Aller au contenu principal
Par Ipama - Publié le 5 octobre 2026 - 09:37 - Mise à jour le 5 octobre 2026 - 10:03
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Adaptation au changement climatique : former quand les réponses sont en construction

Former, c’est transmettre des connaissances, des méthodes, des outils. Mais comment faire lorsque ceux-ci sont encore en train de se construire ? L’adaptation au changement climatique nous confronte directement à cette question : comment transmettre une expertise qui n’est pas encore complètement stabilisée et dont une partie se construit sur le terrain ? Une situation qui oblige à repenser la manière même de concevoir la formation.

Former à l'adaptation au changement climatique - Crédits : Ipama - Carenews
Former à l'adaptation au changement climatique - Crédits : Ipama - Carenews

 

Peut-on former quand l’expertise est encore en construction ?

 

L’adaptation au changement climatique n’est évidemment pas un sujet sans expertise. Les connaissances scientifiques sur les évolutions du climat, leurs impacts ou encore les vulnérabilités sont nombreuses et documentées.

Ce qui l’est moins, en revanche, c’est leur traduction en réponses opérationnelles dans chaque secteur d’activité. Les solutions dépendent des territoires, des métiers, des équipements, des publics concernés, mais aussi des moyens disponibles et des arbitrages à réaliser. Et les méthodes comme les retours d’expérience continuent eux-mêmes à s’enrichir.

Pour un organisme de formation, cette situation bouscule un peu les habitudes. Impossible de construire un programme en partant simplement d’un corpus de connaissances ou de bonnes pratiques qu’il suffirait ensuite de transmettre. Il faut bien sûr identifier ce qui est suffisamment établi pour constituer un socle fiable, mais aussi accepter qu’une partie des réponses ne soit pas encore stabilisée — voire qu’elle ne puisse pas l’être, parce qu’elle dépend précisément du contexte dans lequel les acteurs devront agir.

La question devient alors moins « quels contenus devons-nous transmettre ? » que « de quoi les professionnels ont besoin pour être capables d’analyser une situation et d’agir ? ».

Et c’est là que le travail d’ingénierie pédagogique prend toute son importance. Il ne s’agit plus seulement d’organiser la transmission d’une expertise existante. Il faut aussi créer les conditions pour articuler des connaissances établies avec l’expérience et l’expertise de terrain des participants, afin de les amener à co-construire des réponses adaptées à leurs situations.

 

Former, ce n’est pas seulement transmettre ce que l’on sait déjà. C’est aussi apprendre à travailler avec ce qui reste à construire. »

 

Quand les objectifs pédagogiques ne vont pas de soi

 

Toute conception de formation commence par la définition de ses objectifs pédagogiques. Mais encore faut-il savoir précisément ce que les participants devront être capables de faire à l’issue de la formation. Sur un sujet comme l’adaptation au changement climatique, où les pratiques et les réponses opérationnelles sont encore en construction, cette question prend une importance particulière.

C’est notamment ce que nous avons expérimenté dans le cadre du Plan national d’adaptation des pratiques sportives au changement climatique (PNACC Sport). Sa mesure 4 prévoit de former les décideurs du sport aux enjeux de l’adaptation au changement climatique. Pour construire ce programme, le ministère chargé des Sports a constitué un groupe de travail avec le CNOSF et l’ANDES, dont Ipama a été chargé d’assurer la coordination et d’accompagner les travaux grâce à son expertise en ingénierie pédagogique.

Avant de construire le scénario pédagogique, les contenus et les supports, nous avons consacré une première phase à comprendre les besoins des futurs participants et à analyser les ressources déjà disponibles : revue documentaire, entretiens exploratoires et enquête auprès des publics cibles.

L’objectif était de disposer d’une base suffisamment solide pour déterminer les connaissances et compétences que la formation devait réellement permettre d’acquérir.

 

Former à l'adaptation au changement climatique

 

Des connaissances partagées comme point de départ

 

À partir de là, les choix pédagogiques se sont précisés : construire un socle commun de connaissances et de repères, tout en privilégiant une pédagogie active et collaborative, fondée sur des situations concrètes, les échanges entre pairs et l’expérience des participants. L’enjeu était donc d’articuler ce qui devait être transmis avec ce qui pouvait être travaillé et construit collectivement.

Car faire une place importante à l’expérience des participants ne signifie pas que toutes les connaissances sont à construire ensemble. Pour pouvoir réfléchir collectivement et confronter des réponses possibles, encore faut-il partager un langage, des concepts et des repères communs.

Dans le programme PNACC Sport, nous avons fait le choix d’un socle commun, préalable aux mises en situation : comprendre les notions essentielles, distinguer adaptation et atténuation, identifier les principaux impacts et vulnérabilités pour le secteur sportif, mais aussi mieux comprendre la place et les leviers des décideurs du sport. L’objectif n’est pas de faire des participants des experts du climat, mais de leur donner les repères nécessaires pour pouvoir ensuite travailler sur des situations concrètes.

C’est là que se joue, à notre sens, un équilibre important dans la conception de ce type de formation : identifier ce qui relève de connaissances à transmettre et ce qui peut être mis en discussion, confronté aux expériences de terrain ou construit collectivement. L’intelligence collective ne se substitue pas à l’expertise, elle permet au contraire de la confronter à la diversité des réalités professionnelles d’un secteur et de l’enrichir.

L’expérience des participants peut devenir une véritable ressource pédagogique, à condition de s’appuyer sur des connaissances et des repères partagés. »

 

Faire de l’expérience des participants une ressource pédagogique

 

Faire de l’expérience des participants une ressource pédagogique

 

Une fois ce socle commun posé, la formation peut laisser davantage de place à l’expérience des participants. C’est particulièrement pertinent lorsque les réponses dépendent fortement des contextes : les professionnels connaissent leurs territoires, leurs équipements, leurs publics, leurs contraintes et les arbitrages auxquels ils sont confrontés. Cette expertise de terrain constitue alors une véritable ressource pour la formation.

Dans le programme PNACC Sport, nous avons choisi de la mobiliser à travers des études de cas inspirées de situations auxquelles le secteur sportif peut être confronté : canicule, sécheresse, érosion du littoral, baisse de l’enneigement, incendie ou encore inondation.

Pour chaque cas, les participants endossent un profil type de décideur du sport, avec ses responsabilités, ses contraintes et ses marges de manœuvre. En sous-groupes, ils analysent la situation, identifient les acteurs concernés, envisagent différentes réponses, puis questionnent leurs limites et les risques de maladaptation. Il ne s’agit pas de trouver « la bonne solution », mais de construire et confronter des raisonnements.

L’intérêt de ces mises en situation tient aussi à la diversité des regards qu’elles permettent de croiser.  Les échanges permettent de faire émerger des contraintes, des leviers ou des conséquences qui n’auraient pas nécessairement été identifiés individuellement. La diversité des expériences devient ainsi une composante à part entière du dispositif pédagogique.

Pour l’organisme de formation, cela change aussi la manière de concevoir les activités. Une étude de cas ne sert plus seulement à vérifier que des connaissances ont été comprises : elle devient un espace pour apprendre à les mobiliser, à argumenter ses choix, à écouter d’autres points de vue et à arbitrer dans une situation qui ne possède pas de réponse unique. C’est dans cette logique qu'ont été conçues les différentes étapes des ateliers, jusqu’à la restitution croisée entre groupes.

 

 L’intelligence collective ne remplace pas l’ingénierie pédagogique : elle en demande davantage. »

 

Plus la pédagogie est ouverte, plus la posture du formateur est importante

 

Donner davantage de place aux échanges, aux expériences et à la construction collective ne signifie pas que la formation est moins structurée. C’est même plutôt l’inverse. Plus les participants disposent d’espace pour explorer différentes réponses, plus le cadre pédagogique doit être pensé en amont : situations proposées, consignes, questions successives, productions attendues, temps d’échange et de restitution… L’intelligence collective ne remplace pas l’ingénierie pédagogique : elle en demande davantage.

Cette approche fait également évoluer la posture du formateur. Son rôle n’est pas d’apporter une réponse à chaque situation, mais il ne consiste pas non plus à simplement animer les échanges. Il apporte les connaissances nécessaires, garantit le cadre, questionne les raisonnements, aide à approfondir l’analyse et confronte les propositions aux points de vigilance identifiés.

Dans les ateliers de cette formation PNACC Sport, cette posture a été intégrée dès la conception du déroulé pédagogique, avec des indications précises sur le rôle du formateur à chaque étape.

Cela suppose enfin de concevoir autant le cheminement que les contenus. Lorsque la formation porte sur un sujet dont les réponses restent en partie à construire, la valeur de l’ingénierie pédagogique réside aussi dans la progression proposée : partir de connaissances communes, mettre les participants face à une situation, les amener à croiser leurs analyses, questionner les solutions envisagées et prendre du recul sur leurs choix.

Tout l’enjeu de l’ingénierie pédagogique est alors de créer les conditions pour que cette construction collective produise réellement des apprentissages.

 

En conclusion : Former sans avoir toutes les réponses

 

Alors, peut-on former lorsque les réponses sont encore en construction ? Notre expérience de cette formation à l’adaptation au changement climatique pour les décideurs du sport montre en tous cas que cela oblige à repenser l’articulation entre expertise et pédagogie. Il ne s’agit ni de prétendre disposer de réponses qui n’existent pas encore, ni de tout renvoyer à l’intelligence collective.

L’enjeu est plutôt de trouver un équilibre : sécuriser les connaissances et les repères qui peuvent l’être puis créer les conditions pour que les participants puissent les confronter à leurs réalités professionnelles, croiser leurs expériences et construire des réponses adaptées à leurs situations.

Cette approche dépasse largement le seul sujet de l’adaptation au changement climatique. Dans un contexte où les pratiques professionnelles évoluent rapidement et où de nouvelles expertises se construisent en permanence, elle invite aussi à regarder autrement la formation : former, ce n’est pas seulement transmettre ce que l’on sait déjà, c’est aussi apprendre à travailler avec ce qui reste à construire.

 


Article rédigé par Marie-Liesse Dovergne, directrice de l’organisme de formation d'Ipama

Cabinet de conseil et de formation RSE de l’ESS certifié Numérique Responsable, Ipama accompagne les acteurs de l'événementiel, de la culture, du sport, du tourisme et des industries créatives dans leur transition écologique et solidaire.


 

 Pour aller plus loin : Sources et références

 

 

 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer