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Par Carenews INFO - Publié le 10 avril 2026 - 11:01 - Mise à jour le 10 avril 2026 - 11:37 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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L’aide publique au développement a baissé de 23 % en 2025, indique l’OCDE

Entre 2024 et 2025, l’aide publique au développement des pays membres et associés du Comité d’aide au développement de l’OCDE a baissé de 23,1 %. Une chute drastique qui fait retomber l’APD à un niveau inférieur à celui de 2019.

L’OCDE projette une nouvelle baisse de 5,8 % de l’APD du CAD en 2026. Crédit : iStock / Mariia Skovpen
L’OCDE projette une nouvelle baisse de 5,8 % de l’APD du CAD en 2026. Crédit : iStock / Mariia Skovpen

 

« Il s’agit de la plus forte contraction annuelle jamais enregistrée », rapporte l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), dans une publication du 9 avril.  

En 2025, l’aide publique au développement (APD) des pays membres et associés du Comité d’aide au développement (CAD), le forum international de l’organisation chargé de coordonner et promouvoir les politiques d’aide au développement, s’est élevée à 174,3 milliards de dollars américains, soit une baisse de 23,1 % par rapport à 2024. En 2024, elle avait déjà diminué de 6,1 %. 

« Avec cette deuxième année consécutive de recul, l’APD revient au niveau qu’elle avait atteint au début du Programme de développement durable à l’horizon 2030 », observe l’OCDE.  

Adopté en 2015 par les pays des Nations unies, l’Agenda 2030 définit 17 objectifs de développement durable afin d’accompagner une transition écologique et sociale juste au niveau mondial d’ici 2030. Ils s’appuient sur cinq grands enjeux qui sont l’éradication de la pauvreté, la protection de la planète, la prospérité pour tous, la promotion de la paix et la création de partenariats. 

  

Les États-Unis en tête de file des coupes budgétaires 

  

Alors que l’APD avait augmenté de 32,7 % entre 2019 et 2023, « portée par la réponse des membres du CAD à la pandémie de Covid-19 et à la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine », « la tendance s’est inversée », relève l’OCDE. 

Cinq pays sont les principaux responsables de cette chute de l’aide publique au développement : l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France (classés par volume d’APD par l’OCDE). Ils représentent à eux seuls 97,5 % de la baisse totale de l’APD.  

Avec une diminution de leur aide publique au développement de 56, 9 %, les États-Unis sont à l’origine des trois quarts de cette baisse. « Il s’agit de la plus forte réduction en volume jamais enregistrée par un fournisseur, toutes années confondues », relève l’OCDE. Cette diminution a pour effet de leur enlever leur statut de premier contributeur mondial à l’aide publique au développent. « En 2025, l’Allemagne est devenue pour la première fois de l’histoire le premier fournisseur d’APD du CAD, avec un total de 29,1 milliards USD », indique ainsi l’OCDE. 

 


Lire également : Trois mois après la suspension de l’USaid, l’aide humanitaire internationale fortement déstabilisée

  

D’autres contributeurs, hors CAD 

  

Huit membres du Comité d’aide au développement ont en revanche augmenté leur aide au développement. Quatre pays ont même dépassé l’objectif de 0,7 % du revenu national brut (RNB) consacré à l'APD. Il s’agit de la Norvège, du Luxembourg, de la Suède et du Danemark.  

Douze fournisseurs officiels non-membres du CAD ont également contribué à l’APD à hauteur de 13,3 milliards de dollars. Parmi eux, on retrouve les Émirats arabes unis, la Turquie, le Qatar ou encore la Croatie. 

  

Une baisse importante de l’APD bilatérale 

  

Les coupes budgétaires ont concerné en priorité l’APD bilatérale, en baisse de 26,4 % pour s’établir à 126.4 milliards de dollars. L’aide multilatérale enregistre quant à elle une diminution de 12,7 % à 47.9 milliards de dollars. Les contributions à la Banque mondiale et aux banques régionales de développement ont en revanche augmenté.

Or, le premier secteur, recevant 33, 1 % de l’APD bilatérale en 2024, était celui de l’infrastructure et des services sociaux. Le troisième était l’aide humanitaire, avec 13,2 % de l’aide publique au développement bilatérale qui y était consacrée. Au sein de ce secteur, 86,6 % des fonds étaient dédiés aux interventions d’urgence. 10,6 % étaient consacrés à la prévention de catastrophes et 2,82 % à la reconstruction et la réhabilitation. 

Toujours en 2024, les trois premiers pays bénéficiaires de l’APD bilatérale étaient l’Ukraine, l’Ethiopie et la République arabe syrienne. Ils étaient suivis du Bangladesh, du Pakistan, de l’Inde, du Nigéria, de la Cisjordanie et la bande de Gaza, puis de la République démocratique du Congo et du Kenya. 

  

Une projection de -5,6 % de l’APD du CAD en 2026 

  

« Les financements pour les services essentiels, le développement et l’aide humanitaire s’effondrent pour la deuxième année consécutive, menaçant les progrès réalisés les années antérieures et aggravant les conditions de vie de millions de personnes, en particulier des femmes et des enfants », alerte Coordination Sud face à ces chiffres. 

En 2025, l’APD bilatérale nette des pays du CAD en faveur de l’Ukraine a par exemple chuté de 38,2 % pour atteindre 10,3 milliards de dollars, sous l’effet de la baisse du soutien des États-Unis et alors même que 23 pays ont augmenté leur APD bilatérale à l’Ukraine, rapporte l’OCDE. L’APD bilatérale aux pays les moins avancés (PMA) et à l’Afrique subsaharienne a également reculé de respectivement 25,8 % et 26,3 %.  

« Ces dernières années, ces baisses bilatérales avaient été en partie compensées par une augmentation des financements concessionnels des organisations multilatérales », explique l’OCDE. Avec l’apport des institutions de l’Union européenne, l’Ukraine a ainsi reçu 44,9 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 18,7 % par rapport à 2024 et le plus important volume d’APD nette jamais versé à un seul bénéficiaire en une seule année.  

« Toutefois, l’APD multilatérale étant en recul depuis deux ans, il n’est pas certain que cette tendance se soit maintenue en 2025 », prévient l’OCDE. Les données finales publiées en 2026 « permettront une évaluation plus complète ». Pour le futur et sans tenir compte des nouvelles tensions au Moyen-Orient, l’OCDE projette une nouvelle baisse de 5,8 % de l’APD du CAD en 2026.  

 


Lire également : Aide internationale : « un plan social majeur » est en cours dans le secteur (Kevin Goldberg, Solidarités International)


  

Des propositions de Coordination Sud pour le gouvernement français 

  

« Ces reculs soulèvent des préoccupations quant à l’espace budgétaire des pays en développement et quant à l’efficacité et au potentiel catalytique de l’APD restante », analyse l’OCDE.   

« Selon une étude de l’institut ISGlobal, la baisse des financements pourrait entraîner plus de 22 millions de décès supplémentaires d’ici à 2030. Ces conséquences ne sont ni inéluctables, ni acceptables : un sursaut immédiat des pays européens, à commencer par la France, permettrait de sauver des vies » interpelle Gautier Centlivre, coordinateur plaidoyer chez Action Santé Mondiale France.

Le CCFD-Terre Solidaire dénonce de son côté « un tournant transactionnel » dans les politiques d'aide au développement. « Que ce soit le Président de la République ou le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, il est désormais assumé que l’APD doit davantage soutenir les entreprises françaises à l’étranger, ce qui est pourtant non-conforme avec les règles de comptabilisation de l’aide du Comité d’aide au développement de l’OCDE qui fixe les critères et standards de l’aide », met en avant l'organisation dans un communiqué.

Les ONG membres de Coordination Sud appellent quant à elles le gouvernement français à débloquer davantage de crédits « pour faire face à la multiplication des crises humanitaires et répondre aux besoins de développement des territoires et des populations les plus vulnérables ». Elle propose de les financer grâce aux taxes solidaires sur les billets d’avion et sur les transactions financières.

 

Élisabeth Crépin-Leblond  

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