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Par Carenews INFO - Publié le 2 juin 2026 - 07:45 - Mise à jour le 2 juin 2026 - 07:45
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1980 : L’insertion par l'activité économique, une intuition qui allait bouleverser l’accompagnement social

Apparues dès la fin des années 1970 à l'initiative d'acteurs de terrain, les structures d'insertion par l'activité économique fournissent des emplois à des personnes éloignées du marché du travail tout en les aidant à résoudre leurs difficultés sociales. Elles ont progressivement été reconnues comme un pilier des politiques de l'emploi et de la lutte contre l'exclusion.

L'insertion par l'activité économique repose sur la conviction que « personne n'est inemployable ». Crédit : Agathe Hocquet, Carenews.
L'insertion par l'activité économique repose sur la conviction que « personne n'est inemployable ». Crédit : Agathe Hocquet, Carenews.

 

 

« Personne n'est inemployable. » Cette conviction traverse le secteur de l'insertion depuis plus de quarante ans. Elle affirme qu'avec de la formation et un accompagnement adapté, il existe toujours une voie de retour vers l'emploi, même pour les personnes qui en sont le plus éloignées. C'est l'intuition fondatrice des structures d'insertion par l'activité économique : faire du travail lui-même un outil d'accompagnement, et non l'aboutissement d'un parcours.

Au cœur de cette histoire se trouvent les entreprises d’insertion (EI) et les ateliers et chantiers d’insertion (ACI), mais pas seulement. Ce sont des innovations sociales discrètes mais puissantes, qui ont su transformer l’entreprise (ou organisation à statut autre) en tremplin pour les personnes les plus éloignées du marché du travail.

Aujourd’hui, ces structures s’imposent comme un pilier incontournable de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France. Mais comment cette aventure collective a-t-elle débuté ? Qui en sont les forces vives ? Quels sont les défis qui marquent son présent et dessinent son avenir ?

 

Les racines : l’insertion par l’activité économique avant l’heure

 

Pour comprendre la genèse des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), il faut revenir à la fin des années 1970. À cette époque, la France traverse une crise économique profonde : le chômage s’installe, la précarité gagne du terrain, et les dispositifs classiques d’aide sociale montrent leurs limites. Dans ce contexte, des acteurs de terrain – travailleurs sociaux, militants associatifs, élus locaux – cherchent de nouvelles réponses. Leur intuition : l’activité économique peut être un formidable levier d’inclusion, à condition de l’adapter aux besoins des personnes les plus fragiles.

C’est dans la métropole lilloise, en 1978, qu’apparaît la première entreprise d’insertion française  : Réabat Bâtiment. Créée par l’Association départementale du Nord pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (ADNSEA), cette structure propose à de jeunes adultes en grande difficulté de travailler sur de vrais chantiers, tout en étant accompagnés socialement. L’idée séduit, et Réabat Bâtiment deviendra, quelques années plus tard, le groupe Vitamine T, aujourd’hui un acteur majeur de l’insertion dans la région Hauts-de-France.

Dans la foulée de ce succès, d’autres initiatives émergent. En 1979, les premiers centres d’adaptation à la vie active (Cava) voient le jour. Ces structures, ancêtres des SIAE, expérimentent l’accompagnement par le travail, souvent dans des secteurs peu valorisés : espaces verts, nettoyage, bâtiment, etc. L’objectif : permettre à chacun de retrouver un rythme, des repères, de résoudre ses difficultés sociales, et, peu à peu, de reprendre pied dans la vie professionnelle.

 

Les années 1980 : l’émergence, des expériences multiples et complémentaires

 

Les années 1980 marquent une accélération décisive. D’un côté, la crise économique persiste et les publics en difficulté se diversifient : chômeurs de longue durée, jeunes sans qualification, personnes sortant de prison, femmes isolées… De l’autre, le secteur associatif s’organise et innove, trouvant progressivement un écho auprès des pouvoirs publics. 

 

La diversité des structures de l'IAE n’est pas l’expression d’une diversité désordonnée, mais plutôt la marque d’une adaptation à des publics très variés et à des besoins multiples. »

 

Ainsi les années 1980 voient aussi l’apparition d’autres formes de structures d’insertion complémentaires des entreprises d’insertion (EI) :

  • Les associations intermédiaires (AI), initiées en 1983 à Redon, offrent des missions temporaires à des personnes éloignées de l’emploi, souvent pour de courtes durées, tout en proposant un accompagnement personnalisé.
  • Les ateliers et chantiers d’insertion (ACI), souvent associatifs, développent des activités manuelles ou de services dans des secteurs non concurrentiels et peu valorisés, pour permettre une réadaptation progressive au monde du travail.
  • Plus tard, les entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI) reprennent le modèle de l’intérim, combinant missions temporaires et accompagnement prolongé.
  • Les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (Geiq) voient le jour au début des années 1990, proposant une solution collective entre employeurs pour offrir des parcours mixtes formation-emploi à des publics fragilisés.

 

Cette diversité n’est pas l’expression d’une diversité désordonnée, mais plutôt la marque d’une adaptation à des publics très variés et à des besoins multiples, au sein d’une même logique d’insertion par l’activité économique.

C’est également en 1980, dans le quartier de l’Alma-Gare à Roubaix, qu’émerge la première régie de quartier. Inspirées du modèle québécois, les régies de quartier visent à revitaliser les quartiers populaires en confiant à leurs habitants la gestion d’activités économiques locales : entretien d’espaces publics, petits travaux, services de proximité. Les régies de quartiers ne sont pas formellement des structures de l’IAE mais participent de la même logique. Ce modèle hybride, à la croisée de l’économie, du social et du développement local, séduit rapidement d’autres villes : aujourd’hui, on compte plus de 130 régies de quartier en France, fédérées au sein du Mouvement des régies.

C’est aussi dans cette décennie que se structure l’un des futurs géants de l’insertion : le Groupe SOS. Fondé en 1985, le groupe fait très tôt de l’insertion par l’activité économique un axe central de son action. Aujourd’hui, SOS est le premier groupe associatif européen de l’ESS, employant plus de 20 000 personnes (dont 3 000 en parcours d’insertion) et intervenant dans des secteurs aussi variés que la santé, la jeunesse, la culture ou l’environnement.

L’État, de son côté, commence à s’intéresser à ces expériences. En 1985, une circulaire encadre l’expérimentation des entreprises intermédiaires (ancien nom des entreprises d’insertion). Deux ans plus tard, la loi officialise le statut d’association intermédiaire. En 1988 et 1989, de nouvelles circulaires précisent que les entreprises d’insertion doivent accueillir en priorité des personnes en grande marginalité : toxicomanes, sortants de prison, chômeurs de longue durée… Le secteur gagne en visibilité et en légitimité.

 

Les années 1990 : institutionnalisation et essor

 

Le début des années 1990 marque un tournant : l’insertion par l’activité économique entre dans le droit commun. Le 3 janvier 1991, la loi crée le Conseil national de l’insertion par l’activité économique (CNIAE) et reconnaît juridiquement les différentes formes de structures : entreprises d’insertion (EI), entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI), groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (Geiq).

Cette décennie voit aussi la naissance de nouveaux acteurs majeurs. À Paris, en 1991, l’association Ares (Association pour la réinsertion économique et sociale) est fondée. Son ambition : accompagner les personnes en situation d’exclusion vers l’emploi durable, grâce à des activités économiques variées (logistique, services, recyclage…). Ares deviendra l’un des leaders français du secteur, avec plus de 1 000 salariés en parcours d’insertion accompagnés chaque année.

En 1998, la loi de lutte contre les exclusions fixe un cadre d’intervention clair pour l’insertion par l’activité économique. Elle crée les Conseils départementaux de l’insertion par l’activité économique (CDIAE), chargés de coordonner les politiques locales. L’année suivante, une circulaire réforme en profondeur le secteur, en clarifiant les missions et les financements.

 

Les années 2000 : diversification, professionnalisation et ouverture européenne

 

Les années 2000 sont celles de la diversification et de la professionnalisation. Les structures d’insertion investissent de nouveaux secteurs : gestion des déchets, restauration, services à la personne, numérique… Elles adoptent des méthodes de gestion de plus en plus professionnelles : qualité, marketing, innovation sociale.

En 2001, l’insertion par l’activité économique prend une dimension européenne avec la création du réseau Ensie (European network of social integration enterprises) à Bruges. Ce réseau fédère aujourd’hui des centaines d’entreprises d’insertion dans plus de 20 pays, favorisant l’échange de bonnes pratiques et la reconnaissance du secteur à l’échelle européenne.

 

La loi de programmation pour la cohésion sociale de 2005 réaffirme le rôle central de l’insertion par l’activité économique dans la lutte contre l’exclusion. »

 

En France, la loi de programmation pour la cohésion sociale de 2005 réaffirme le rôle central de l’insertion par l’activité économique dans la lutte contre l’exclusion. Elle alloue de nouveaux moyens aux SIAE, encourage la création d’ateliers et chantiers d’insertion, et renforce l’accompagnement des publics.

En 2008, un vaste plan de modernisation est lancé pour améliorer l’efficacité et la qualité de l’accompagnement. Les EI sont encouragées à innover, à diversifier leurs activités et à renforcer leurs partenariats avec les entreprises classiques.

 

De 2010 à aujourd’hui : réformes, innovations et nouveaux défis

 

La décennie suivante est marquée par une série de réformes. En 2014, le financement de l'IAE est profondément réformé : l'aide au poste d'insertion est généralisée à l'ensemble des structures. Pour les ateliers et chantiers d'insertion, qui reposaient jusqu'alors sur les contrats aidés, c'est un changement de fond. 

En 2018, le rapport « Donnons-nous les moyens de l'inclusion » propose un pacte d'ambition avec le secteur de l'IAE et la création d'un Fonds d'inclusion dans l'emploi, qui regroupe sous une enveloppe régionale unique les crédits dédiés à l'inclusion. 

En 2019, le « Pacte d'ambition pour l'IAE » fixe des objectifs ambitieux : créer 100 000 postes d'insertion supplémentaires d'ici 2022, fluidifier les parcours, renforcer l'accompagnement individualisé, et innover avec des dispositifs comme les « territoires zéro chômeur de longue durée ». 

 

Sous l'effet de coupes budgétaires en 2025 et 2026, le secteur recule, avec environ 135 700 salariés fin 2025, soit 5 % de moins en un an. Après des décennies d'expansion, l'IAE entre dans une zone d'incertitude durable. »

 

Aujourd’hui, soit sept ans plus tard, le bilan est contrasté. La crise du Covid puis une conjoncture dégradée ont empêché de l'atteindre dans les délais. Surtout, la tendance s'est inversée : sous l'effet de coupes budgétaires en 2025 et 2026, le secteur recule, avec environ 135 700 salariés fin 2025, soit 5 % de moins en un an. Après des décennies d'expansion, l'IAE entre dans une zone d'incertitude durable. 

Il est intéressant de noter que depuis quelques années, les entreprises d’insertion multiplient les partenariats avec de grands groupes, à travers des joint-ventures ou des marchés réservés. Ces collaborations permettent non seulement d’accéder à des marchés plus vastes et à des volumes d’activité plus importants, mais aussi de bénéficier de transferts de compétences, de professionnalisation, et d’ancrer l’insertion dans des filières stratégiques comme la numérisation, le BTP, la logistique ou le recyclage. Ils permettent aussi aux entreprises de recruter des personnels formés, sur des postes souvent difficiles à pourvoir. Les grands groupes y trouvent un intérêt économique, en plus de pouvoir ainsi communiquer sur des initiatives “d'innovations sociales”.

À titre d’exemple, le groupe Vinci a ainsi noué plusieurs alliances avec des structures d’insertion pour intégrer durablement des personnes éloignées de l’emploi sur ses chantiers majeurs.

Parallèlement, de nouvelles dynamiques émergent : développement du numérique, prise en compte des enjeux écologiques, élargissement des publics (jeunes, migrants, personnes en situation de handicap…). Les structures d’insertion s’adaptent, innovent, et continuent de démontrer leur capacité à répondre aux défis sociaux contemporains.

 

Un modèle économique singulier et adaptable

 

Les structures d'insertion reposent sur un modèle contre-intuitif, voire un paradoxe : embaucher des personnes éloignées de l'emploi, souvent peu productives initialement, pour les accompagner vers l'autonomie. Comme le souligne Jean-Marc Borello, fondateur du Groupe SOS :

« Entreprise d’insertion, c'est le modèle type à la base de l'entreprise sociale. [...] C’est un modèle contre-intuitif d'un point de vue économique : des salariés moins formés ET le plus possible. Dès qu’ils sont bons, on leur demande de partir. Néanmoins, pour que cela fonctionne, il faut un équilibre financier donc que le professionnalisme (qualité, marketing, etc) soit encore plus important que par ailleurs. »

Ces structures doivent concilier mission sociale et viabilité économique, mais leur modèle varie fortement selon leur type. Les entreprises d'insertion fonctionnent au plus près du marché : l'essentiel de leur chiffre d'affaires provient de la vente de biens ou de services : nettoyage, logistique, bâtiment, recyclage. L'appui public, versé sous forme d'aide au poste, y reste limité, de l'ordre de 10 % de la masse salariale en moyenne, bien moins que ce que l'on imagine souvent. Les ateliers et chantiers d'insertion suivent une logique inverse : ils interviennent sur des activités peu concurrentielles, ne commercialisent qu'une partie de leur production et accueillent les publics les plus éloignés de l'emploi, si bien que les financements publics y sont majoritaires. Entre ces deux pôles, associations intermédiaires et entreprises de travail temporaire d'insertion occupent des positions intermédiaires.

Dans tous les cas, l'aide publique ne couvre pas l'ensemble des investissements que ces structures réalisent dans l'accompagnement : chaque salarié en insertion bénéficie d'un suivi individualisé, de formations et d'une aide pour résoudre les problèmes connexes (logement, santé, mobilité…).

Ce modèle s'adapte à tous les secteurs d'activité, avec une affinité particulière pour les métiers à forte dimension manuelle. Les structures d'insertion sont ainsi présentes dans l'agriculture biologique (les Jardins de Cocagne, réseau de chantiers d'insertion maraîchers nés en 1991), dans le réemploi et le reconditionnement d'électroménager avec le réseau Envie (réseau mixte EI-ACI selon les structures fondé en 1984), ou encore dans le déménagement et la livraison à vélo avec Carton Plein (créé en 2012).

 

Impact et chiffres-clés

 

Au fil du temps, le secteur s’est structuré autour de réseaux : la Fédération des entreprises d’insertion (FEI, ex-FNEI/CNEI), Coorace (pour les associations intermédiaires et les ateliers et chantiers d’insertion), Chantier école (ACI), le Mouvement des régies (pour les régies de quartier), la Fédération française des Geiq et, à l’échelle européenne, Ensie. Ces réseaux jouent un rôle clé dans la représentation, la mutualisation des bonnes pratiques et l’innovation. 

Aujourd’hui, la France compte près de 4 000 structures d’insertion par l’activité économique.  Chaque année, environ 200 000 personnes sont accompagnées vers l’emploi par ces structures, encadrées par près de 17 000 salariés permanents. Le secteur est reconnu pour sa capacité à innover, à s’adapter aux nouveaux publics, et à jouer un rôle de passerelle vers l’emploi durable.

De plus les structures d’insertion ne se contentent plus d’être des laboratoires sociaux : leurs démarches – accompagnement social, formation sur poste, gouvernance inclusive, mesure d’impact – inspirent désormais de nombreuses entreprises classiques, notamment dans le cadre de la RSE ou des politiques de diversité.

La démonstration, faite depuis quarante ans, qu’il est possible de conjuguer impact social et modèle économique solide, a irrigué toute la vague de l’entrepreneuriat social qui connaîtra son momentum dans les années 2010. 

Les innovations récentes – du numérique à l’écologie, en passant par l’inclusion de nouveaux publics – ouvrent de nouveaux champs d’action pour les structures d’insertion. Longtemps perçues comme des acteurs périphériques, elles sont aujourd’hui de plus en plus vues comme des partenaires stratégiques, capables d’inspirer et de transformer l’ensemble de l’économie.

 

À l’étranger

 

Si l’insertion par l’activité économique s’est institutionnalisée en France à partir des années 1970-1980, l’histoire à l’étranger est marquée par une grande diversité de modèles. Dans plusieurs pays industrialisés, l’insertion par le travail a émergé dès les années 1960-1970, souvent sous forme d’ateliers informels ou d’entreprises sociales liées à des centres d’hébergement ou de réadaptation sociale.

Les débats sur l’assistanat, portés par des mouvements comme ATD Quart Monde, ont aussi traversé l’Europe, plaidant pour l’accès des plus pauvres au droit du travail.

Le terme même d’« insertion » s’est imposé en France, alors que d’autres pays parlent d’« inclusion », d’« activation » ou de « workfare ». 

Dans plusieurs pays, dès les années 1960-70, des formes comparables apparaissent sous d’autres appellations :

  • En Italie, les coopératives sociales de type B emploient au moins 30 % de personnes fragiles, dans une tradition coopérative forte.
  • En Allemagne, Autriche, Suisse, les « social firms » ou « Integrationsbetriebe » utilisent une approche plus intégrée à l’économie de marché, avec moins de formalisation dans l’accompagnement.
  • Dans les pays nordiques et au Royaume-Uni, la forte implication des services publics s’exprime par des ateliers protégés et des dispositifs d’activation sociale (« workfare »).
  • En Amérique du Nord, l’écosystème est très hétérogène, avec un rôle important des fondations philanthropiques et des investisseurs à impact.
  • En Europe centrale et orientale, les modèles oscillent entre héritage social et émulation entrepreneuriale.

 

Les réseaux européens, comme Ensie, jouent un rôle crucial dans la promotion et l’harmonisation de ces modèles.

 

La tension entre mission sociale et viabilité économique est permanente : comment concilier accompagnement des publics les plus fragiles et exigences de rentabilité ? »

 

Limites et débats

 

Le succès des structures d’insertion ne doit pas masquer les défis auxquels elles sont confrontées. Leur dépendance aux financements publics les rend vulnérables aux aléas budgétaires. Pour les entreprises d'insertion, cet appui ne représente qu'une part minoritaire des ressources, néanmoins essentielle à leur modèle économique ; pour les ateliers et chantiers d'insertion, il est majoritaire et vital. Dans tous les cas, la moindre variation des dotations publiques fragilise l'équilibre des structures. 

La tension entre mission sociale et viabilité économique est permanente : comment concilier accompagnement des publics les plus fragiles et exigences de rentabilité ? Certaines structures, sous pression, risquent de s’éloigner de leur mission d’accompagnement. Enfin, le secteur doit sans cesse innover pour répondre aux nouveaux besoins : transition numérique, écologie, inclusion des publics les plus éloignés…

 

Les ntreprises adaptées et les Esat, voisins de l'IAE

Aux côtés de l'insertion par l'activité économique, deux autres dispositifs font du travail un levier d'inclusion pour les personnes en situation de handicap : les entreprises adaptées (EA) et les établissements et services d'accompagnement par le travail (Esat). Leur histoire commence en commun, avec la loi d'orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées : celle-ci crée deux statuts distincts, les « ateliers protégés », unités de production tenues à l'écart du marché ordinaire, et les « centres d'aide par le travail » (CAT), structures médico-sociales destinées aux personnes dont la capacité de travail est plus réduite.

La loi du 11 février 2005 « pour l'égalité des droits et des chances », dite « loi handicap »,, fait diverger les trajectoires. Les ateliers protégés deviennent des entreprises adaptées (EA) et rejoignent le milieu ordinaire de travail : leurs salariés handicapés deviennent des salariés de droit commun, soumis à l'intégralité de la législation sociale. Les CAT, eux, deviennent des Esat et restent dans le secteur médico-social : leurs travailleurs ne sont pas des salariés au sens du Code du travail mais bénéficient d'un accompagnement combinant activité professionnelle et soutien social. La loi du 5 septembre 2018 assouplit ensuite le cadre des EA : le seuil minimum légal de travailleurs en situation de handicap dans l'effectif passe de 80 % à 55 %, et des expérimentations comme le travail temporaire adapté sont ouvertes.

Aujourd'hui, les entreprises adaptées sont environ 830, présentes dans chaque département, et emploient près de 58 000 salariés dont quelque 42 000 travailleurs en situation de handicap, le plus souvent en CDI. Les Esat forment un réseau plus dense : environ 1 400 Esat accueillent environ 120 000 travailleurs handicapés. 

La distinction avec l'IAE est nette : celle-ci s'adresse aux personnes éloignées de l'emploi pour des raisons sociales et professionnelles ; les EA et les Esat aux travailleurs en situation de handicap. Des dispositifs voisins, portés par une même conviction : adapté aux personnes, le travail devient un outil d'inclusion.

 

 Félix Beaulieu 

 


Sources :  

  • Christophe Dunand et Anne-Lise du Pasquier. Travailler pour s’insérer, éd.s ies, 2006.
  • L’insertion par l’activité économique en 2024, Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 2026. 
  • Philippe Bregeon, « Histoire du réseau de ” l’insertion par l’activité économique” », dans À quoi servent les professionnels de l'insertion ?, L'harmattan. 2008. 
  • Timothée Duverger, « L'émergence de l'économie sociale et solidaire : une histoire de la société civile organisée en France et en Europe de 1968 à nos jours : groupements, discours et institutionnalisations », thèse de doctorat, Université de Bordeaux III Michel de Montaigne, 2015. 
  • Bernard Eme, « Une histoire de l'insertion par l'activité économique », Alternatives Economiques, septembre 2007. 

 


Retrouvez l'ensemble des articles déjà parus de la série « Histoire de l'économie engagée », par Félix Beaulieu :

 

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