Une coalition veut faire du temps libre un enjeu pour les présidentielles
27 organisations d’éducation populaire se mobilisent « pour un nouveau temps libre », avec une campagne dédiée. Elles y voient un enjeu démocratique et social et appellent les candidats à l’élection présidentielle à se saisir du thème.
« Le temps libre est la condition pour prendre soin de soi, pour rencontrer les autres, pour participer à la vie commune. Sans temps disponible, il n’y a plus d’action collective, plus d’engagement, plus de démocratie locale », résume Didier Jacquemain, président d’Hexopée, l’organisation représentant les employeurs de l’économie sociale et solidaire dans l’animation, le sport, le tourisme et les foyers de jeunes travailleurs. « Le temps, c’est du vivant », « le temps, c’est du mouvement », « le temps, c’est des cœurs battants », peut-on lire sur des affiches derrière lui.
Avec 26 organisations de l’éducation populaire, Hexopée lance le 30 septembre la coalition « Pour un nouveau temps libre », afin de faire du sujet un « projet de société » selon les termes de David Cluzeau, son délégué général. Font partie des organisations mobilisées, par exemple, Animafac, le Mouvement associatif, France nature environnement ou la Ligue de l’enseignement.
De quoi contribuer au débat d’idées, à quelques mois de l’élection présidentielle, avec l’objectif d’obtenir des candidats la promesse d’une feuille de route interministérielle sur le sujet, puis de poursuivre la mobilisation au-delà de l’élection. « Cette conquête du temps, ou d’un autre temps, s’inscrit dans l’histoire du mouvement ouvrier aux XIXᵉ et au XXᵉ siècles », estime Didier Jacquemain, évoquant les congés payés ou le ministère du temps libre mis en place en 1981. La coalition commence par la diffusion de visuels, d’un plaidoyer et annonce celle de « cahiers du temps libre » réalisés par « des intellectuels ».
l.s conditions de l’articulation du temps de travail, du temps libre, de tous les temps, c’est une condition de la prospérité commune »
David Cluzeau, délégué général d'Hexopée
Un enjeu économique
Ses membres sont persuadés de répondre à un besoin social. « Au quotidien, la question du temps revient tout le temps : je n’ai pas le temps de t’emmener au club de foot, d’organiser des vacances comme je veux, de me former, d’aller au théâtre, justifie David Cluzeau. Le temps est avalé, aussi, par des algorithmes qui nous prennent complètement. »
40 % des personnes interrogées fin 2024 par l’Obsoco disent manquer de temps pour leurs tâches quotidiennes. Parmi les freins cités par la coalition : les inégalités de revenu, le temps de transport, les tâches domestiques ou encore « l’accès disparate aux équipements », pour les loisirs non marchands notamment.
Dégager du temps libre nécessite une « réflexion sur comment le temps de travail s’articule avec le temps personnel » de la part des employeurs, y compris ceux que représente Hexopée, continue David Cluzeau. En évoquant une réduction du temps de travail, il reconnaît « ne pas être super à la mode », mais affirme que « les conditions de l’articulation du temps de travail, du temps libre, de tous les temps, c’est une condition de la prospérité commune ».
La question du temps est « bien évidemment liée » à « la question des moyens », ajoute le délégué général de l’organisation patronale. « Sans doute que ces 35 heures, notamment dans nos secteurs, il va falloir réfléchir à mieux les valoriser et les rémunérer. » Joséphine Delpeyrat, déléguée générale du réseau d’associations étudiantes Animafac, rappelle aussi l’importance de lutter contre la précarité pour favoriser le temps libre des étudiants.
Lire également : Précarité étudiante : les associations face à un phénomène d'ampleur 
Un « service public » du temps libre
« Le sujet prospère » chez les représentants politiques, assure David Cluzeau, « on ne va pas se le cacher, plutôt sur la sphère gauche ». Il voit une « première pierre » dans la proposition de loi visant à créer un service public des loisirs éducatifs, déposée en juin dernier par la députée socialiste Florence Herouin-Léautey. Celle-ci vise à créer un droit à « l’égal accès […] tout au long de la vie, aux loisirs éducatifs qui recouvrent notamment aux pratiques et activités culturelles et sportives et aux séjours collectifs ». Pour cela, les défenseurs du texte imaginent un « service public » associant représentants des collectivités et ministères, des caisses d’allocations familiales, des associations, fondations et des jeunes, dans le but d’organiser des activités de « loisirs éducatifs ».
Le « nouveau temps libre » peut prendre d’autres traductions concrètes. Par exemple, si David Cluzeau pense nécessaire l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans voulue par le président de la République, Emmanuel Macron, il considère que « l’interdiction absolue d’un certain nombre de choses ne va pas suffire. Il faut réfléchir à ce que l’on fait d’un temps libéré ». Il voit d’un bon œil des dispositifs comme le Pass culture, le Pass sport ou le service civique, mais déplore qu’ils soient « toujours mis en danger car on ne les a jamais pensés dans une politique générale de l’accès au temps ».
Une politique du temps libre requiert en outre la « garantie » des financements concernant l’éducation populaire, aux yeux de la coalition. « À travers les colonies, accueils de loisirs, clubs sportifs, pratiques culturelles, centres sociaux et projets associatifs, elle crée les conditions de l’émancipation, du lien social, de l’apprentissage et de la participation démocratique », argumentent ses membres.
Lire également : Les Maisons des jeunes et de la culture face à des freins politiques et économiques 
Célia Szymczak 