Dégradation de la santé mentale des salariés : les entreprises qui agissent ont « tout à y gagner »
La moitié des salariés répondant à un sondage d’Ipsos BVA pour Empreinte humaine souffrent de « détresse psychologique ». Agir sur les conditions de travail et prendre en compte de la santé mentale renforcerait pourtant la productivité des entreprises, indique le président du cabinet, spécialiste du sujet.
La moitié des salariés français souffrent de « détresse psychologique », selon le sondage réalisé par Ipsos BVA pour Empreinte humaine, auprès de 2 000 personnes. « C’est le score le plus haut qu’on ait jamais mesuré » depuis mars 2020, date de la première des 16 éditions, commente Christophe Nguyen, président et fondateur du cabinet de conseil spécialisé, lors de la diffusion des résultats à la presse le 2 juin.
L’état de détresse psychologique est évalué par ses « manifestations » - la fatigue, la nervosité par exemple -, et non par une simple question posée aux personnes interrogées. Sans être un trouble de santé mentale, il « risque d’entraîner des problèmes plus graves », indique Christophe Nguyen : les personnes en détresse psychologique ont deux fois plus de chances de développer un trouble anxio-dépressif. 32 % des salariés interrogés sont même considérés à risque de burn-out. Près de la moitié (45 %) craint « de ne pas tenir psychologiquement au travail jusqu’au départ à la retraite ».
Pour faire face à ces enjeux, « le travail contient beaucoup de solutions », pointe le fondateur d’Empreinte humaine. 83 % des salariés en détresse psychologique y associent leur état, au moins partiellement.
Les conditions de travail en cause
« La France est particulièrement exposée aux problématiques de risques psychosociaux par rapport aux autres pays », rappelle Christophe Nguyen, psychologue du travail de formation. Directement liés aux conditions de travail, ceux-ci désignent les situations de stress ou de violence pouvant susciter des problèmes de santé. Six grands facteurs de risques font référence depuis le début des années 2010 : l’autonomie et la participation ; la nécessité de maîtriser ses émotions, face à des situations de souffrance par exemple ; l’insécurité de la situation de travail ; les rapports sociaux ; une souffrance éthique liée à une action en opposition avec ses valeurs ; l’intensité et le temps de travail.
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Des problématiques auxquelles les salariés interrogés semblent au moins en partie confrontés. La moitié d’entre eux déclarent avoir de moins en moins de temps pour effectuer un travail de qualité du fait de la quantité de travail : Christophe Nguyen observe dans les entreprises une « intensification de la charge de travail ».
De plus, 70 % des répondants souhaitent être consultés avant la prise de décision alors que 34 % déclarent l’être effectivement. Ils aspirent d’ailleurs à une consultation davantage qu’à une participation à des projets stratégiques (47 % d’entre eux l’aimeraient et 22 % l’obtiennent). 60 % des salariés témoignent en outre d’une impression « d’être de simples exécutants dans leur travail ».
En ce qui concerne la reconnaissance, 64 % voudraient des remerciements spontanés et 62 % des retours sur leur travail, 39 et 36 % en bénéficient. Pour ce qui est de l’autonomie, 61 % désirent un aménagement flexible du temps de travail, avec une souplesse sur les horaires ou le télétravail par exemple : il est effectif dans 39 % des cas. Enfin, la moitié des répondants considère que le « manque de sens ou de finalité impacte leur fierté vis-à-vis de la qualité de leur travail ».
Une dégradation des conditions de travail
Le contexte ne semble pas propice au changement. Un salarié interrogé sur deux approuve l’idée que « la succession de crises (géopolitiques, économiques, etc.) est un prétexte pour dégrader les conditions de travail ».
Pourtant, Christophe Nguyen le martèle : la santé mentale est « un vrai sujet de productivité ». Sept salariés sur dix confirment qu’ils « travailleraient mieux si les conditions de travail favorisaient une bonne santé mentale ». « Plus les salariés sont en détresse, plus ils veulent quitter l’entreprise », constate le psychologue du travail, à partir des résultats du sondage. Et plus ils reconnaissent « faire le strict minimum au travail ». Le président d’Empreinte humaine anticipe d’ailleurs une augmentation de la part des arrêts de travail pour des raisons psychologiques.
Des dispositifs de soutien
Christophe Nguyen milite pour plus de prévention. Un « mieux-être » est constaté par les sondeurs pour les salariés d’entreprises libérant du temps pour réaliser des actions de sensibilisation et d’accompagnement aux risques psychosociaux (cela arrive dans 30 % des cas). La prise en compte du « bien-être des équipes » par les managers fixant les objectifs et le recadrage des comportements et agissements sexistes (constatés par 50 et 60 % des répondants) ont également des effets positifs sur la santé mentale des salariés concernés. Il en va de même pour les salariés d’entreprises où « on peut parler sans tabou de sujets de santé psychologique au travail » (50 % des cas).
Une partie des entreprises proposent des dispositifs de soutien : une assistance sociale, du conseil juridique, l’accès à un psychologue par exemple. « Les entreprises ont tout à gagner à s’y mettre », juge Christophe Nguyen. Plus de la moitié (53 %) des salariés disent avoir fait face à des difficultés personnelles suscitant un stress intense ces douze derniers mois. Parmi eux, un sur deux s’est senti isolé ou sans soutien dans son travail (56 %) et plus d’un sur deux a craint qu’en parler affecte sa carrière (59 %).
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Célia Szymczak 