donateurs ont atteint ce niveau d’alignement complexe et exigeant, ils peuvent alors considérer que leur don est devenu véritablement stratégique. Ce qui conduit à notre ultime conclusion, à savoir que le don doit devenir stratégique pour maximiser la probabilité que les donateurs créent de la valeur aussi bien pour la société que pour eux-mêmes.»

 

Couverture du livre

 

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