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Par Carenews INFO - Publié le 3 décembre 2020 - 08:00 - Mise à jour le 10 mai 2021 - 11:18 - Ecrit par : Christina Diego
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Yann Arthus-Bertrand : « Il faut avoir une conscience amoureuse du monde d’aujourd’hui pour arriver à le changer »

Nous avons rencontré Yann Arthus-Bertrand, président-fondateur de la Fondation GoodPlanet, à quelques jours de la Journée pour le climat, le 8 décembre prochain. L’occasion de revenir sur ses choix pour sa dernière vente aux enchères au profit de la fondation, une version en ligne et en partenariat avec Drouot Digital, jusqu'au 6 décembre. On en a profité pour lui demander quel regard il portait sur la crise que nous traversions.

Entretien avec Yann Arthus-Bertrand. Crédit : ©Quentin Jumeaucourt
Entretien avec Yann Arthus-Bertrand. Crédit : ©Quentin Jumeaucourt

Photographe, cinéaste et reporter, Yann Arthus-Bertrand s’est fait connaître du grand public en 1999, avec son livre La Terre vue du ciel, best-seller vendu à plus de trois millions d’exemplaires. Autre succès, son premier film, Home, sorti en juin 2009, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, fut diffusé simultanément dans 126 pays. Un choix fort pour affirmer que l'écologie concerne le plus grand nombre de personnes aux quatre coins de la planète. Début mars 2020 sortait le film Woman, un patchwork de témoignages poignants de femmes du monde entier. Sublime et engagé. Rencontre avec une figure du monde de l'écologie. 

 

  • C’est la 3e édition de la vente aux enchères au profit de la Fondation GoodPlanet. Comment avez-vous eu l'idée de cette vente d'exception ? 

C’est quelque chose qui se pratique beaucoup aux Etats-Unis. Un jour, l’Institut français de New York avait vendu un déjeuner avec moi, à Paris, avec des Français. J’ai eu l’idée de le refaire pour ma fondation. Cette année, le contexte est très différent. La Fondation GoodPlanet est fermée, donc la vente se fait exclusivement en ligne. Je suis assez content, on a réuni 130 expériences au lieu de la centaine prévue au début. C’est très positif. Nous voulions créer un « vrai événement » pour la fondation. Et c’est une première pour Drouot. Nous incarnons des valeurs importantes aujourd'hui. 

 

  • Comment s’est fait le choix des expériences inédites et des personnalités ? 

Dès que je rencontre quelqu'un, je lui parle de ma fondation. J’ai la chance d’avoir un carnet d’adresse bien rempli ! Ce qui m’amuse, c’est le mélange des genres. On peut passer d’une rencontre prestigieuse ou luxueuse au partage d’un moment plus simple, comme, par exemple, avec une amie calligraphe qui vit en totale immersion dans le Gers et qui est devenue bergère dans les garrigues. Je voulais privilégier le fait d’apprendre quelque chose, de proposer une vente « intelligente », avec une personne que l’on admire ou avec qui on va découvrir un savoir-faire.

 

  • Qui peut participer ? Que peut-on s’offrir ?

La vente est accessible à tout le monde, il y a des lots dès 150 euros ! Je rappelle qu’on peut défiscaliser à hauteur de 66 % pour un particulier. L’idée est de vivre des expériences inédites, des rencontres avec des gens célèbres ou non… Par exemple, passer un moment privilégié avec Xavier Niel à la Station F, suivre en VIP un match de rugby du Stade Français, ou déjeuner avec Juliette Binoche sur le tournage du prochain film de Claire Denis avec Vincent Lindon, ou alors échanger avec l’architecte Renzo Piano dans son atelier à Beaubourg, ou le photographe Sebastião Salgado. Moins connu, citons une rencontre avec Chris Huby, photojournaliste qui a couvert la guerre en Syrie. Parmi les expériences en lien avec la cause écolo, vous pouvez partir à la découverte des ruches sur les toits de l’Opéra de Paris avec l’humoriste Elie Semoun, passionné d’apiculture, partager un pique-nique champêtre avec les fondateurs de la ferme de l’abbaye du Bec-Hellouin Perrine et Charles Hervé-Gruyer pour tout savoir de la permaculture, rencontrer le temps d’un après-midi Catherine et Rémy Marion, photographes animaliers spécialistes des ours polaires. 

 

Crédit photo : Marco Strullu
Fondation GoodPlanet. Crédit photo : Marco Strullu

 

 

Quelles sont les répercussions pour votre fondation ?

C’est très important cette année. La Fondation GoodPlanet doit continuer à être gratuite. Elle est fermée depuis mars et n’a pu rouvrir que quelques mois cet été. En 2005, quand je l’ai créée, c’était pour mettre l’écologie au cœur des consciences en proposant des programmes de sensibilisation aux enjeux environnementaux. C’est le premier lieu dédié à l’écologie et à la solidarité à Paris, autour de l’alimentation durable, des océans, de la mode éthique, de l’apiculture ou encore du réchauffement climatique. Nous avons ouvert un lieu formidable dans le château de Longchamp, dans le bois de Boulogne, et nous voulons que cela continue. C’est pour continuer à faire vivre cet espace de sensibilisation à l’écologie et développer de nouveaux projets que nous avons décidé d’organiser cette nouvelle vente aux enchères.

 

  • Quels sont vos projets pour 2021 ?

Oui, on est déjà tournés vers l’année prochaine. On va sortir au printemps prochain, le film Legacy, l’héritage que nous laissons à nos enfants, c’est un peu la suite de Home. Et je termine en ce moment le tournage de France, une histoire d’amour, dans des conditions pas très simples avec le confinement. C’est un film ambitieux, qui montre à quel point on est bien en France, et notre chance de vivre dans un pays qui possède des paysages singuliers, des terroirs, des habitants et une culture incroyables. 

 

  • Quel regard portez-vous sur la situation actuelle et la crise sanitaire du coronavirus ?

C’est vrai, la crise liée au covid a changé beaucoup de choses, on est tous chamboulés. Je pense que c’est un moment de réflexion qui nous est offert. Même si on est très inquiets pour les autres, il faut penser à ce qu’on peut faire pour que les choses changent. C’est très important de réfléchir à tout ça. On est à un moment incroyable de l’histoire de l’humanité. Il faut savoir quand même que le réchauffement climatique va tuer beaucoup de personnes dans le monde dans quelques années. Les derniers chiffres des scientifiques disent qu’en 2070, près d’un tiers de l’humanité ne pourra pas vivre là où ils sont aujourd’hui. Il fera aussi chaud que dans le Sahara actuel. Les crises migratoires vont s’intensifier. Il faut donc vraiment faire quelque chose dès maintenant. 

 

  • A quelques jours de la Journée du climat, observez-vous des signes positifs de changement ? 

Non. Rien. On ne fait rien pour que cela change. Il faudrait qu’on arrête de vivre comme on le fait. On devrait avant tout arrêter de polluer autant. 70 % des gaz à effets de serre sont émis par 1/8 de la population ! C’est énorme. Et comment demander aux pays en voie de développement de réduire leurs émissions alors que nous même, les pays « riches », nous ne le faisons pas. Une COP n’a jamais fait baisser d'un degré la pollution. C’est nous, au quotidien, qui pouvons changer les choses. On est dans un mode de vie complètement paranoïaque. On sait tous ce qu’il faut faire mais on ne le fait pas. Et le monde d’après n’existe pas. Qui est prêt à baisser son salaire aujourd’hui, changer ses habitudes, se passer de sa voiture, arrêter de consommer ? Cela fait 50 ans que je me bats et que j’observe le monde, et il n’a pas beaucoup changé. Je ne suis pas pessimiste. Je pense qu’il faut avoir une conscience amoureuse du monde d’aujourd’hui pour arriver à le changer. C’est ce que j’essaie de faire voir dans mon prochain film...

 

Christina Diego 

 

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