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Par Carenews INFO - Publié le 7 octobre 2020 - 11:00 - Mise à jour le 8 octobre 2020 - 11:29
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Maïmonatou Mar, cofondatrice de l’association Gribouilli et nouvelle « Obama leader »

À 29 ans, Maïmonatou Mar a été choisie par la Fondation Obama pour intégrer son programme de leadership destiné aux dirigeants émergents européens. Cofondatrice de l’association Gribouilli, qui vise à revaloriser le métier de garde d’enfant, cette entrepreneuse sociale franco-sénégalaise assume une démarche sociale et politique.

Maïmonatou Mar. Crédit photo : Mélanie Paris.

 

« Savoir s’approprier un discours qui sache mobiliser des bénéficiaires, c’est essentiel ». Maïmonatou Mar sait de quoi elle parle. Elle a cofondé Gribouilli, une association basée à Paris qui vise à valoriser le métier de garde d’enfant. Majoritairement issues de l’immigration, peu qualifiées, ces « nounous » se heurtent à de nombreux obstacles que Gribouilli tente faire tomber : « À l’heure où la société prend conscience de l’importance des “professions essentielles”, nous sommes persuadés que les gardes d’enfants peuvent être une force motrice pour renouveler l’économie des services à la personne. »

Avec cette proposition progressiste, « Maï » a attiré l’attention de la Fondation Obama. Elle a été cooptée par Alice Barbe, la directrice de l’association d’accueil aux réfugiés Singa, pour intégrer son programme de 35 dirigeants émergents européens. D’une durée de six mois, il lui permettra de bénéficier d’une formation, ainsi que d’un réseau de personnalités de l’administration Obama et d'activistes de divers horizons. Le tout supervisé par le professeur à Harvard Marshall Ganz : spécialiste de la narration et de la mobilisation politique, il est réputé pour avoir conseillé Barack Obama lors de sa campagne de 2008.

Une humilité à toute épreuve

Avec humilité, Maï entrevoit surtout dans cette sélection une opportunité de remplir plus efficacement sa mission : « En tant qu’entrepreneurs sociaux, nous essayons d’avancer au mieux, mais nous sommes empêtrés dans des problématiques politiques. Avec le métier de garde d’enfant, on touche par exemple aux questions des migrations, d’accès à la santé, à l’éducation, à la protection sociale…» 

Alors que nombre d’entrepreneurs sociaux sont des hommes blancs, issus d’écoles de commerce, le profil de Maï attire l’attention. Cette Franco-Sénégalaise de 29 ans, ingénieure chimiste de formation, a consacré sa thèse aux batteries de haute technologie. D’abord attirée par l’univers des startups, elle monte à Clermont-Ferrand pendant son doctorat une antenne de makesense, une communauté d’entrepreneurs sociaux. Un pas simple à franchir, selon elle : « Ce qui m’intéressait c’était à la fois la complexité et l’innovation, donc l’entrepreneuriat social m’a tout de suite plu, car le social est finalement plus complexe que les technologies. » 

Une scientifique dans le social

Plutôt destinée à une carrière scientifique, elle décide finalement d’aider sa mère Aminata, garde d’enfant depuis 15 ans, à monter sa structure : « Je me suis associée à elle car ce qui la touche me touche aussi. Elle a dû jongler avec plusieurs métiers (vendeuse, traiteur…) pour élever seule ses trois filles. Elle ne touchera pas grand-chose à sa retraite, je serai donc de toute façon impliquée. Si on est vraiment au pays de la méritocratie, je préfère me battre pour que les gens comme elle aient de meilleures conditions de vie.» 

Née en 2017 de cette collaboration mère-fille, Gribouilli vise donc à valoriser le métier de garde d’enfant. Construite à partir des besoins de ces travailleuses, l’association propose des ateliers de professionnalisation, moyennant une adhésion de 20 euros par mois. Elle développe également des services de garde d’enfant auprès des conciergeries d’entreprise et les particuliers : « On accompagne les parents dans le recrutement, mais aussi tout au long de la relation avec la garde d’enfant. Ils ne sont pas forcément à l’aise avec leur rôle d’employeur et ils ont aussi besoin d’être accompagnés pour construire le projet pédagogique. »

Un besoin d'engagement fondamental

Le modèle économique de Gribouilli mêle subventions, adhésions et prestations. « L’idée c’est que les prix restent accessibles », défend Maï. L’association compte aujourd’hui quatre salariées et 35 « Gribouilleuses », des ambassadrices bénévoles qui acceptent de donner de leur temps pour porter le projet. Et lorsqu’elle ne s’affaire pas à faire tourner la structure, Maï développe aussi l’antenne française de RadicalxChange, une communauté d’activistes, d’artistes, d’entrepreneurs, et d’universitaires engagés dans le « changement social radical ». Car pour Maï, l’engagement répond à un besoin fondamental : « Il y a quelques années, le climat social français me pesait. Les attentats avaient placé les musulmans dans une position de justification permanente… Étant femme et noire, je me demandais si j’aurais vraiment un jour un poste correspondant à mes compétences. M’engager m’a permis de contribuer à construire une France qui me ressemble, et donc de me réconcilier avec le projet français. Je l’ai fait pour moi avant tout. » 

Hélène Fargues 

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