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Par Carenews INFO - Publié le 6 octobre 2026 - 15:56 - Mise à jour le 6 octobre 2026 - 16:27 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Face à la baisse des financements publics, acteurs culturels et mécènes réfléchissent à leurs relations

Des mécènes et bénéficiaires du mécénat dans le domaine culturel ont témoigné lors d’un événement organisé par le Centre français des fonds et des fondations (CFF) et le ministère de la Culture le 29 septembre.

Benjamin Blavier, le délégué général du Centre français des fonds et fondations (CFF) avec Marion Lelouvier, sa présidente. Crédit : Carenews.
Benjamin Blavier, le délégué général du Centre français des fonds et fondations (CFF) avec Marion Lelouvier, sa présidente. Crédit : Carenews.

 

Un tiers des fondations et fonds de dotation créés entre 2020 et 2025 intervient dans le domaine des arts et de la culture, apprend-on dans le Baromètre de la philanthropie de la Fondation de France. C’est le cas d’un quart de ceux créés entre 2010 et 2019. Benjamin Blavier, délégué général du Centre français des fonds et fondations (CFF), remarque « l’ampleur de la mobilisation des fonds et des fondations sur le sujet ».  

Il introduit un événement organisé le 29 septembre par le CFF avec le ministère de la Culture, au musée Guimet à Paris. Il s’agit de la première édition d’un cycle de rencontres au cours du mois d’octobre, sur le thème « Philanthropie et culture : quelles alliances pour demain ? ».  

 

Des montants largement inférieurs au soutien public 

 

« L’ambition de ce cycle de conférences n’est pas seulement de parler de financement de la culture », assure Jérôme Rivoisy, secrétaire général du ministère de la Culture. L’idée affichée est également de « construire ensemble des réponses adaptées, innovantes » aux « transformations que connaît notre société », notamment en échangeant sur ce que « la culture peut apporter aux autres causes d’intérêt général », poursuit-il. Pour autant, « le monde associatif, et plus largement les acteurs de l’intérêt général, évoluent dans un contexte budgétaire contraint », rappelle le haut fonctionnaire. Ce qui appelle selon lui de « nouveaux modèles » et de « nouvelles formes de coopérations » entre le public et le privé.  

 


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« Oui, la philanthropie doit se mobiliser, on doit pouvoir la mobiliser plus. Mais je pense qu’il est urgent que nous tous, citoyens et citoyennes, rappelions aux politiques qu’il faut de l’argent public sur le financement de la culture », a cependant précisé Benjamin Blavier un peu plus tard. Le mécénat, pour l’ensemble des causes soutenues, représentait 9,2 milliards d’euros en France en 2022. En 2024, le financement de la culture par l’État, hors dépenses fiscales, s’élevait à plus de 10 milliards d’euros et celui des collectivités en 2022 à 9,8 milliards d’euros, selon les dernières données du ministère.  

 

Un rôle pour innover 

 

Reste que le mécénat peut faire partie de la solution pour les acteurs culturels. « La lucidité nous contraint à repenser nos modèles », témoigne Pierre Lungheretti, directeur délégué du théâtre national de Chaillot. Une fondation a notamment été créée par l’institution en 2024. Dans le choix des entreprises la soutenant, « il y a des principes éthiques sur lesquels nous sommes très regardants, sur les questions d’ordre écologique, de droits humains bien évidemment, indique Pierre Lungheretti. Nous veillons scrupuleusement à ce que nos partenaires respectent ces valeurs ».  

Au-delà de l’appui financier, la présence au sein de la gouvernance de « beaucoup d’acteurs venus du privé » permet un « accompagnement plus global sur l’évolution de cette institution », avance-t-il. Il décrit leur « capacité à nous éclairer, à nous décentrer, à nous bousculer », y compris sur les méthodes de travail et de management. Un apport confirmé par Yannick Lintz, présidente du musée Guimet, en « pleine transformation de son modèle économique ». Les « partenariats avec des philanthropes », affirme-t-elle, « ce n’est pas que de l’argent, ce sont aussi des partages de valeur ». « C’est aussi repositionner le rôle des instances de l’État dans l’établissement public, dans le conseil d’administration », détaille-t-elle. 

« Notre force, en tant que fondation d’entreprise, c’est d’être dans l’agilité, la capacité à prendre des risques », considère de son côté Anne Pizet, déléguée générale de la Fondation Culture et diversité, dont la mission est de « favoriser l’accès aux arts et à la culture des jeunes issus de milieux modestes ». 

 

Des inégalités entre grandes et petites structures 

 

Pour encourager ce type de financements privés, Natacha Valla, économiste, suggère « d’aller plus loin » sur les incitations fiscales liées au don. Aujourd’hui, un don à un organisme d’intérêt général œuvrant dans le domaine culturel ouvre droit à une réduction d’impôt à hauteur de 66 % de son montant pour les particuliers et 60 % pour les entreprises. « Quid d’aller plus loin ? », interroge Natacha Valla, tout en reconnaissant que les règles fiscales françaises sont déjà « très très favorables par rapport à nos voisins ». Elle invite par ailleurs à « saisir précisément [la] valeur de la culture » pour « la rendre plus tangible », notamment en l’intégrant aux rapports extra-financiers des entreprises. Dans ces documents, obligatoires pour les plus grandes d’entre elles, les sociétés rendent compte de leur impact sur les questions sociales et environnementales. 

 


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Natacha Valla met cependant en avant les inégalités entre petites structures et grandes institutions dans la capacité à solliciter des mécènes ou des philanthropes. « On regarde le carnet d’adresses, on essaie de prendre le téléphone. Ce n’est pas très professionnalisé, tout cela. Il y a des endroits du monde où ça l’est beaucoup plus », affirme l’économiste. 

« Nous avons dû faire preuve d’une diversité, d’un dynamisme et d’une inventivité dans la recherche de nos financements », abonde Sara Dufour, directrice des programmes et curatrice à Coal, une association dont l’ambition est de mobiliser « les artistes et les acteurs culturels sur les enjeux sociétaux et environnementaux ». Elle constate notamment une « multiplication des appels à projets » visant à accorder des financements. Y répondre, sans certitude d’être retenu, est souvent jugé chronophage par les associations.  

 

Une relation basée sur la confiance 

 

Face à ces difficultés, les mécènes ont un rôle à jouer en agissant sur les modalités de soutien. « Aujourd’hui, nous nous limitions au strict minimum le nombre de documents demandés pour pouvoir instruire un dossier », garantit Pedro Costinha-Névoa, secrétaire général du Fonds Axa pour le progrès humain, structure philanthropique du groupe. « Je crois beaucoup à cette idée de dialogue », ajoute-t-il. Son ambition est de mettre en œuvre une « philanthropie basée sur la confiance », une doctrine visant à rééquilibrer les relations entre mécènes et bénéficiaires. « Nous y travaillons et je pense que c’est le futur de la philanthropie », avance encore Pedro Costinha-Névoa. 

Pour répondre aux besoins des associations, par exemple, l’un des enjeux est de s’engager sur du financement pluriannuel, leur offrant davantage de visibilité. « Je fais du mécénat depuis un certain nombre d’années et je me souviens de l’époque où nous signions des partenariats pour un an », raconte Pedro Costinha-Névoa. « Nous nous disions “un an, c’est déjà beaucoup !”, commente-t-il. Aujourd’hui, nous signons de plus en plus de partenariats sur une durée de cinq ans. » 

 


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Un rôle dans la défense des libertés associatives ?

Pour Benjamin Blavier, les mécènes peuvent aussi remplir une mission essentielle : « préserver l’indépendance des créateurs, préserver la liberté culturelle, même avec des choses avec lesquelles nous ne sommes pas forcément d'accord ». « On voit se mettre en place une forme d’empêchement pour beaucoup d’associations, la liberté de création peut être remise en cause. Il peut y avoir le risque soit de la censure – cela arrive dans certaines régions –, soit de l’autocensure », constate-t-il en effet. « On va s’interdire des formes de spectacles un peu plus téméraires, un peu plus osées, un peu plus avant-gardistes. »

Évoquant son expérience au Théâtre national de Chaillot et à la Cité de la bande dessinée à Angoulême, Pierre Lungheretti juge que « les mécènes sont très attachés à ces valeurs de liberté de création et de liberté d'expression ». « Je ne pense pas que ce soit du côté des mécènes que nous aurons des difficultés à cet égard », suppose-t-il. « On a un peu peur d’aller taper aux portes des acteurs privés, on se demande toujours s’il n’y a pas un peu un loup derrière », reconnait Sara Dufour, de Coal. Toutefois, « nous avons des rapports très heureux avec les mécènes, avec les fondations avec lesquelles nous travaillons, avec une grande liberté d’expression, une confiance », soutient-elle

 

Célia Szymczak  

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