6 initiatives pour une mode plus responsable
L’industrie de la mode est marquée par de nombreuses dérives d’un point de vue social comme environnemental. Pour lutter contre cette situation, des acteurs associatifs et économiques se mobilisent. Carenews vous présente six d’entre eux.
À lui seul, le secteur textile est responsable de 2 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, rapportait en 2023 le Programme des Nations unies pour l’environnement. À cet impact sur le climat, s’ajoutent les pollutions liées aux microplastiques et aux produits chimiques, l’utilisation importante d’eau, la génération massive de déchets ou encore les mauvaises conditions de travail, entrainées par la surproduction massive de produits textiles.
Pour freiner cet engrenage et transformer durablement le secteur, des acteurs se mobilisent. Carenews vous propose un tour d’horizon.
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En mode climat, un mouvement d’acteurs économiques pour faire changer les lois
Présidée par la médiatique entrepreneuse Julia Faure, l’association En mode climat rassemble des marques, usines et autres acteurs économiques de la mode, désireux de faire évoluer le secteur.
Convaincue de la nécessité d’une « législation contraignante » qui oblige les entreprises du secteur « à adopter un modèle de production plus raisonnée », l’organisation milite pour l’adoption de mesures de régulation du secteur. « Il y a aujourd’hui un avantage économique à produire de manière irresponsable. Une "prime au vice" que nous dénonçons », considèrent ses membres.
En mode climat se mobilise par exemple en faveur de tarifs douaniers destinés à favoriser le pays où le mix énergétique est le moins carboné, d’une modulation de l’éco-contribution en fonction des pratiques des entreprises ou encore d’un affichage environnemental clair. Dans ce cadre, elle propose notamment d’intégrer aux réglementations en cours de construction des critères liés à la réparabilité et à la durabilité « extrinsèque » des vêtements (c’est-à-dire au nombre de références et collections proposées par les entreprises). Le mouvement a pris par ailleurs position en faveur de la loi dite « anti-fast-fashion ».
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Le collectif Éthique sur l’étiquette alerte sur les impacts sociaux
Constitué d’associations de solidarité internationale, de syndicats, de mouvements de consommateur et d’associations d’éducation populaire, le collectif Éthique sur l’étiquette alerte sur le non-respect des droits humains dans les chaînes de production à travers le monde, et notamment dans le secteur textile. Il se mobilise également en faveur d’un « droit à l’information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats ».
Promouvant « un progrès social négocié » ainsi que la responsabilité sociétale des entreprises et des administrations publiques, le collectif appelle les marques, les institutions étatiques et les distributeurs à davantage d’engagement et au respect des droits fondamentaux des travailleurs. Il sensibilise également les consommateurs à la qualité sociale de leurs achats et soutient les syndicats et ONG du Sud.
Constitué sous forme d’association, Éthique sur l’étiquette est membre du réseau européen « Clean Clothes Campaign », une alliance de 220 organisations syndicales et associatives qui militent pour l’amélioration des conditions de travail dans l’industrie textile.
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La coalition « Stop fast-fashion » milite pour mesures de mode durable en France
Constitué de plusieurs associations, dont Les Amis de la Terre France, Action Aid, Emmaüs France et Fashion Revolution France, la coalition « Stop fast-fashion » milite pour l’adoption de lois encadrant de manière plus contraignante le secteur textile. Leur but : « mettre fin à la surproduction dans le secteur textile et faire enfin émerger une mode durable ».
La coalition s’est notamment impliquée en faveur de la proposition de loi « visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile », surnommée « proposition de loi anti-fast-fashion ». Alors que cette proposition attend son passage en commission mixte paritaire et a fait l’objet de réserves émises par la Commission européenne, Stop fast-fashion appelle le gouvernement à défendre le texte au niveau européen et à permettre son adoption le plus vite possible.
Lire également : Fast-fashion : où en sont les mesures politiques pour réguler le secteur en France ? 
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Fashion Revolution, un mouvement mondial pour pousser la mode au changement
Créé à la suite de l’effondrement du Rana Plaza en 2013 par les créatrices Carry Somers et Orsola de Castro, Fashion Revolution est un mouvement qui milite pour une mode durable et éthique.
Rassemblant des marques, des citoyens et des activistes politiques, le mouvement organise chaque année une campagne intitulée « Fashion revolution week » dont l’objet est d’organiser des actions pendant sept jours au mois d’avril, autour de l’anniversaire de l’effondrement du Rana Plazza. Le slogan « Who made my clothes » porté pendant cette période invite les consommateurs à s’interroger sur les chaînes de fabrication des vêtements et les marques à davantage de transparence.
Pour faire évoluer le secteur vers des pratiques éthiques et transparentes, le mouvement mise en effet sur la sensibilisation du public et sur l’information autour de l’industrie mondiale de la mode. Il collabore également avec des artistes et des activistes, mène des recherches sur les impacts sociaux et environnementaux de l’industrie textile et essaie d’influencer les marques pour les pousser au changement. À travers ses groupes nationaux, Fashion Revolution plaide enfin auprès des gouvernements pour une meilleure règlementation du secteur.
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« Anti-fashion project », une plateforme pour fédérer des initiatives de mode responsable
Initié après le manifeste du même nom, prononcé en 2015 par l’observatrice de tendances hollandaise Lidewij Edelkoort, l’« Anti-fashion project » a pour ambition de fédérer des acteurs et des initiatives en faveur d’une mode plus responsable.
Destiné aux industriels et créateurs, mais aussi aux étudiants, universitaires, entrepreneurs et citoyens, l’« Anti-fashion project » souhaite porter une vision différente de la mode en organisant des rencontres, en proposant des ateliers « destinés à éveiller à une consommation plus propre et plus raisonnée » (par exemple par l’upcycling et la réparation) et dispensant un programme de mentorat à destination de jeunes en difficultés issus des quartiers prioritaires de la ville.
Des « chantiers » sont également organisés, associant les jeunes du programme de mentorat à des marques pour créer des événements, des collaboration capsules ou des performances autour de la mode responsable.
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Clear fashion, une application pour connaître l’impact des vêtements
Clear fashion est une entreprise dont l’objectif est d’apporter plus de transparence aux consommateurs de produits textiles. Sur son application, Clear fashion permet d’évaluer l’impact social et environnemental des vêtements et des marques grâce à un système de notation intitulé le « Fashion score ».
L’entreprise a par ailleurs été impliquée dans la création de l’éco-score textile, déployé en France depuis cet automne, et se concentrant uniquement sur la dimension environnementale. Elle se positionne aujourd’hui en « relais terrain » de cet affichage, aujourd’hui facultatif pour les marques.
Dans la même veine, « Fashion checker » est un projet développé par « Clean Clothes Campaign » et qui donne accès aux données issues des chaînes d’approvisionnement des marques concernant les salaires et les conditions de travail des ouvriers.
Élisabeth Crépin-Leblond 