L’ANTISÈCHE – Au fait, c’est quoi le bonus réparation ?
Créé par la loi Agec, le bonus réparation vise à encourager la réparation des objets du quotidien par une aide financière. Son déploiement fait cependant face à des freins, relèvent plusieurs associations, qui émettent des propositions pour améliorer le dispositif.
Le bonus réparation est un dispositif qui vise à favoriser la réparation des objets du quotidien grâce à une aide financière. Introduit par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), il est déployé depuis décembre 2022.
Son objectif est de « lutter contre l’obsolescence programmée et inciter les Français à avoir une consommation écologiquement responsable », selon le ministère de l’économie.
Comment en bénéficier ?
Mis en place dans un premier temps pour une trentaine de types d’appareils (appareils d’entretien, de cuisine, sport, gros électroménager, informatique, entretien du jardin...), le bonus réparation a été élargi au textile et aux chaussures en novembre 2023. Depuis 2025, environ 70 équipements électriques, électroniques et électroménager sont concernés, auxquels s’ajoutent les meubles, les outils thermiques, les textiles, le linge de maison, la lingerie et les chaussures.
Pour bénéficier du bonus réparation, il est nécessaire de se rendre chez un réparateur labellisé QualiRépar, référencés sur le site des éco-organismes comme Ecosystem ou Refashion ainsi que de l’Ademe. Plusieurs conditions sont posées à son utilisation. Par exemple, les produits ne doivent pas être sous garantie ou couverts par une assurance, doivent avoir été achetés en France, et le montant de la facture de la réparation doit être supérieure au bonus. Les équipements électriques ou électroniques ne doivent pas présenter de défaut d’entretien et le problème ne doit pas être la conséquence d’un usage non conforme.
Pour les vêtements, la ou les réparations doivent coûter au minimum 12 euros. Le bonus s’applique uniquement sur les réparations, et non les retouches, et exclut certains articles comme les vêtements en cuir, en fourrure naturelle et les vêtements techniques à usage non quotidien, par exemple les chaussures de ski. Le montant du bonus, déduit directement de la facture, varie entre 15 et 60 euros. En moyenne, il s’élève à 35 euros.
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Un financement par les producteurs, via les éco-organismes
Le financement du bonus réparation repose sur les contributions versées par les producteurs aux éco-organismes Ecosystem, Ecomaison, Ecologic ou Refashion, dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur (REP). Ces derniers abondent un fonds réparation, qui sert à rembourser les réparateurs labellisés ayant déduit le montant des bonus de leurs factures. « Indirectement, chaque consommateur participe à ce financement lors de l’achat d’un produit neuf », indique ainsi l’Ademe.
Selon l’Agence de la transition écologique, le bonus réparation a soutenu depuis son lancement près de 1,5 million de réparations pour un montant total de 63 millions d’euros. En 2025, on comptait plus de 6 500 points de réparation labellisés.
Selon Ecosystem, plus d’un million de réparations d’appareils électroniques ont bénéficié du dispositif en 2025, contre 670 000 en 2024. Les appareils les plus réparés sont les smartphones, puis les lave-linge et lave-vaisselle.
Un déploiement difficile
Certains acteurs estiment toutefois que le déploiement du dispositif reste trop faible. Si son utilisation a peu à peu progressé depuis son lancement, selon l’Ademe, seulement 5 % des Français déclarent avoir utilisé le bonus. L’objectif de 512 millions d’euros investis d’ici à 2027 est quant à lui loin d’être atteint. Fin 2025, moins de la moitié du fonds de l’électroménager avait été utilisé. Pour le textile, ce chiffre s’établit à 40 %.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette sous-utilisation. Zero Waste France estime par exemple que les montants remboursés par le bonus réparation ne sont pas assez élevés, en comparaison du prix des produits neufs, pour inciter efficacement les consommateurs à réparer. « Le bonus ne couvre pas toujours 20 % du prix de la réparation. Nous sommes loin du seuil psychologique incitatif », analysait l’association, lors de la présentation d’un rapport sur le fonctionnement des filières REP en avril. Selon une étude de l’Ademe, pour que les consommateurs privilégient la réparation, le prix de cette dernière ne doit pas dépasser 30 % de la valeur du produit neuf.
Pour l’association Halte à l’obsolescence programmée (Hop), le bonus réparation souffre d’un problème de communication. Elle souligne le chiffre indiqué par l’Ademe selon lequel 55 % des Français n’avaient pas connaissance du bonus réparation en 2024. 24 % des consommateurs et consommatrices estiment également rencontrer des difficultés en raison du manque d’information disponibles sur le dispositif. « En plus du manque d’information, le manque d’harmonisation, la dilution du bonus entre de nombreux éco-organismes ainsi que la gestion différenciée de la communication des bonus entretiennent la confusion et la difficulté de compréhension », détaille l’association qui a développé un site internet recensant les informations sur le bonus réparation. De leur côté, quatre éco-organismes ont également développé le site jerépare.fr, pour informer le grand public.
Un manque de structures labellisées
En outre, selon Hop et Zero Waste France, le nombre de structures de réparation labellisées est insuffisant. « Le constat est sans appel. Il reste encore beaucoup de réparateurs et de réparatrices à labelliser, toutes filières confondues », argumente Hop. Selon son analyse, seulement 40 % des réparateurs d’objets électriques et électroniques sont labelisées. Cette proportion tombe à 20% pour les cycles et à 10 % pour le textile et les chaussures.
« Les réparateurs doivent avancer les frais puis attendre un délai de plusieurs mois. Cela favorise les grandes enseignes », déplore de son côté Bénédicte Kjaer Kahlat, responsable juridique de Zero Waste France. Les producteurs abondant le fonds réparation ont tendance à développer leurs propres solutions de réparation à destination des clients, pour bénéficier du bonus. « Finalement, la valorisation des petits commerces et de l’artisanat de fonctionne pas vraiment », souligne Bénédicte Kjaer Kahlat.
En 2024, Hop a mené une enquête auprès de consommateurs et de réparateurs sur le fonds réparation des équipements électriques et électroniques (EEE). Selon ce document, 80 % des réparateurs EEE interrogés n’envisagent pas de se labelliser pour trois raisons principales : le coût trop important de la labellisation, la complexité du processus et le remboursement tardif des bonus avancés.
Des recommandations pour faire évoluer le dispositif
Les professionnels du secteur rappellent également « leurs difficultés à embaucher des personnes qualifiées pour faire grandir leur activité, et les enjeux de TVA qui freinent certains dans leur expansion », ajoute Hop.
Face à ces constats, l’association émet plusieurs recommandations, notamment confier à l’Ademe la mise en œuvre des fonds de réemploi, réutilisation et de réparation.
Elle propose également de mettre en place une communication nationale harmonisée et interfilière avec un nom unique pour le bonus, d’imposer aux structures labellisées de réparer toutes les marques confondues, de restreindre les conditions de proximité à 100 kilomètres entre le lieu de dépôt des produits à réparer et les lieux de réparation.
Enfin, Hop recommande de « garantir des conditions d’accès adéquate au bonus », par exemple en augmentant les montants si nécessaire, et enfin de « faire appliquer le fléchage de 5 millions d’euros du fonds vers la formation, pendant 3 ans comme prévu dans l’arrêté du 10 novembre 2023 ».
Élisabeth Crépin-Leblond 