Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 3 mars 2026 - 07:45 - Mise à jour le 3 mars 2026 - 07:45
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Une histoire de l'économie engagée : note d’intention

Chaque semaine, pendant vingt semaines, Carenews publiera un article consacré à l’histoire de l’économie engagée. L’ensemble couvrira un champ large : économie sociale et solidaire, responsabilité sociétale des entreprises ou encore mécénat. Félix Beaulieu, auteur de ces articles, explique ici avec quelle intention et de quel point de vue il a conçu cette série. 

Chaque semaine, pendant vingt semaines, Carenews publiera un article consacré à l’histoire de l’économie engagée, rédigé par Félix Beaulieu. Crédit : Agathe Hocquet, Carenews.
Chaque semaine, pendant vingt semaines, Carenews publiera un article consacré à l’histoire de l’économie engagée, rédigé par Félix Beaulieu. Crédit : Agathe Hocquet, Carenews.

 

 

La série « Histoire de l’économie engagée », découpée en vingt articles, adopte une double originalité : traiter les vingt dernières années dans une perspective historique longue, et réunir dans un même panorama des composantes habituellement séparées : économie sociale et solidaire (ESS), responsabilité sociétale des entreprises (RSE), philanthropie, finance solidaire, impact investing, entreprises à mission.

Ces composantes ne sont évidemment pas équivalentes. Elles se situent à différents endroits d'un continuum entre utilité sociale/environnementale et rentabilité financière. Mais toutes partagent un point commun : elles cherchent des solutions concrètes à des problèmes sociaux ou environnementaux. Cette série montre comment elles ont émergé, quelles sont leurs forces et leurs limites, et quel rôle elles jouent dans l'ensemble.

 

Périodisation : une histoire de vagues successives

 

Depuis l'Antiquité, l'économie engagée a changé de forme sans jamais disparaître.

D'abord morale et philanthropique, elle devient au XIXe siècle une force d'auto-organisation populaire, avec les coopératives et les mutuelles, face aux excès de l’industrialisation. Au XXe siècle, l'État-providence absorbe une partie de ces aspirations et en institutionnalise certaines conquêtes, avant que les années 1960-1980 ne voient renaître des alternatives économiques critiques.

À partir des années 1980, l'entreprise capitaliste elle-même entre dans l’engagement avec la RSE, puis la finance durable et l'investissement à impact. Depuis 2010, les frontières se brouillent : entreprises sociales, statuts hybrides et investisseurs à impact redéfinissent les lignes entre transformation du marché et construction d'alternatives.

 

L'histoire de l'économie engagée est celle d'un balancier permanent entre société civile, État et capital. »

 

L'histoire de l'économie engagée est ainsi celle d'un balancier permanent entre société civile, État et capital, fait de dynamiques d'innovation et de rapports de force. Cette histoire est longue, et elle n'est pas près de s'arrêter. Chaque période a apporté une ou plusieurs innovations et élargi le champ de l'économie engagée.

 

Un continuum, pas une hiérarchie

 

Il n'existe pas de façon absolue d'organiser intellectuellement les différents niveaux d'engagement dans l'économie. Mais le continuum présenté ci-dessous, fondé sur l'arbitrage entre retour financier attendu et utilité sociale/environnementale, aide à visualiser la diversité des modèles. Cette présentation classe les statuts, agréments, concepts (dont ceux définis par des lois), marchés des labels et de l'investissement sur cet axe, selon le marché français en 2026. 

 

Continuum économie engagée

 

 

Ce schéma montre comment se répartissent :

  • À gauche du continuum : les organisations à forte utilité sociale ou environnementale (associations de bénévoles, fondations, coopératives, entreprises d'insertion), dont la raison d'être est explicitement non lucrative ou à lucrativité très limitée.
  • Au centre : les entreprises sociales, les ESUS, les entreprises à mission, qui cherchent à concilier viabilité économique et impact social.
  • À droite : les entreprises commerciales classiques qui intègrent progressivement des démarches RSE, ou adoptent des labels (B-Corp, Lucie, Ecovadis…) pour formaliser leur engagement.

 

Nota bene : 

  • Ce sont bien des « logiques » de statuts et agréments légaux et fiscaux qui sont classés ici. Dans tous les cas on peut trouver de nombreuses exceptions qui seront plus ou moins orientées vers l’engagement que ce à quoi la logique de leur statut les pousse.
  • Les mutuelles et coopératives sont les plus difficiles à placer sur ce schéma, car leurs statuts les guident vers l’utilité sociale auprès de leurs membres uniquement.

 

Ce continuum traverse différents niveaux de réalité :

  • Des statuts juridiques (association, coopérative, société commerciale de l’ESS, entreprise à mission, société commerciale),
  • Des concepts définis par des lois ou des mouvements (ESS, RSE, entreprises sociales, entreprises à impact),
  • Des labels de marché (Lucie, B-Corp, Ecovadis...). 

 

L’économie engagée n’est pas un îlot isolé : elle traverse l’ensemble du système économique. Comprendre ce continuum permet de mieux situer chaque acteur, d'éviter les confusions et de construire de meilleurs partenariats. »

 

Ce continuum n'est pas une hiérarchie morale. Chaque position a sa pertinence selon le contexte, le secteur, les ressources disponibles et les objectifs poursuivis. Ce continuum montre que l’économie engagée n’est pas un îlot isolé : elle traverse l’ensemble du système économique. Comprendre ce continuum permet de mieux situer chaque acteur, d'éviter les confusions et de construire de meilleurs partenariats.

 

À qui s'adresse cette série ?

 

À tout citoyen qui s'intéresse à ces questions, aux professionnels et futurs professionnels de l'économie engagée qui veulent comprendre avec plus de finesse le contexte dans lequel ils agissent, et prendre de meilleures décisions. 

 

Pourquoi lire cette série ?

 

 

Sur le plan culturel et stratégique

  • Savoir d'où on vient pour savoir où on va. Comprendre l'histoire de chaque famille d'acteurs (coopératives, mutuelles, ONG, entreprises à mission, fonds d'impact), c'est comprendre ce qui fonde leur proposition de valeur, leur culture, leurs résistances, leurs préférences - souvent héritées des luttes qu'ils ont menées pour exister.
  • Garder espoir dans les périodes de stagnation ou de régression. Les racines de l'économie engagée sont profondes. Elle a déjà traversé de multiples oppositions, reculs, crises. Elle progresse, s'adapte, innove. Au final, elle est toujours là. Son potentiel transformateur est parfois sous-estimé, car on oublie à quel point certaines de ses innovations sont devenues courantes : engagement individuel et collectif, protection sociale, inclusion des travailleurs en difficulté, réduction de l'impact environnemental, amélioration continue, partenariats multi-parties prenantes, achats responsables…
  • Nourrir un narratif positif et une vision du futur à partir de toutes les composantes actuellement vivantes de cette économie engagée.

 

 

Sur le plan opérationnel

  • Mieux orienter son plaidoyer politique : choisir comment et avec qui le mener.
  • Éviter de se faire manipuler par des communications exagérées (social washing, greenwashing, impact washing).
  • Construire de meilleurs partenariats en situant mieux chaque acteur, en comprenant les histoires, forces et limites de chaque type d'organisation (fournisseurs, clients, financiers, opérationnels, régulateurs).

 

En résumé : comprendre les possibilités de la boîte à outils du décideur, nourrir une vision du futur, et réfléchir aux implications politiques.

 

Méthodologie de recherche

 

Je suis enseignant, dirigeant, bénévole et militant. Ce travail est un panorama situé, appuyé sur la lecture d'ouvrages et articles de référence (André Gueslin, Michel Dreyfus, Timothée Duverger…), et relu par des experts dans chaque domaine.

Ce n'est pas un travail d'historien académique. C'est un travail de vulgarisation, de partage d'expérience et de recherche approfondie, comme le fait un enseignant : échanges avec des experts, capitalisation sur mon expérience des vingt dernières années, lectures croisées.

C'est donc un point de vue situé et un travail de réflexivité, qui ne prétend pas à l'exhaustivité. D'ailleurs, toute histoire est un choix, choix de ce qu'on raconte ou ne raconte pas.

Ce travail vient aussi d'une nécessité personnelle, dans un environnement médiatique focalisé sur l'actualité immédiate et le caractère inédit des phénomènes. En ce qui me concerne, je suis sensible au fait que les choses viennent de quelque part, qu'il y a une forme de généalogie des événements comme des familles. J'ai toujours été attentif aux idées d'héritage immatériel et de transmission entre générations.

 

Justification des dates et du découpage

 

La date retenue pour chaque article est évidemment sujette à débat, comme tout choix de périodisation historique. J'ai cherché à identifier des dates de momentum, des moments où une pratique, une organisation ou un concept quitte l'expérimentation pour devenir un modèle reproductible qui se diffuse.

J'ai privilégié les apogées réelles plutôt que les dates symboliques. Dans cette logique de momentum, nécessairement approximative, j'ai arrondi les dates à zéro ou à cinq.

Ces articles portent sur des composantes de natures diverses : parfois des statuts juridiques (Scop, société commerciale de l’ESS), parfois des pratiques (bénévolat, microfinance), parfois des modes lexicales (Tech for Good), parfois des méthodes d'investissement (impact investing). Dans tous les cas, l'idée est de partir du terrain, de la réalité concrète des acteurs. Le terrain y prend beaucoup plus de place que les théorisations.

Il y a davantage de découpage dans l'histoire récente. C'est que nous n'avons pas encore le recul nécessaire : l'histoire et les historiens n'ont pas encore fait le tri. Pour les périodes les plus récentes, mon analyse et mon avis personnel prennent naturellement plus de place. À partir de 2005, j'ai commencé à travailler dans l'économie engagée (et j'ai été bénévole depuis mon enfance). J'accorde donc un peu plus de place à ce que je connais bien — et je pense que l'histoire récente est particulièrement riche et enthousiasmante.

Exemple : Tech for Good est un momentum dont les organisations existent toujours, mais dont le vocabulaire a quasiment disparu, aujourd'hui regroupé sous celui d'« entreprise à impact ».

 

Structure des articles

 

Certains éléments sont présents dans chaque article : racines historiques, justification de la date du momentum, définition, acteurs clés, soutiens politiques, limites du modèle dans son impact ou son déploiement.

Cette grille de comparaison est utilisée avec souplesse pour que la trame de chaque article s'adapte à la réalité de chaque composante - plus ou moins ancienne, plus ou moins riche, plus ou moins complexe.

 

Ouvrir le dialogue

 

Cette série a impliqué des dizaines d'experts. Dans cet esprit collaboratif, si vous voulez nous faire parvenir vos retours et échanger avec nous, nous serions absolument ravis de continuer à apprendre et à enrichir cette série. Pour cela merci d’écrire à felix.beaulieu@sciencespo.fr

 

Qui suis-je ?

 

Être le plus utile possible, résoudre de vrais problèmes écologiques et sociaux : c'est ce qui m'a toujours guidé. C'est pour cela que je suis passionné par cette économie engagée. Je suis actuellement président du cabinet de conseil Stratégie & Impact

Mon parcours m'a permis de travailler dans ses nombreuses sous-familles et d'y exercer plusieurs métiers dans différents pays. Au fil de mes expériences professionnelles, lectures, rencontres et formations que je donne, j'ai pu accumuler des connaissances et une vision d'ensemble sur l'économie à impact (ESS, RSE, entreprises à impact, finance solidaire, impact investing, etc.). Vous trouverez mon parcours sur mon profil LinkedIn

 

Félix Beaulieu 

 


Lire les articles déjà parus de la série « Histoire de l'économie engagée » : 

1. Antiquité : l’apparition de la philanthropie 


 

Frise Histoire de l'économie engagée

 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer