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Par Carenews INFO - Publié le 25 mars 2020 - 17:33 - Mise à jour le 25 mars 2020 - 18:33
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#PrenezSoinDeVous : le confinement de Dorian Dreuil

La crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 (coronavirus) nous oblige tous à rester confinés afin de protéger les plus fragiles et notre système de soin. Le média est vecteur d’informations, mais aussi créateur de lien. Aussi, chez Carenews, nous lançons une série de discussions quotidiennes entre confinés. « Prenez soin de vous » crée une rencontre engagée et permet une aération virtuelle. Aujourd’hui, on se rend chez Dorian Dreuil, auteur du livre « Plaidoyer pour l’engagement citoyen » chez VA Éditions et élu au conseil d’administration de l’ONG Action contre la Faim.

#PrenezSoinDeVous : le confinement de Dorian Dreuil, auteur et administrateur de l'ONG Action contre la Faim
  • À quoi ressemble votre confinement ? 

Mon confinement est d’un type un peu particulier. Début février, avant que tout se bouscule, je suis parti pour un déplacement de trois mois sur la Grande Île, à Madagascar, qui jusqu’à il y a peu, était épargnée. J’ai rejoint, pour un court moment ces Français de l’étranger. Et je ne suis pas rentré. Je ne sais si cela rend mon confinement plus heureux ou moins facile. Ce qui est certain, c’est qu’il fait toujours plus froid, quand on est loin de chez soi. La distance, les continents et les océans qui séparent démultiplient beaucoup les émotions.  

Mais à ce sujet, ce qui est sûr c’est qu’il faut être prudent et faire preuve de pudeur, quand on raconte son confinement. Car cette assignation temporaire à domicile n’a pas la même saveur pour tous. Pour beaucoup, cela renvoie aux assignations de destins. Cette épreuve est aussi le cruel miroir des inégalités sociales. Celles qui surgissent soudain sur nos écrans et qui ne sont pourtant pas nouvelles. Celles qu’on ne voit pas sur les stories Instagram. Celles qui confinent dans des résidences insalubres. Celles qui ne permettent pas toujours de s’évader par la lecture.  

  • Qu’est-ce que vous faites pour vous changer les idées ?

Me concernant, cela passe par garder les habitudes de la vie normale autant que faire se peut. Non pas pour faire semblant, mais pour garder des repères. Et c’est certain, revenir à des considérations secondaires devenues aujourd’hui les plus primaires. Prendre des nouvelles de ses proches, en donner le plus possible. Prendre des nouvelles des proches de ceux qui me sont chers. C’est l’essentiel qui redevient soudainement visible à nos yeux. Et aussi accepter, pour une fois, de perdre du temps. La notion de temps est au cœur de cette épreuve. Combien de temps cela va-t-il durer ? Allons-nous gagner la course contre la montre qui livre nos personnels soignants ? 

Dans ma vie, le temps a toujours été une course folle. Et pourtant, je découvre qu’il est bon de parfois perdre du temps. Perdre du temps à penser, à répondre à ces fameux messages non lus depuis des jours. Perdre du temps à en perdre tout simplement. Pour ceux qui vont en avoir le luxe. Car oui, pour beaucoup cela sera un luxe. Mais ne passons pas à côté, le temps que ceci doit durer.

  • Un conseil pour prendre bien soin de soi ?

D’abord prendre soin des autres. Cela fait près de onze ans que je milite bénévolement dans la vie associative française. J’ai toujours pensé que l’engagement citoyen faisait du bien, que donner faisait du bien. Aux autres bien sûr, à ceux qui bénéficient de cet engagement. Mais aussi à soi. Aujourd’hui, cela semble plus vrai que jamais. Une attention, un geste, peut aider les autres et en même temps s’aider soi-même. Quand tout s’arrête, la question de la quête de sens prend une toute autre importance.

  • Une lecture/un film/une série/un podcast/un compte à suivre/une musique/qui vous a redonné le sourire ? Ou plusieurs ! 

C’est à la fois une lecture et une série : Le Trône de fer de G.R.R. Martin. Cela peut même être une musique, tant la B.O. de Ramin Djawadi est exceptionnelle.

Je trouve son allégorie et arc narratif assez intéressant. Car, une majeure partie de l’intrigue raconte des luttes politiques, géostratégiques, économiques pour la conquête du pouvoir. Mais, quand vient l’ennemie en commun, tout cela s’arrête. Et les adversaires d’hier laissent en suspens toutes ces luttes, et font cause commune. 

Je sais que mes amis rient souvent de cette légère (mais passionné, à mon corps défendant) analyse géopolitique des séries. Mais je la trouve intéressante, car souvent, la fiction et l’imagination littéraires disent beaucoup de nous, ou de ce que nous pourrions être. 

  • Une idée pour continuer à s’engager depuis son canapé ?

Et même deux types d’idées !

La première, encourager et aider les bénévoles qui œuvrent dans des associations au contact des plus vulnérables. Il faut aider de toutes nos forces ceux qui aident. Car dans cette crise, les plus démunis et les plus fragiles sont aussi ceux qui risquent le plus. Il y a l’engagement sanitaire et médical d’un côté, et le lien social, la cohésion nationale de l’autre. Pour les seconds, je pense au dispositif d’écoute et de livraison solidaires de la Croix-Rouge Française : « Croix-Rouge chez vous ». Une autre initiative formidable que j’ai découverte sur les réseaux sociaux est menée par l’association En avant toute(s) qui propose un tchat d’accompagnement numérique pour les personnes victimes de violences, partie immergée de l’iceberg de détresse de nos confinements. 

La deuxième, c’est vis-à-vis des pays d’interventions des ONG humanitaires à l’étranger qui sont touchés de plein fouet. Cette crise sanitaire va s’ajouter, se cumuler aux crises déjà existantes : sociales, économiques, famine ou du manque d’accès à l’eau potable. C’est le cas d’Action contre la Faim dont je suis membre du conseil d’administration. Plus de 20 pays dans lesquels nous intervenons présentent des cas confirmés de COVID-19. Il faut d’ailleurs savoir que près de 40 % de la population mondiale ne peut se laver les mains à la maison. En France, Action contre la Faim se prépare aussi à un plan d’action basé notamment sur des distributions de kits d’hygiène aux plus démunis. Dans cette période où tout tourne au ralenti, plus que jamais ce n’est que grâce aux dons que nous pourrons intervenir à la fois ici et là-bas. C’est plus que jamais le moment de visiter les sites internet d’associations et d’ONG comme Action contre la Faim pour voir comment être utile depuis chez soi. Et comment continuer à l’être, demain quand la vie reprendra son cours. 

  • Une bonne nouvelle repérée pendant cette crise (et qui serait passée sous les radars) ?

Elles seraient tellement nombreuses ! J’ai vu sur les réseaux sociaux les applaudissements du personnel soignant aux balcons à 20 heures, les voisins qui impriment des attestations pour ceux qui n’en ont pas, des gens proposer leur appartement, le tissu associatif qui ne se brise pas, des restaurants livrer gratuitement des EPHAD... C’est comme si, en fait, tout cela nous rappelait que la première des solidarités possibles, c’est celle de la proximité. 

Ça commence chez soi. 

La solidarité intra familiale. 

La solidarité des voisins de palier. 

La solidarité de la maison d’à côté. 

Le premier cercle de solidarité du quotidien. Celle qui fait que nous pouvons être, comme le dit la formule désormais : solidaires, et pas solitaires. 

Mais celle-ci ne doit pas faire oublier, de grâce, la solidarité d’au-delà les frontières. La solidarité internationale aux côtés des pays les plus fragiles. Ceux qui ne connaissaient que trop les épidémies avant que nous les découvrions. Ceux qui n’ont pas les mêmes ressources financières, et les mêmes dispositifs de santé que les nôtres. Ceux qui n’auront pas la même capacité de riposte et des systèmes médico-sociaux assez robustes.

Cette solidarité internationale, cette coopération avec les États ou avec les ONG qui aident sur place, est et sera primordiale. Car cette épreuve ne reconnaît ni les frontières, ni les croyances ou les origines. Je pense ici aux pays africains, sur qui la menace plane. Il faut impérativement, et en même temps, renforcer cette solidarité sanitaire internationale, cette coopération entre les États du monde qui doivent relever le même défi pour sauver ce que nous avons en commun et en partage. 

  • Une proposition pour changer le monde après le confinement ? Et pour construire le jour d’après.

Une crise, quelles que soient sa nature et sa durée, révèle ce qu’il y a de pire, mais aussi ce qu’il y a de meilleur ! Tant à l’échelle individuelle que collective. Il faudra laisser le pire derrière et surtout renforcer le meilleur. Laisser les égoïsmes lâches, les pseudo révolutions de claviers ou les propagateurs de fausses nouvelles qui jouent avec les peurs. Mais j’espère de tout cœur que nous garderons le meilleur : les nouvelles chaînes de solidarité, ici ou là-bas ; le renforcement des biens publics mondiaux ; la mise en place d’une gouvernance mondiale de la santé ; le refus de la tentation de se replier sur soi. 

Là où je suis, un colocataire d’origine sénégalaise, pour qui il fait aussi un peu plus froid, m’a rappelé une phrase formidable qui est souvent dite sur ce fabuleux continent africain : « on est ensemble ». Le jour d’après venu, il faudra le rester. 

Après une crise, quelles que fussent sa nature et sa durée, il y a ce moment de réflexion collective : et maintenant ? Et demain ? Quand viendra le moment de répondre à ces questions, il ne faudra pas se tromper et rater l’occasion pour chacun de changer son monde, et changer son rapport au monde. Il faudra interroger nos certitudes et notre modèle de société. Mais je suis en tout cas persuadé d’un fait : le jour d’après ne pourra être que plus solidaire. Nous aurons l’occasion de bâtir une société de l’engagement, une société plus solidaire. La meilleure page de notre récit collectif reste à écrire. Mais d’ici là, prenez soin de vous ! 


Retrouvez Dorian Dreuil sur ses réseaux sociaux : Twitter, Facebook et Instagram.

Plaidoyer pour l'engagement citoyen : le regard d'un humanitaire, VA éditions, 2019.

Suivre l'actualité de l'ONG Action contre la Faim : https://www.actioncontrelafaim.org/actualites/

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