Les jeunes perçus comme d’origine étrangère davantage discriminés dans l’emploi, alerte la Défenseure des droits
Dans un rapport publié le 26 février, la Défenseure des droits dresse un état des lieux des discriminations liées à l’origine. Du stage au premier emploi, les jeunes d’origine étrangère ou « perçus comme tel » témoignent de nombreuses discriminations, montre l’autorité administrative indépendante. Elle appelle les pouvoirs publics et les employeurs à agir.
« Les jeunes d’origine étrangère ou perçus comme tels sont particulièrement exposés à la précarité et à l’instabilité des emplois (contrats courts, mission d’intérim, emploi partiel, périodes de chômage) et subissent massivement des discriminations dans le domaine professionnel », analyse la Défenseure des droits dans un rapport publié le 26 février.
L’autorité administrative indépendante se fonde notamment sur le 18e baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi, publié en décembre 2025. 41 % des jeunes se déclarant comme noirs, arabes ou maghrébins disent avoir été discriminés dans la recherche d’emploi au cours des cinq dernières années, d’après ce sondage. 33 % des jeunes de ces mêmes catégories déclarent également avoir subi des discriminations dans le déroulé de leur carrière, contre 18 % et 27 % des jeunes se déclarant blancs.
Ces discriminations s’inscrivent dans un contexte plus large de « précarisation de l’emploi et de tensions fortes sur le marché du travail » constituant, selon la Défenseure des droits « un terreau propice aux discriminations ».
Des discriminations dès la recherche de stage
Ces dernières débutent dès la recherche de stage, alors même qu’ils « conditionnent souvent les opportunités futures d’insertion professionnelle sur le marché du travail », soulignent les auteurs du rapport. La Défenseure des droits cite un autre rapport, non publié, réalisé par l’inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) en 2000. Il « avait mis en lumière le caractère massif des discriminations dans l’accès aux stages et avait donné lieu à l’inscription dans la loi du 16 novembre 2001 de l’interdiction pénale des discriminations dans l’accès aux stages et la formation professionnelle ».
« Vingt ans plus tard, la réalité semble avoir peu évolué », dénonce l’autorité administrative indépendante. Selon le 14e baromètre de la perception des discriminations, publié en 2021, « 17 % des jeunes ayant déclaré une discrimination dans l’emploi rapportent l’avoir vécue lors de la recherche d’un stage ».
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Une autre étude, datant de 2009 et portant sur les lycéens professionnels et les étudiants de BTS, montrait quant à elle que les jeunes dont au moins un des deux parents était né hors France métropolitaine devaient envoyer davantage de candidatures. 21 % ont été contraints d’envoyer plus de 10 candidatures pour trouver un stage contre 13 % pour les enfants dont les deux parents étaient nés en France. Ils étaient également « presque deux fois plus nombreux à avoir essuyé plus de 10 refus que ces derniers ».
Les jeunes filles particulièrement ciblées
Ces discriminations se manifestent également lors de la recherche d’un contrat d’apprentissage. « Des études révèlent un accès différencié selon l’origine au contrat d’apprentissage et une sous-représentation des jeunes immigrés ou descendants d’immigrés dans ces formations », rapporte la Défenseure des droits.
« Les jeunes filles d’origine africaine ou maghrébine déclarent notamment subir des discriminations fréquentes liées à leur origine dans l’accès à l’apprentissage », souligne la Défenseure des droits. Dans certains secteurs, comme la coiffure-esthétique-cosmétique ou le médicosocial, « les employeurs justifient souvent leurs refus par les attentes discriminatoires des clients ou des patients ».
Le secteur public également concerné
Une fois les études terminées, ces discriminations se poursuivent. « Les jeunes d’origine étrangère, ou perçus comme tels, connaissent une période d’insertion professionnelle plus difficile que les autres et doivent faire face à de fortes discriminations liées à leur origine réelle ou supposée lors des premières années de leur vie active », souligne ainsi la Défenseure des droits.
Selon le baromètre des discriminations dans l’emploi de l’année dernière, l’origine et la couleur de peau sont rapportées comme motifs de discrimination par 21 % des personnes discriminées à l’embauche et constituent le second critère mentionné, après l’âge. « Un testing récent ciblant 11 catégories de métiers différents du privé a ainsi montré qu’en moyenne, à qualité comparable, les jeunes âgés de 21 à 30 ans dont le CV suggère une origine maghrébine ont 33,3 % de chances en moins d’être contactés par les recruteurs que ceux portant un prénom et nom d’origine française », ajoute la Défenseure des droits. Ces discriminations affectent le secteur privé mais aussi public, précise-t-elle toutefois.
Elles sont vécues de manière différente, selon le genre et l’origine migratoire des jeunes. Par exemple, « bien que parcellaires, les études semblent indiquer que les jeunes d’origine subsaharienne sont plus fortement discriminés à l’embauche que les jeunes d’origine maghrébine ». Les jeunes ultramarins vivent également des discriminations qui « semblent légèrement moins fréquentes que celles vécues par les personnes originaires d’Afrique du Nord ou subsaharienne » mais « restent massives ».
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Un appel à l’action des pouvoirs publics et des employeurs
Les discriminations se manifestent dans la sélection des CV mais aussi lors des entretiens pour un poste ou une promotion. « Les jeunes perçus comme non blancs sont davantage confrontés à des propos stigmatisants et des exigences discriminatoires de la part du recruteur », précise la Défenseure des droits en se fondant sur le baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi de 2021.
Cette situation conduit à des difficultés d’accès à un emploi stable mais aussi à des pénalités salariales.
Confrontés à des discriminations, certains jeunes d’origine étrangère ou perçus comme tel se tournent alors vers l’intérim ou l’entrepreneuriat. Ces choix leurs permettent de contourner les obstacles mais « peuvent souvent les confiner dans des formes d’emploi instables, précaires et dégradées, où les discriminations liées à l’origine persistent », analyse la Défenseure des droits.
Face « à l’ampleur de ces discriminations et aux conséquences sur les parcours professionnels et la santé de ces jeunes », elle appelle les pouvoirs publics et les employeurs à agir. Elle demande la mise en œuvre « de véritables plans d’action pour lutter structurellement contre ces discriminations dans l’emploi ».
Élisabeth Crépin-Leblond 