Pourquoi le modèle de la fast-fashion est insoutenable
Alors que les soldes viennent de débuter, la rédaction de Carenews s’est penchée sur les impacts considérables de l’industrie textile sur l’environnement et les droits humains. Décryptage.
Ce mercredi 7 janvier, c’est le début des soldes. Les enseignes de fast-fashion, ces marques qui proposent des collections de qualité médiocre renouvelées très fréquemment, vont brader encore un peu plus leurs prix. De quoi ravir des adeptes de mode à la recherche de bonnes affaires, mais avec des conséquences majeures sur le plan social et environnemental.
En Europe, les textiles constituent le quatrième domaine de consommation qui a le plus d’impact sur l’environnement, derrière l’alimentation, le logement et la mobilité. La grande majorité de ces impacts (80 %) ont lieu hors d’Europe. Les trois principaux pays depuis lesquels l’Union européenne importe des vêtements sont la Chine, le Bangladesh et la Turquie.

Une pollution majeure liée aux microplastiques
La production est le moment le plus critique d’un point de vue environnemental, responsable de 80 % des impacts, contre 14 % pour l’usage, 3 % pour la distribution et 3 % pour la fin de vie.
Pour fabriquer un vêtement, tout commence par la culture des fibres. Lorsqu’elles sont naturelles, il faut des sols, parfois beaucoup d’eau et d’intrants chimiques, responsables de diverses pollutions. La culture du coton en particulier, qui représentait environ 20 % de la production mondiale de fibres en 2023, requiert beaucoup d’eau et d’engrais, avec des risques de travail forcé et de travail des enfants.
La fabrication de polyester, qui représentait plus de la moitié (57 %) de la production mondiale de fibres en 2023, se fait à partir de pétrole, comme d’autres fibres synthétiques. De fait, elles ont généralement un impact climatique plus important que les fibres naturelles.
De plus, lors du lavage de vêtements fabriqués avec des fibres synthétiques, des microplastiques sont rejetés dans les fleuves, rivières et océans. L’industrie textile cause 16 à 35 % de la pollution mondiale liée aux microplastiques, selon l’Agence européenne pour l’environnement (EEA).
Des impacts majeurs sur les droits humains
À partir des fibres, des fils et tissus sont fabriqués. Après leur teinture, délavage, blanchissement ou encore impression, ceux-ci servent à concevoir les vêtements. L'ensemble de ces processus nécessitent là encore de l’eau, de l’énergie et des produits chimiques potentiellement toxiques pour l’environnement et la santé humaine. Le cycle de vie d’un jean vendu 20 ou 30 euros, par exemple, requiert 6 000 à 7 000 litres d’eau.
La production de textiles a également des conséquences majeures sur les droits humains. Dans l’industrie du vêtement, les salaires des travailleurs et travailleuses n’atteignent pas des niveaux décents dans 94,5 % des cas, comme le met en avant l’ONG Oxfam, qui reprend les données de la coalition Fashion checker. Le travail informel est fréquent. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) pointe également des risques d’exploitation, de travail forcé et d’enfants, d’abus ou encore de problèmes de santé liés à l’exposition à des processus dangereux.
De plus, les différentes étapes de production peuvent se dérouler dans des « dizaines de pays » différents pour un seul vêtement, souligne également l’Ademe. Ce qui cause des émissions de gaz à effet de serre liées au transport.
Les vêtements sont transportés par bateau – avec des pollutions des océans – ou par avion, pour un impact carbone 14 fois plus élevé, selon des chiffres cités par l’ONG suisse Public eye fin 2024. Dans le monde, le secteur des textiles cause 2 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre, une part qui devrait croître les prochaines années, d'après le Pnue. Elle pourrait atteindre 26 % en 2050.

Une croissance massive de la consommation
Le problème porte aussi sur les quantités produites. L’augmentation des vêtements mis sur le marché ces dix dernières années est « constante » et « s’accélère fortement » depuis la fin des années 2020, constate l’ONG Les Amis de la terre dans un rapport de 2023. Cette évolution se produit alors qu’apparaissent les enseignes d’ultra fast-fashion avec des rythmes de rotation des collections encore plus fréquents.
Chaque jour de mai 2023, la marque chinoise Shein a ajouté 7 200 modèles sur son site en moyenne, pointent les auteurs du rapport, avec parfois 10 800 modèles dans la journée. 470 000 modèles sont disponibles en temps réel, en déduisent-ils, contre 25 000 pour la marque de fast-fashion suédoise H&M.
Résultat, en raison de la mauvaise qualité des produits et de l’abondance de l’offre, un vêtement est porté en moyenne 7 à 8 fois. En France, 10 millions de pièces textiles et de chaussures neuves sont vendues chaque jour, selon Refashion, l’organisme en charge de la seconde vie des textiles. Une grande majorité des achats sont effectués à faible coût, 8,2 euros en moyenne.
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Une seconde vie compromise
Une partie de ces vêtements peut être revendue d’occasion, notamment sur des plateformes en ligne, comme Vinted. Une pratique vertueuse sur le principe mais certains consommateurs « profitent (...) des possibilités de revente pour accélérer le renouvellement de leur garde-robe », en portant « très peu » leurs vêtements « issus de la fast-fashion », pointe l’Ademe.
Le recyclage, quant à lui, peine. En France, en 2023, seuls 7,2 % des textiles d’habillement, des linges de maison et des chaussures ont été orientés vers le recyclage et 14,4 % vers le réemploi ou la réutilisation, note également l’Ademe. D’abord, ces produits sont « complexes à recycler, en raison de leur composition et leur structuration ». Ensuite, « la France n’a pas les capacités suffisantes pour réemployer, réutiliser et recycler les 270 000 tonnes de déchets textiles qu’elle parvient déjà à collecter [sur les 811 000 mises sur le marché]. Beaucoup d’entre eux sont exportés, sans connaissance effective de leur devenir ».
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Des vêtements détruits avant d’être portés
Les déchets atterrissent notamment dans les pays du Sud, pointe Oxfam. Dans les pays d'Afrique spécifiquement, « une grande partie finit par être mise en décharge, principalement dans des décharges à ciel ouvert, ou est incinérée à l'air libre, libérant directement des toxines sans filtration », note l’Agence européenne pour l’environnement.
« Le recyclage des textiles peut contribuer à la pollution de l'environnement, en particulier lorsque des processus industriels énergivores sont impliqués », prévient également Oxfam.
Une partie des produits textiles ne sont jamais portés ou utilisés : 4 à 9 % d’entre eux sont détruits avant leur usage en Europe, selon l’Agence européenne pour l’environnement, qui comptabilise les vêtements recyclés, incinérés et mis en décharge dans ces destructions. Ces destructions ont lieu après retour d’articles achetés en ligne, ou concernent des produits qui n’ont jamais été vendus, en raison des « changements rapides de mode et des nombreux nouveaux modèles mis sur le marché au cours d’une année ».
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Célia Szymczak 