Le Mouvement associatif élit Tarek Daher comme président et s'alarme face à « un moment très grave »
L’organe de représentation des associations françaises a organisé sa rentrée politique jeudi 8 octobre. Alors que Tarek Daher, délégué général d’Emmaüs France, a été élu pour succéder à Claire Thoury comme président, les responsables associatifs présents tirent la sonnette d'alarme sur leurs situations.
Représentant une association sur deux en France, le Mouvement associatif a organisé sa rentrée politique le jeudi 8 octobre, à Paris. L’occasion d’une passation de présidence entre Claire Thoury, élue en mai présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), et Tarek Daher, directeur général d’Emmaüs France et élu nouveau président du mouvement dans l’après-midi.
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« Je suis conscient d’une responsabilité particulière dans un moment très grave. Nous sommes en train de perdre beaucoup et sur tous les fronts », alerte Tarek Daher, après avoir salué le travail de ses prédécesseurs pour « politiser le mouvement » et « poser des valeurs dans le débat public ».
Tout au long de la soirée, au cours de laquelle deux tables rondes ont eu lieu, deux sujets d’inquiétudes ont occupé les débats : la baisse des financements publics et la perspective de l’arrivée du Rassemblement national à l’élection présidentielle.
Une baisse importante des financements publics
« Nous avons changé d’époque », abonde Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité. Fin 2025, une enquête menée par la fédération montrait que 30 % des associations étaient menacées de disparition. « Il y a un épuisement des équipes à qui on demande de faire des choses contraires au droit, comme trier les publics », dénonce Nathalie Latour.
Depuis 2024, les associations de tous horizons ont vu les financements étatiques se réduire de plus de 4 milliards d’euros, selon le Mouvement associatif. Le projet de loi de finances pour 2027, présenté par le gouvernement le 1er octobre, prévoit quant à lui de préserver globalement les crédits accordés par le ministère chargé de la vie associative mais introduit de nouvelles coupes budgétaires dans l’aide publique au développement, qui comprend le budget de l’aide humanitaire et de la solidarité internationale, et dans l’insertion par l’activité économique.
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Des menaces « culturelles » et « réglementaires »
« Nous sommes également attaqués culturellement et réglementairement », ajoute Tarek Daher, pointant à la fois la récente Une du Journal du dimanche, des discours mettant en valeur une « rigueur budgétaire » au détriment des organisations à but non lucratif ou encore l’introduction depuis cinq ans du contrat d’engagement républicain.
« Le mot d’ordre aujourd’hui c’est la conditionnalité : vous ne serez subventionnés que si vous êtes neutres ou si vous pratiquez la préférence nationale, bref si vous tordez vos valeurs », dénonce le nouveau président du Mouvement associatif, alertant sur « le risque de perdre encore plus demain ». À plusieurs reprises, le Rassemblement national a indiqué vouloir imposer un principe de « neutralité » aux associations recevant des subventions ou dont les dons ouvrent une déduction fiscale, excluant la possibilité de s’exprimer en faveur ou contre un parti politique. En 2025, Marine Le Pen avait également indiqué vouloir baisser les subventions « ne relevant pas de l’intérêt général » selon elle, par exemple les associations environnementales.
« L’ennemi réel c’est l’extrême droite qui veut la suppression de l’ensemble de nos alliances, mais notre vigilance doit aller au-delà », considère quant à lui David Cluzeau, président de l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes), invité lors d’une table ronde.
Des campagnes d’alerte qui se multiplient
Pour alerter sur leurs difficultés, mais aussi pour mieux donner à voir leur présence dans de nombreux domaines de la vie quotidienne (santé, sport, éducation, solidarité…), les associations déploient depuis l’année dernière plusieurs campagnes.
Après sa mobilisation le 11 octobre 2025 intitulée « ça ne tient plus ! », le Mouvement associatif a déployé en 2026 une campagne pour célébrer la « fierté associative ». « Nous devons reprendre la main sur le récit, être pédagogues », estime Tarek Daher. « Pour lutter contre le sentiment d’impuissance, il faut être dans le mouvement », défend quant à elle Claire Thoury en introduction de la soirée.
Le 30 juin, plusieurs organisations de solidarité internationale ont également lancé la campagne « Le fil de notre avenir », pour défendre leurs actions. « Depuis trois ans, nous assistons à un véritable démantèlement qui remet en question notre capacité à agir auprès des plus vulnérables », alerte Olivier Bruyeron, président de Coordination Sud. Selon une étude publiée en septembre par l’alliance d’ONG de solidarité internationale, 16 000 emplois risquent d’être supprimés d’ici à 2027, soit un tiers des capacités du secteur.
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Une mobilisation lancée par l’Uniopss du 12 au 17 octobre
« La seule façon de s’en sortir, c’est d’être ensemble », estime Nathalie Latour. La FAS s’apprête à se mobiliser du 12 au 17 octobre, aux côtés d’autres organisations répondant à l’appel de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss). Baptisée « Et si nous arrêtions vraiment ? », la mobilisation intersectorielle se matérialisera par des manifestations dans plusieurs villes, des arrêts de certaines activités et des messages d’alertes envoyés aux citoyens et aux décideurs publics.
« Il y a un enjeu de communication, il faut toucher le grand public », argumente à ses côtés Arnaud Tiercellin, coprésident du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire (Cnajep). Le 30 septembre, 27 organisations d’éducation populaire ont lancé une coalition pour faire du temps libre un enjeu pour la présidentielle. Arnaud Jean, président national de l’Union française des oeuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), défend lui aussi l’idée d’un plaidoyer plus ambitieux. « Il y a un amenuisement des aides à la pratique sportive malgré un enthousiasme populaire qui demande aux associations sportives de prendre davantage part aux questions sociétales », déplore-t-il.
Le Mouvement associatif prépare également de son côté des propositions en prévision de l’élection et prévoit d’organiser un débat avec les candidats en mars 2027.
Élisabeth Crépin-Leblond 