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Par Carenews INFO - Publié le 6 juillet 2026 - 10:00 - Mise à jour le 9 juillet 2026 - 11:47 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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« Ici, c’est un tremplin pour mieux rebondir » : L’Îlot héberge des personnes sortant de prison pour aider à leur réinsertion

Dans le 11e arrondissement de Paris, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) du Chemin Vert accueille exclusivement des personnes ayant connu une période de détention, faisant l’objet d’un placement extérieur ou d’un aménagement de peine. Géré par l’association L’Îlot, le lieu a récemment fait peau neuve.

« Ici, on est libre de tout mouvement mais il y a quand même des règles et des personnes à respecter », soutient Hervé, un résident ici dans son studio. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond
« Ici, on est libre de tout mouvement mais il y a quand même des règles et des personnes à respecter », soutient Hervé, un résident ici dans son studio. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond

 

À l’intérieur du bâtiment, implanté dans le 11e arrondissement de Paris, l’heure est à la fête. L’équipe de L’Îlot, une association dédiée à la réinsertion sociale des personnes sortant de prison, s’est réunie pour célébrer la fin de la rénovation du centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) du Chemin Vert.  

Ce bâtiment, d’une capacité d’accueil de 60 places, héberge exclusivement « un public justice » masculin, soit des hommes ayant connu une période de détention, faisant l’objet d’un placement extérieur ou d’une mesure d’aménagement de peine comme un bracelet électronique.  

 

Des espaces privés et « une baisse des tensions » 

 

« On voulait que le lieu ne soit pas seulement fonctionnel mais aussi beau, digne », présente Guilhem Tabarly, directeur général de l’association. Évolution principale de la rénovation, les chambres individuelles ont été remplacées par des studios avec des kitchenettes. « Au-delà du confort, le but est que les résidents arrivent mieux à se projeter », souligne quant à lui Alix Ces, responsable des CHRS franciliens de L’Îlot. 

« Nous avons senti directement un apaisement », témoigne plus tard Ablaye Deme, un des éducateurs spécialisés, devenu aujourd’hui coordinateur social. « Le vocabulaire a changé. Avant les résidents continuaient à appeler leurs chambres “cellules”. Maintenant, ils disent “ma chambre” ou “mon appartement”. Ils sont fiers de le montrer », détaille-t-il.  

 

L'ilot studio rénové
Les chambres individuelles ont été remplacées par des studios avec des kitchenettes. Crédit : Carenews.

 

À la demande des occupants, la possibilité d’accueillir des proches au sein de l’établissement a été instaurée, sur présentation d’une pièce d’identité et sans pouvoir y passer la nuit. « Ce n’était pas forcément dans nos pratiques. Il s’agit de trouver un équilibre, en permettant à la fois d’améliorer l’accueil et l’accompagnement, tout en étant vigilants à ce qu’ils ne fassent pas rentrer n’importe qui », met en avant Alix Ces. Depuis la rénovation, lui aussi note « des différences très criantes entre avant et après ». « Les tensions ont baissé parce qu’ils se sentent bien dans leurs espaces privatifs », analyse-t-il. « Le vrai défi commence maintenant, pour réussir à faire perdurer ces améliorations », résume-t-il lors de l’inauguration.  

 


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En France, 63 % de récidive dans les cinq ans 

 

En moyenne, les personnes accueillies restent environ 16 mois au sein du CHRS. Elles y sont résident jusqu’à ce qu’elles trouvent un toit pérenne, dans le parc privé ou social. « La réussite pour nous, c’est de trouver un logement », résume Ablaye Deme. Pour ce faire, les équipes de l’association les accompagnent également dans la recherche d’emploi - à peu près la moitié y accèdent -, et d’ouverture de droits.  

« Ce qui est essentiel c’est de maintenir une dynamique et d’éviter l’oisiveté, surtout pour les jeunes qui ont fait quelques mois de détention », appuie Alix Ces. À L’Îlot, la réinsertion sociale est abordée à travers quatre piliers complémentaires : le logement, l’emploi, la santé et les liens sociaux. Des conseillers en insertion professionnelle, éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux et professionnels de santé sont mobilisés sur ces différents sujets. 

« Nous sommes convaincus de la nécessité de donner une seconde chance. De plus, la réinsertion a vocation à lutter contre la récidive qui est un problème de société. Environ 90 000 personnes sortent de prison chaque année. Si on ne fait rien, 60 % d’entre elles récidivent dans les cinq ans », souligne Siham Talea, directrice de la collecte de fonds et de la communication de l’association.  

Selon le ministère de la justice, 63 % des sortants de prison en 2016 ont commis une nouvelle infraction (crimes ou délits) dans les cinq ans suivant la libération. Un chiffre qui peut être réduit de moitié sous l’effet d’aménagements de peine, selon une étude menée en 2016. Un rapport de 2025 de la Cour des comptes concluait néanmoins à des objectifs non atteints pour les peines alternatives en France, notamment dus à des problèmes d’organisation de la justice, à une insuffisance des moyens humains et à des modalités de suivi trop limités. 

 

Addictions, isolement social, absence des codes...  

 

« Le CHRS m’a ouvert la porte sur de nombreuses choses que je ne connaissais pas », témoigne Hervé*, un des résidents de 60 ans. Après plus de trois ans en détention, il a été orienté au CHRS du Chemin Vert par l’Association pour la formation et l’aide à la réinsertion (Faire). Aujourd’hui, il a retrouvé un emploi dans son secteur d’origine : la restauration. 

« Ici, on est libre de tout mouvement mais il y a quand même des règles et des personnes à respecter », soutient-t-il. Celui qui a été élu président du conseil de vie sociale, un organe de représentation des résidents, a noué des liens avec ses « copains de l’hébergement », même si « les relations ne sont pas toujours faciles ». « Il y a des jeunes à qui je dis de se tenir tranquilles et d’essayer de travailler mais qui ne mesurent pas les conséquences. Ils n’arrivent pas à comprendre », déplore Hervé. 

« Nombre d’entre eux n’ont pas les savoirs de base : être à l’heure, comment se comporter au travail ou en société, etc. », relève Siham Talea. Selon les membres de L’Îlot, l’isolement social est un frein fréquent à la réinsertion des personnes sortant de prison. « Beaucoup n’ont plus de soutiens ou les ont épuisés. La détention éloigne », appuie Alix Ces.  

Les addictions, notamment à l’alcool et au cannabis, ou les troubles psychologiques vont également partie du quotidien des résidents du CHRS. Ils touchent « au moins la moitié du public », assure le responsable de l’établissement. « En prison, des stupéfiants circulent mais pas l’alcool. Les prisonniers dépendants sont sevrés et à leur sortie, il y a un retour de la consommation qui est fort », explique-t-il. Pour les accompagner, le CHRS fait venir des membres du Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogue (Caarud).  

 

L'Ilot
Alix Ces est responsable des CHRS franciliens de L’Îlot. Crédit : Carenews.

 

 

Un sentiment de rejet et d’exclusion 

 

Ablaye Deme remarque également des freins psychologiques, présent notamment chez les jeunes. « Beaucoup sont issus de l’immigration mais ont grandi en France. Ils ont l’impression que la France ne leur donne rien et cherchent à appartenir à une autre société mais qu’ils ne connaissent pas », rapporte-t-il. Le coordinateur social organise toutes les semaines un thé pour échanger de manière informelle avec eux.  

« J’essaie de leur montrer que ce qu’ils pensent est faux, que c’est possible pour eux de réussir et qu’il y a de nombreuses choses à leur disposition », appuie Ablaye Deme, qui est devenu éducateur spécialisé en parallèle de son carrière en tant que linguiste à l’université. Selon lui, les arguments sont plus convaincants quand ils sont portés par des personnes à qui les résidents concernés peuvent s’identifier. En raison de ses origines sénégalaises, « ils me croient plus facilement », souligne-t-il par exemple.  

Avec la fin des travaux, les responsables du CHRS espèrent reprendre certains ateliers collectifs mis en place avec des professionnels, notamment certains sur l’estime de soi. Une manière de lutter contre ce que Siham Talea appelle « des freins périphériques ». « Certains ne se rendent même pas compte qu’ils peuvent être utiles. Ils pensent que personne ne veut d’eux », détaille-t-elle. Pour leur apprendre à gérer un budget, le CHRS leur demande également de participer aux frais d’hébergement à hauteur de 15 % de leurs ressources, dès qu’ils commencent en avoir. « Chez certains, c’est la première fois qu’ils touchent de l’argent propre. Il y a une certaine fierté », note Alix Ces. 

 

L’enjeu du financement 

 

Pour la rénovation, le CHRS du Chemin vert a reçu une subvention à hauteur de 1,2 million d’euros de la ville de Paris et une autre de 1,3 million d’euros par la Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drihl) d’Île-de-France. L’Îlot, qui a accompagné 2 608 personnes en 2025, fonctionne en grande partie grâce à des financements publics. Comme de nombreuses associations, elle fait face à une baisse de ses ressources. Environ 15 % de ses revenus proviennent en outre de la collecte de fonds auprès du grand public et du mécénat.  

 


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« Nous avons un enjeu de renouvellement des donateurs au sein des générations », pointe Siham Taléa. La réinsertion après la prison est une cause qui ne fait pas l’unanimité au sein de la société comme des entreprises. « C’est plus difficile de convaincre que pour certaines causes émotionnelles, comme la recherche médicale par exemple, mais le public qui donne est plus facilement fidélisé », rapporte la directrice de la collecte et de la communication.  

 

Un travail dans la durée 

 

Au sein des personnes logées par le CHRS, les trajectoires sont variées. Les belles histoires existent, même si tous ne parviennent pas à se réinsérer. « Certains retournent en détention », confie Alix Ces. Malgré « un aveu d’échec », les professionnels exerçant dans le centre ne perdent pas espoir pour le futur de ces derniers. « Je prends souvent l’image d’un escalier dans lequel nous sommes la rampe », illustre Alix Ces. 

« Ici c’est un tremplin pour mieux rebondir », défend Ablaye Deme. « Une personne qui reste chez nous un an, sans retourner en prison, c’est déjà une réussite », appuie-t-il. « Les personnes gardent quelque chose de leur parcours de réinsertion, ce n’est pas tout à fait perdu », complète Siham Taléa.

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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