La Niaque l’Asso : après la maladie, retrouver sa place au travail
Après une maladie grave, le retour à la vie professionnelle est rarement simple. Fatigue, perte de confiance, doutes sur l’avenir : la fin des traitements marque souvent le début d’une nouvelle épreuve. C’est précisément à ce moment que La Niaque l’Asso intervient.
Créée en 2022, l’association accompagne gratuitement des personnes touchées par un cancer, une maladie chronique évolutive ou un burn-out, pour les aider à retrouver leur place dans le monde du travail et, plus largement, dans la société. Soutenue par le fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes, elle propose des parcours collectifs et individuels pour se reconstruire et prépare aussi les entreprises à mieux les accueillir après la maladie.
Le retour à la vie professionnelle, une étape pas si simple
Sophie Caruso, fondatrice de l’association, revient sur l’origine du projet : « À l’origine, nous étions une équipe d’experts RH spécialisée dans la remobilisation professionnelle après un accident de parcours. Plusieurs d’entre nous ont été touchés, directement ou indirectement, par la maladie. Cela nous a amenés à réfléchir à l’accompagnement de celles et ceux qui doivent retrouver leur place après une épreuve qui bouscule profondément leur vie. »
Si les patients sont entourés pendant les soins, l’après est souvent plus fragile. « Quand les traitements se terminent, les personnes se retrouvent très isolées, fatiguées, parfois sidérées par ce qu’elles viennent de traverser. C’est alors que surgissent les questions professionnelles : reprendre son poste, en changer, en être encore capable, ou envisager une autre voie. Beaucoup perdent confiance en leurs capacités et appréhendent le regard des autres. »
Accompagner ces personnes est essentiel d’autant que la maladie touche aujourd’hui des actifs en pleine carrière. « Il y a une explosion de certains cancers, notamment du sein chez les femmes jeunes », souligne Sophie Caruso. Les conséquences sur l’emploi sont lourdes : les arrêts de travail durent en moyenne 10 à 12 mois, et près d’une personne sur trois perd son emploi dans les deux ans suivant un diagnostic de cancer. La reprise reste souvent difficile. « Les personnes sont encore trop souvent discriminées ou stigmatisées après une longue maladie. »
Des parcours d’accompagnement adaptés à chaque situation
La Niaque l’Asso propose un accompagnement gratuit et inconditionnel, ouvert à tous les statuts : salariés, demandeurs d’emploi, fonctionnaires, indépendants ou entrepreneurs.
Son dispositif repose notamment sur des parcours collectifs de six à neuf mois, réunissant une quinzaine de participants en présentiel autour d’ateliers réguliers. « Ces temps collectifs permettent d’abord de rompre l’isolement. Ils offrent aussi un espace pour faire le point sur soi, retrouver confiance et réfléchir à son avenir », explique Sophie Caruso. « Le retour à la vie professionnelle est un fil rouge, mais ce n’est pas une obsession : l’objectif premier reste le rétablissement, se reconstruire et retrouver son énergie. »
Pour celles et ceux qui ne peuvent pas rejoindre un groupe, l’association propose également un accompagnement individuel à distance, avec un coach professionnel, pouvant durer jusqu’à un an.
Lever les freins concrets du retour au travail
L’accompagnement ne se limite pas à la définition d’un projet professionnel. Il vise aussi à lever les nombreux freins, souvent invisibles, qui compliquent le retour à l’emploi après la maladie. « Un point central consiste à aider les personnes à définir ce qu’elles souhaitent dire ou non de leur maladie, et à connaître leurs droits », précise Sophie Caruso.
Sur le plan administratif, l’association mobilise des assistantes sociales pour accompagner des démarches souvent complexes pendant un long arrêt maladie. Des ateliers permettent également de mieux comprendre ses droits (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, conditions de reprise, aménagements possibles) et de se préparer concrètement au retour. L’accompagnement prend aussi en compte les effets cognitifs et physiques des traitements. Des dispositifs de remédiation cognitive aident à travailler la mémoire ou la concentration, tandis que des activités physiques et culturelles permettent de se réapproprier progressivement son corps et de recréer du lien social.
Changer le regard sur les personnes touchées par la maladie
Pour La Niaque l’Asso, accompagner les personnes ne suffit pas : il est aussi essentiel de préparer les organisations à les accueillir. « Si des dispositifs existent, comme le rendez-vous de liaison ou la visite de pré-reprise, il faut aussi faire évoluer les pratiques et les représentations des employeurs et des équipes », rappelle Sophie Caruso.
L’association défend notamment un changement de regard sur les personnes ayant traversé la maladie. « Pour nous, ce sont des personnes ‘augmentées’ : l’épreuve est difficile, bien sûr, mais elle transforme. Elles ont un rapport plus juste au travail, savent distinguer l’urgent de l’essentiel, se connaissent mieux et adoptent souvent une meilleure hygiène de vie notamment à travers l’activité physique, l’alimentation et le sommeil, ce qui influence positivement leur manière de travailler. Dans une équipe, c’est une richesse », explique Sophie Caruso.
Un impact mesurable sur le retour à l’activité et la confiance
La Niaque accompagne aujourd’hui environ 750 personnes par an. Son étude d’impact montre que 40 % des personnes suivies reprennent une activité pendant le parcours et 90% à l’issue des programmes.
Les effets se mesurent aussi sur la confiance et la capacité à se projeter : 86 % des participants déclarent avoir retrouvé confiance en leurs capacités, 75 % disent mieux gérer leur stress et leurs émotions, et 95 % recommanderaient le programme.
L’association crée aussi une véritable dynamique collective. Une large majorité des participants reste en contact après l’accompagnement. Pour Sophie Caruso, cette dimension est essentielle : « La Niaque, c’est à la fois un collectif de travail et une communauté de cœur. »
Changer d’échelle pour répondre à une demande croissante
Présente aujourd’hui à Paris, Lyon, Marseille et Besançon, l’association poursuit son développement vers d’autres territoires, notamment à Saint-Étienne et Grenoble. L’un de ses défis majeurs consiste à toucher des publics encore éloignés de ces dispositifs, en particulier dans les zones rurales ou certains quartiers prioritaires, où les fragilités se cumulent. La Niaque développe par exemple des formats hybrides, combinant présentiel et distanciel, et expérimente des démarches « d’aller vers », notamment à Rillieux-la-Pape, à Stains ou dans les quartiers nord de Marseille.
Le soutien du fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes joue à cet égard un rôle clé. Il apporte à l’association une sécurité financière, mais aussi de la visibilité et de la crédibilité, lui permettant de consolider son modèle et d’amplifier ses actions.
Changer le regard et refuser la stigmatisation : c’est le sens de l’engagement porté par La Niaque. « Le nom ‘La Niaque’ n’a pas été choisi comme une injonction à être fort, mais comme la reconnaissance d’une énergie parfois décuplée après l’épreuve », conclut Sophie Caruso.
En savoir plus sur Nos Epaules et Vos Ailes
Nos Épaules et Vos Ailes est le fonds de dotation de l’association GPMA qui accompagne des projets associatifs agissant dans les domaines de la santé, du handicap et contre toutes formes de fragilités sociales.
À travers trois programmes de mécénat, Nos Épaules et Vos Ailes soutient des associations pour leur permettre de développer leurs actions :
- Le partenariat pluriannuel : un soutien pluriannuel pour 7 associations partenaires ;
- Le mécénat ponctuel : un financement unique pouvant atteindre jusqu’à 20 000€ pour développer des projets associatifs ;
- L’opération Atout Soleil : chaque année depuis 2007, le prix Atout Soleil récompense une quinzaine d’associations qui œuvrent auprès des personnes vulnérables.
|
|