Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 23 septembre 2026 - 19:51 - Mise à jour le 23 septembre 2026 - 19:52 - Ecrit par : Célia Szymczak
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Logements, écoles, hôpitaux : des organisations se mobilisent pour l’adaptation aux canicules

Des associations, syndicats et collectifs se réunissent pour appeler les candidats à l’élection présidentielle de 2027 à prendre des engagements sur l’adaptation des logements et des lieux d’enseignement et de santé au réchauffement climatique. Ils alertent sur les conséquences des records de chaleur de cet été.

Les représentants et représentantes du Réseau action climat, d'Oxfam, de la Fondation pour le logement des défavorisés, du Snes-FSU, de Locataires ensemble et de Faites la briller, accompagnés d'une médecin. Crédit : Carenews.
Les représentants et représentantes du Réseau action climat, d'Oxfam, de la Fondation pour le logement des défavorisés, du Snes-FSU, de Locataires ensemble et de Faites la briller, accompagnés d'une médecin. Crédit : Carenews.

 

 

« C’est le seul sujet sur lequel je mens à ma fille, confie Sara Verhagen. Je minimise car je ne veux pas créer chez elle une éco-anxiété », une anxiété liée au réchauffement climatique. Cette mère a rejoint le collectif de parents d’élèves Faites la briller, qui se mobilise pour l’adaptation de l’école aux conséquences de la hausse des températures. Cet été, lors de la création du mouvement « dans l’urgence », « des salles de classes étaient à 34 degrés le matin et montaient dans la journée », raconte Sara Verhagen. « Je fais partie des parents privilégiés qui ont pu s’organiser pour travailler de la maison et qui avaient un espace extérieur ». Mais d’autres devaient les emmener à l’école ou les laisser seuls chez eux, dénonce-t-elle.  

« Nous avons vécu un été particulièrement inédit et dramatique », pointe Anne Bringault, responsable des programmes du Réseau action climat (RAC), qui réunit 27 ONG environnementales. Il a été le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, selon Météo France. Trois vagues de chaleur ont duré 53 jours, un nombre inédit ; la sécheresse des sols a été « sans précédent » ; et des incendies « aggravés par les conditions climatiques » ont conduit à ce que la surface brûlée ait été « la plus importante jamais enregistrée ».  

Anne Bringault appuie sur les « conséquences dramatiques » de cet été, « des catastrophes humaines d’une ampleur énorme », avec une surmortalité qui a concerné plus de 8 000 personnes. « Le pays n’était pas préparé », fustige la spécialiste des questions climatiques, mettant en cause « une non prise en compte de ces enjeux par la classe politique ». Le RAC lance avec d’autres organisations l’initiative « Écoutez nos voix et agissez », le 23 septembre. Objectif : « interpeller les candidats et candidates à l’élection présidentielle pour leur rappeler les vraies préoccupations des Françaises et des Français ». 

 

Une mobilisation pour l’école 

 

« Nous avons été surpris de voir la diversité des acteurs qui ont rejoint cette initiative », indique Anne Bringault. Les associations environnementales militent aux côtés d’organisations de lutte contre la pauvreté et les inégalités, de professionnels de santé et ou encore de syndicats, dont les représentants sont signataires d'une tribune.  

Cyril Verlingue représente par exemple le Snes-FSU, le premier syndicat des enseignants du second degré. Malgré les alertes « depuis longtemps », « rien n’a réellement été fait » par les autorités, assène-t-il, confirmant les dires de Sara Verhagen. Il se montre notamment critique de « l’individualisation » de la gestion de la canicule par établissement et demande des mesures nationales, assorties de plans de financement. « Les élèves perdent des heures de classes, poursuit le responsable du groupe écologie du syndicat. Cela renforce les inégalités sociales et scolaires ». Entre le 18 et le 19 juin dernier, 88 % des collèges et lycées ont déclaré au Snes-FSU que les températures de leurs classes ont dépassé les 30 degrés.  

La coalition d’ONG mobilisées considère que les candidats à l’élection présidentielle doivent intégrer l’enjeu de l’adaptation aux fortes chaleurs de « tous les lieux d’enseignement » dans leurs programmes.  D’ici à la fin du prochain quinquennat, exige-t-elle, des brasseurs d’air, pare-soleils doivent être déployés, une aération mise en place et la rénovation des bâtiments doit s’accélérer.  

 

Transformer l’action publique 

 

Mais le problème ne s’arrête pas aux portes des établissements scolaires, loin de là. Les ONG formulent les mêmes demandes pour les établissements hospitaliers. 

La médecin Anne Sénéquier, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), rappelle l’impact de la canicule sur les plus jeunes et les plus âgés, mais également sur les personnes souffrant de maladies, y compris psychiatriques. « Nous ne vivons pas tous les 38 degrés de la même manière, pour des raisons médicales, mais aussi pour des raisons sociales », souligne-t-elle. Et les conséquences durent. « Énormément de patients arrivent avec une sorte de dette physiologique de cet été », remarque la professionnelle de santé.  

Dans la réponse aux canicules, « il y a des progrès depuis 2003, estime Anne Sénéquier. Mais on est malgré tout sur une responsabilisation individuelle. On va vous dire : “aérez vos logements, prenez soin des gens qui sont autour de vous, hydratez-vous" ». Elle défend au contraire le passage « d’un modèle de gestion de crise à un modèle d’habitabilité de notre quotidien », insistant sur le fait que les « vagues de chaleur vont être plus fréquentes » mais aussi « plus intenses ». 

 

Adapter les logements 

 

 « Mon thermomètre a pu atteindre 37,5 degrés dans mon salon parce qu’il n’est pas rénové. C’est juste un enfer. On ne peut pas travailler, on ne peut pas dormir  », observe Salim Poussin, coprésident du collectif Locataires ensemble, qui fédère des syndicats de locataires. « Il y a des responsables », accuse-t-il. « L’argent est déjà là. Il est présent dans nos loyers. Un loyer, avant de nourrir le mode de vie d’une personne qui profite du système de rente immobilière en France, il doit servir à ce que nos logements soient adaptés ». Locataires ensemble pense nécessaire la création d’un droit à ne pas le payer en l’absence de rénovation, ainsi qu’un droit à la rénovation.  

 


Lire également : Bouilloires thermiques : associations et citoyens se mobilisent pour faire changer les règles 


 

Un logement sur deux « peut se transformer en bouilloire thermique », rappelle Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés. Cet été, « des personnes sont mortes, fautes d’avoir été protégées, prises au piège dans leur logement bouilloire », rapporte-t-il, alertant également sur la situation des personnes sans domicile. Il déplore les coupes budgétaires dans le dispositif « MaPrimeRénov’ », une aide publique pour la rénovation énergétique des logements, ou dans le Fonds vert, destiné à soutenir les investissements des collectivités territoriales pour la transition écologique.  

La coalition souhaite au contraire davantage d’engagement public. À la fin du prochain quinquennat, « chaque foyer » doit disposer d’un logement « habitable » pendant la canicule, avec volets et ventilateurs de plafond « a minima » et en accélérant là encore les rénovations, revendique-t-elle.  

 

Des mobilisations citoyennes 

 

Malgré la situation, Christophe Robert signale un « désintérêt politique » sur ces questions, après avoir rencontré les personnalités en campagne présidentielle. « Nous allons demander des rendez-vous aux candidats, évidemment, pour que leurs programmes et leurs discours intègrent ces enjeux », prévient Anne Bringault. 

« Les citoyens de ce pays ont mûri plus vite leurs réflexions que les responsables politiques. Il y aura un avant et un après été 2026 », dont « chacun a une expérience intime », veut croire Cécile Duflot, la directrice générale de l’ONG de solidarité Oxfam France.  Rappelant que « ne pas investir coûte plus cher » et que les politiques de lutte contre le changement climatique sont « rentables », l’ancienne ministre écologiste ajoute que « chaque mois de retard, ce sont des vies qui sont impactées ».  

De quoi faire pression sur les décideurs ? Pour avoir en une idée, rendez-vous le 26 septembre. Des mobilisations citoyennes « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale » sont prévues dans 260 villes. 

 

Des acteurs mobilisés contre le Rassemblement national (RN) 

Le Réseau action climat ne rencontrera pas les représentants du Rassemblement national (RN), ni les autres candidats d’extrême droite. « Les valeurs du RN sont totalement opposées à ce qu’il faut faire pour lutter contre le changement climatique », énonce Anne Bringault.

Même son de cloche pour le syndicat Snes-FSU ou la Fondation pour le logement des défavorisés.  « Il y a des projets politiques qui sont orthogonalement opposés à ce que nous défendons », martèle Christophe Robert, qui précise « qu’il n’y a pas d’attaque contre les électeurs ». Oxfam, sur la même ligne, veut « tout faire pour empêcher le RN et ses alliés de progresser », garantit Cécile Duflot.

 

Célia Szymczak 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer