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Par Carenews INFO - Publié le 10 janvier 2020 - 16:47 - Mise à jour le 10 janvier 2020 - 16:53
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[Portrait] Juliette Roussille, « serial bénévole»

Ambassadrice de SOS Méditerranée, volontaire à l’Auberge des Migrants à Calais, coureuse solidaire pour l’Institut du cerveau et de la moelle épinière… Pour Juliette Roussille, le bénévolat est une expérience de vie transformatrice, qui change notre rapport au travail et au monde.

Crédit photo : DR.

(Re)découvrez notre précédent portrait de bénévole : [Portrait] Pour Agathe, bénévole à la Cimade, « il y a une grande force à être bénévole »

L’engagement bénévole de Juliette Roussille est né en 2016, entre ses deux masters de recherche à Paris, en théâtre politique et sur l’expérience de l’exil dans la littérature contemporaine francophone. « Le bénévolat m’est apparu comme un complément évident de la théorie à l’université », explique-t-elle. L’étudiante a pourtant un emploi du temps déjà bien occupé, puisqu’elle travaille plusieurs heures par semaine pour l’association Culture Prioritaire, où elle est intervenante pédagogique auprès d’adolescents. Mais Juliette Roussille aspire à s’impliquer et s’instruire auprès des personnes migrantes et réfugiées, et commence par donner des cours de français pour l’association Autremonde. Le bénévolat lui semble alors constituer « presque un terrain de recherche ». Il ne s’agit que du tout début d’une longue liste de missions.

Engagée de Paris à Séville, en passant par Athènes et Calais

L’année suivante, elle assiste à un concert de la pianiste Anne Queffélec où des militant·e·s de SOS Méditerranée présentent l’association avec une vidéo saisissante. Les images de sauvetages de migrant·e·s en mer marquent Juliette Roussille. Elle fait un don, et décide d’aller plus loin quand, quelques jours plus tard, les images continuent de s’imprimer sur sa rétine. « J’ai contacté l’antenne bénévole de Paris, j’ai entraîné ma grand-mère, et nous avons été très actives pendant un an et demi ». En plus de ses études, de ses heures de salariat et de son bénévolat pour Autremonde, Juliette Roussille s’applique donc quotidiennement à faire connaître SOS Méditerranée et la nécessité de ses sauvetages en mer. 

À l’été 2017, elle part séjourner un mois et demi à Athènes, dans l’hôtel City Plaza qui a été repris par 250 militant·e·s et réfugié·e·s, et transformé en « Hébergement pour réfugiés et espace de solidarité ». Puis, début 2018, elle passe dix jours à Calais avec l’Auberge des Migrants, principalement à la préparation et à la distribution de repas aux exilé·e·s. Son objectif ? « Comprendre la situation géopolitique et humanitaire en la comparant à plusieurs endroits, puisqu’elle n’est pas traitée partout de la même façon. » Ces dix jours provoquent un sérieux questionnement sur son engagement bénévole :

« C’était ma mission la plus courte et pourtant la plus éprouvante, car la situation était très dure à tous points de vue. J’ai eu l’impression d’alimenter un système qui ne me convenait pas du tout : l’État se désengage complètement en comptant sur les associations et les bénévoles, et nous en y allant, puisqu’il nous faut aider, nous alimentons aussi le désengagement de l’État. »

L’impression de ne jamais « trouver la bonne mission »

Juliette Roussille décide donc, quelques mois plus tard, d’aller chercher à Séville ce qu’elle n’a pas trouvé dans l'urgence absolue de la situation à Calais : « un recul politique ». En Andalousie, elle effectue un volontariat de six mois pour l’Association pour la défense des Droits de l’Homme d’Andalousie au sein d’un projet de construction et de coordination d’un réseau pour aider les personnes migrantes et réfugiées. 

Cette expérience, bien qu’enrichissante, alimente les questionnements de Juliette Roussille, qui constate les difficultés du travail interassociatif et s’interroge sur la place qu’elle veut donner au bénévolat dans sa vie, alors qu’elle a l’impression de ne jamais « trouver le bon positionnement ». Une réflexion qui s’inscrit plus largement dans l’écriture de son projet professionnel, ses études touchant à leur fin.

« Le bénévolat a tout façonné »

Elle s’implique dans une dernière mission, en pensant pour la première fois le bénévolat « comme quelque chose de personnel » après l’avoir vécu pendant des années comme un engagement « politique et militant ». Sensible à l’importance de la recherche autour de la maladie de Huntington, qui touche sa famille, elle mobilise son entourage pour financer sa participation à la Course des Héros au bénéfice de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Deux mois plus tard, elle commence un travail d’assistante aux relations avec le public au théâtre de la Commune à Aubervilliers. Un choix fortement influencé par ses expériences bénévoles :

« Je voulais vraiment trouver un poste me permettant d’être moins affectée par le quotidien et de retourner au théâtre que j’avais beaucoup travaillé — en gardant, même si cela fait cliché, le sens au travail que j’avais trouvé avec le bénévolat. Il me paraissait impossible d’exercer un métier n’étant pas utile et concret. »

Juliette Roussille travaille au quotidien avec les associations locales, et s’y engage parfois dans le cadre de son poste. Elle constate combien, dans son quotidien, « le bénévolat a tout façonné : ça change le rapport aux gens, au monde du travail aussi, puisque l’argent ne devient pas le seul critère ».

Mélissa Perraudeau 

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