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Par Carenews INFO - Publié le 16 octobre 2020 - 16:00 - Mise à jour le 16 octobre 2020 - 16:37
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Journée mondiale du refus de la misère : 8 associations françaises mobilisées contre la pauvreté

Le 17 octobre marque, chaque année depuis 1987, la Journée mondiale du refus de la misère. Alors que la crise sanitaire mondiale a fait basculer des millions de personnes dans la pauvreté et la précarité, de nombreuses associations ont dû s’adapter et innover pour continuer à venir en aide aux plus démunis. Carenews a recueilli le témoignage de huit associations sur l'état actuel de la pauvreté en France. Le constat est alarmant.

Affiche officielle de la Journée mondiale du refus de la misère. Crédit photo : Collectif Refuser le Misère 2020.

 

Un million de personnes aurait basculé dans la pauvreté en France depuis le début de la crise sanitaire selon les associations caritatives. Un constat alarmant qui s’ajoute aux 9,3 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté – estimé à 1 063 euros pour une personne seule par l’Insee. Le 2 octobre, dix associations de lutte contre la pauvreté ont d’ailleurs été reçues à Matignon par le premier ministre Jean Castex dans le but d’établir des mesures face à l’urgence de la situation. 

Les annonces ont été reportées au samedi 17 octobre, date de la Journée mondiale du refus de la misère. Cette journée est d'ailleurs organisée par le Collectif Refuser la Misère 2020, et 60 organisations françaises se sont réunies pour faire entendre la voix des plus démunis. Et face à la hausse de 9,2 % des allocataires qui perçoivent le RSA depuis août 2019, elles demandent, entre autres, que les jeunes de 18 à 25 ans puissent avoir accès à cette allocation et une revalorisation. Une augmentation que Jean Castex a pourtant exclue lors de son intervention sur la matinale de franceinfo : « La hausse du RSA n'est pas notre priorité. On veut booster les dispositifs d'insertion. »

 

Huit associations emblématiques qui s'engagent contre la misère 

À l’occasion de cette journée, Carenews a souhaité mettre en lumière huit associations emblématiques et historiques qui participent activement à la lutte contre la précarité et l’exclusion :

Présent dans plus de 30 pays, ATD Quart Monde est un mouvement international non gouvernemental qui a vocation, depuis 1957, à mettre fin à l’extrême pauvreté. Il est notamment à l’origine du RMI, l’ancêtre du RSA et de la couverture maladie universelle (CMU). Actuellement, ATD Quart Monde participe à l’expérimentation du programme Territoire zéro chômeur de longue durée dans le cadre d’une loi d’expérimentation votée le 29 février 2016. C’est son fondateur, Joseph Wresinski, qui a lancé pour la première fois la Journée mondiale du refus de la misère, dans le but de donner la parole aux personnes les plus démunies. Pour la présidente Marie-Aleth Grard, les annonces prévues lors de cette 33e journée sont « la dernière chance du quinquennat d’inverser la tendance dans la lutte contre les inégalités. »

 

Depuis 1946, le Secours Catholique lutte contre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion en créant des liens de fraternité. Avec la crise sanitaire, l’association craint une importante vague de pauvreté en hiver, comme l’explique sa présidente Véronique Fayet : « On découvre petit à petit l’ampleur des conséquences de la crise. Je crains que le pire reste à venir. De plus en plus de gens se retrouvent sans ressources ou avec d’importantes chutes de revenu. » En réponse à l’ampleur de la crise, l’association a, entre autres, distribué l’équivalent de cinq millions de chèques services, « qui ont l’avantage d’être une réponse digne puisque les familles peuvent acheter ce dont elles ont besoin. »

Toutes les personnes que nous suivions, nous les avons vu basculer dans une très grande pauvreté.

 

La Fondation Abbé Pierre est principalement engagée dans l’accès au logement pour les plus démunis. Elle a été créée en 1987 à la suite d’une indignation historique de l’Abbé Pierre, sur Radio Luxembourg. Cet appel a notamment donné lieu à la mise en place de la trêve hivernale, qui empêche l’expulsion de locataires entre le 1er novembre et le 31 mars chaque année. L’association observe depuis le début du confinement une aggravation incontestable du nombre de personnes qui ont basculé dans la pauvreté, comme s’en inquiète Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre :

 Les crises suivent toujours le même rythme. Elles touchent dans un premier temps les plus précaires, puis, progressivement de plus en plus de personnes.

 

Depuis 1927, l’association catholique reconnue d’utilité publique est engagée auprès des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion. Très vite après l’annonce du confinement, l’Ordre de Malte a su s’adapter pour apporter un service d’aide complet aux personnes sans-abri. L’association a notamment mis en place Soli’Malte, une « maraude tout en un », explique Jean-Baptiste Favatier, le président de l’association. « Dans un même camion, la personne trouve un accompagnement sanitaire, un service de distribution alimentaire, d’hygiène et d’accompagnement social et humain ». Pour le président de l’Ordre de Malte, la crise a fait apparaître de nouvelles formes de précarité : 

On ne peut plus parler de la pauvreté au singulier. On change d’échelle et on voit arriver dans la rue des personnes qui n’avaient pas l’habitude de se retrouver dans des systèmes d’urgence. Il y a 14 % de personnes qui vivent en dessous du revenu médian, le million de personnes qui a basculé dans la précarité à cause de la crise du Covid-19 et une nouvelle forme de pauvreté qui touche des personnes âgées.

Plus connue sous le nom des Restos du Cœur, cette association reconnue d’utilité publique a été fondée par Coluche en 1985 dans le but de venir en aide aux personnes les plus démunies. Acteur historique de la lutte contre la pauvreté, l’association est le témoin de l’augmentation de la précarité. Elle a distribué, l’année dernière, plus de 130 millions de repas, contre 8,5 millions la première année. Avec la crise sanitaire, Philip Modolo, le secrétaire général, craint une augmentation de 20 à 30 % du nombre de bénéficiaires.

 

L’action d’Habitat et Humanisme est principalement la lutte contre le mal-logement. Pour l’association, la crise a révélé la précarité numérique de nombreuses personnes. « Notre cœur de métier c’est le logement, mais on ne peut pas exclure cette thématique qui est très importante pour l’autonomisation des personnes », explique d’ailleurs Isabelle de Beauvoir, vice-présidente d’Habitat et Humanisme Île-de-France. 

 

Créé en 1994, le Samusocial se différencie des autres organisations par sa professionnalisation. Elle compte très peu de bénévoles. L’association de lutte contre la précarité est reliée au 115, un numéro d’assistance d’urgence pour les personnes sans-abri. Pour Alain Christnacht, président du Samusocial, la crise révèle deux périodes : le confinement durant laquelle « on accédait au 115 et les familles étaient facilement logées » et l’après-confinement, marqué par une diminution des places disponibles dans les hôtels, à cause de la reprise de l’activité économique, ainsi que dans les centres d’hébergement qui doivent désormais respecter les restrictions sanitaires. 

Le 12 octobre, l’association annonçait qu’elle n’avait pas pu répondre au besoin d’hébergement d’environ 250 familles, plus de 110 hommes seuls et 85 femmes seules.

« On craint l’apparition de nouvelles personnes qui vont être touchées par la situation économique. On a vu apparaître de nouveaux pauvres lors de nos distributions alimentaires : des étudiants qui ont perdu leurs ressources ou encore des entrepreneurs qui ne sont pas concernés par le chômage partiel », nous précise le président du Samusocial.

 

Créée en 1945, le Secours populaire français est une des associations pionnières en matière de lutte contre la précarité. Elle a publié, le 29 septembre, les résultats du quatorzième baromètre sur la pauvreté en France. Ce dernier tire la sonnette d’alarme sur la précarisation des Français. Un Français sur trois aurait ainsi subi des pertes de revenus à la suite du confinement. Autre constat : sur les plus d’un million de personnes aidées pendant les deux premiers mois de confinement, près de la moitié n’étaient pas connues de l’association. Lors d’une conférence de presse, Ariette Stenberg, secrétaire générale de l’association, a d’ailleurs exprimé son inquiétude :

Ce sont des centaines de milliers de personnes qui sont passées d’une situation critique à une situation catastrophique.

 

Lisa Domergue 

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