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Par Carenews INFO - Publié le 28 avril 2026 - 15:37 - Mise à jour le 28 avril 2026 - 16:06 - Ecrit par : Célia Szymczak
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43 % des agriculteurs gagnent moins d’un Smic : les revenus agricoles décortiqués

L’ONG Max Havelaar France publie le premier rapport de son Observatoire de la rémunération agricole équitable. Lors d’un événement de lancement, elle a invité des spécialistes et représentants politiques à échanger sur les moyens d’améliorer le revenu des agriculteurs.

Max Havelaar France s'intéresse aux résultats des exploitations agricoles sans prendre en compte les autres sources de revenu des agriculteurs. Crédit : iStock.
Max Havelaar France s'intéresse aux résultats des exploitations agricoles sans prendre en compte les autres sources de revenu des agriculteurs. Crédit : iStock.

 

43 % des agriculteurs et agricultrices ont gagné en moyenne moins que le Smic annuel sur la période allant de 2015 à 2024. Pour plus de la moitié d’entre eux (54 %), le revenu agricole se situe sous le salaire médian du secteur privé. C’est ce que nous apprend le rapport « Nourrir à découvert », de l’Observatoire de la rémunération agricole équitable, lancé par l’ONG Max Havelaar France le 28 avril.  

Pour arriver à cette conclusion, les auteurs mesurent les résultats des exploitations agricoles. Leur calcul n’intègre donc pas les revenus annexes des agriculteurs, qui constituent en moyenne 65 % du revenu agricole, comme celui gagné par leur conjoint ou issu d’une autre activité. L’objectif est « d’analyser plus directement la capacité de l’activité elle-même à générer un revenu courant suffisant ».  

Entre 2015 et 2024, 14 % des exploitations en moyenne enregistrent un résultat négatif. « Même les meilleures années, près d’un agriculteur sur trois ne dégage pas l’équivalent d’un Smic via son activité agricole », constate Jules Colombo, délégué général de l’observatoire, lors de sa présentation.  

 

Une persistance des bas revenus 

 

Les auteurs de l’étude ont calculé la somme nécessaire « pour garantir un Smic à tous les agriculteurs », tout en précisant que le salaire minimum n’est pas « un objectif de rémunération idéal ». Résultat : « il manquait en moyenne 3,3 milliards d’euros par an » entre 2015 et 2024. Le différentiel s’élève à 4,22 milliards en 2023 et à 5,22 milliards en 2024. Jules Colombo, délégué général de l’observatoire, explique notamment ces chiffres élevés par une « précarisation des agriculteurs ».   

En revanche, 30 % des agriculteurs ont gagné un revenu supérieur à deux Smic en moyenne sur la période 2015-2024. 

 « Les agriculteurs les plus modestes le restent, généralement, et ne remontent que rarement parmi les catégories supérieures », indiquent également les auteurs de l’étude. Parmi les agriculteurs dont le revenu était inférieur au Smic en 2015, 56 % sont restés sous ce seuil pendant au moins six des dix années étudiées, dont 10 % chaque année.  

 

Les petites exploitations en moyenne moins bénéficiaires 

 

L’étude met en lumière des différences entre les filières. 53 % des exploitants en céréales, légumineuses et oléagineux ont un revenu inférieur à un Smic en moyenne sur les dix ans, 52 % dans la filière bovins viande, 51 % dans les filières ovins et caprins, contre 38 % en viticulture et 34 % en grande culture. « Même pour les filières qui s’en sortent le mieux (…), près d’un agriculteur sur trois ne dégage pas l’équivalent d’un Smic via ses revenus agricoles », insiste toutefois Jules Colombo. 

Il effectue « le même constat au niveau des régions ». En Bretagne, 31 % des revenus agricoles sont inférieurs au Smic : c’est pourtant la région avec le moins d’agriculteurs concernés. Plus d’un agriculteur sur deux vit avec un revenu inférieur au Smic en Occitanie (57 %) et en Nouvelle-Aquitaine (51 %), les deux régions qui comptent le plus d’installations agricoles en France. En Corse, 51 % des agriculteurs vivent avec un revenu inférieur au Smic.  

Il existe un lien entre la rémunération et la taille de l’exploitation : 61 % des petites exploitations génèrent un résultat inférieur au Smic, contre 26 % des grandes. Se situer en « zone défavorisée », une classification européenne qui désigne les lieux dans lesquels l’agriculture est soumise à des contraintes spécifiques, comme à la montagne, renforce aussi cette probabilité.  

 

Instaurer des prix minimums 

 

Sur sept filières, les auteurs de l’étude ont étudié la corrélation entre le résultat des exploitations et les prix, les volumes de production et le commerce international, sur trente ans. « Le prix est le facteur le plus corrélé au revenu », met en avant Jules Colombo, tout en précisant que « l’analyse doit être approfondie », car elle est basée sur des « moyennes nationales ». 

« Agir sur le prix payé aux producteurs reste aujourd’hui le levier le plus direct pour sécuriser durablement leurs revenus », estime-t-il. Anne-Marie Denis, agricultrice, vice-présidente de la commission chaîne alimentaire de la FNSEA, et invitée le 28 avril par Max Havelaar France lors de l’événement de lancement de l’observatoire, appelle justement à mettre en place un prix minimum. Celui-ci doit intégrer selon elle les coûts de production, la nécessité d’investir dans l’exploitation et le revenu. « Avoir une sécurité de base, c’est hyper important », témoigne-t-elle.  

Le projet de loi agricole, discuté actuellement en commission à l’Assemblée nationale, prévoit sur ce plan la possibilité pour les filières de créer un « tunnel de prix », définissant des prix minimum à partir des coûts de production et des prix maximum. 

Mais, selon le projet de loi, la mise en place de ce tunnel de prix reste facultative. « Il faut l’imposer de manière obligatoire », estime Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme, également invitée. « J’espère que dans les débats que nous aurons [à l’Assemblée], nous pourrons débattre de ce prix minimum  », poursuit-elle.  

 


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Des organisations de producteur 

 

Le député Ensemble pour la République de la Sarthe Éric Martineau, appelle quant à lui à renforcer la structuration d’organisations de producteurs négociant ensemble les prix d’achats de leurs produits. « Ils connaissent leurs coûts de production. Ils savent qu’en dessous de tel prix, ce n’est pas possible de vivre », insiste-t-il.  

De son côté, son homologue socialiste de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier, recommande notamment la mise en place de « mesures miroirs effectives », permettant d’assurer des normes équivalentes entre pays produits en France et produits importés.  

En plus de « revenus minimums garantis », il faut de la « transparence sur la chaîne », notamment sur les marges de la grande distribution, estime Karine Jacquemart, directrice de l’OGN Foodwatch, également invitée. Le revenu des agriculteurs n’est « certainement pas une fatalité, dans un pays qui, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, est riche », assène-t-elle. « L’opacité sur la construction des prix est totalement intolérable parce que c’est la boite noire à toutes les pratiques abusives », dénonce-t-elle. Nicolas Chabanne, fondateur de la coopérative C’est qui le patron ?!, qui vend des produits censés permettre une juste rémunération des agriculteurs, abonde dans ce sens. D’après lui, si les consommateurs sont certains du montant qui revient aux exploitants, la majorité d’entre eux « sont prêts à faire un effort » sur le prix. 

 


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Célia Szymczak 

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