Les Entreprises s’engagent veulent lever les freins liés à la « complexité » de la RSE
Un baromètre publié par Les Entreprises s’engagent met en lumière des freins à l’engagement social et environnemental partagé par les entreprises. Pour y répondre, le groupement d’intérêt public défend une démarche de « pédagogie » et d’incitation, dans un contexte « de transition ».
« Essayer de rendre simple un sujet que l’écosystème a rendu complexe ». C’est ainsi que Sylvain Reymond, directeur général de la communauté Les Entreprises s’engagent, présente l’objectif du Portail RSE.
Cette plateforme en ligne a été développée pendant trois ans sous forme d’expérimentation par le ministère de l’Économie et des Finances, en collaboration avec la Direction interministérielle du numérique. Elle vise à aider les entreprises à connaître les obligations sociales et environnementales auxquelles elles sont soumises et à leur permettre de centraliser leurs données extra-financières. Depuis début octobre, le Portail RSE a été repris par Les Entreprises s’engagent avec la Banque publique d’investissement (BPI France) et la Direction générale des entreprises (DGE).
Des entreprises prêtes à s’engager, selon un baromètre
« Le champ de la RSE a développé une complexité, avec une multiplication des références, des labels et des certifications. Cette complexité ne rend pas service à la cause », estime Sylvain Reymond. Le Portail RSE s'adresse ainsi particulièrement aux très petites entreprises (TPE) et aux petites et moyennes entreprises (PME) en permettant de compléter le standard européen de durabilité VS, ex-VSME, qui leur est dédié.
Selon un baromètre réalisé par Les Entreprises s’engagent avec Ipsos BVA et publié le 3 novembre, 92 % des entreprises jugent les enjeux sociaux incontournables et 90 % pensent la même chose pour les enjeux environnementaux. Mais 84 % estiment également que les engagements sociaux et environnementaux sont difficiles à mettre en place et seuls 38 % des dirigeants se sentent soutenus dans la mise en place de pratiques sociales et environnementales plus respectueuses. Ces chiffres sont le résultat d’une enquête menée auprès de 401 dirigeants et membres du comité de direction entre le 24 août et le 11 septembre.
« Parmi les freins cités, la réglementation arrive en tête, puis le frein financier », affirme Sylvain Reymond.
La simplification, un enjeu complexe
Fort de ce constat, le directeur général de la communauté Les Entreprises s’engagent défend la nécessité de rendre plus accessibles les normes et incitations liées à l’engagement des entreprises. « Il y a un vrai travail de pédagogie et de création d’un langage commun à mener », défend-il. Selon le baromètre, 35 % des dirigeants attendent d’une communauté comme Les Entreprises s’engagent de simplifier les dispositifs. 35 % souhaitent qu’elle favorise le dialogue avec l’État et 34 % qu’elle les informe sur les moyens d’agir.
Dans le secteur de la RSE, la « simplification » des normes a pourtant conduit ces dernières années à un certain nombre de reculs réglementaires. À l’échelle de l’Union européenne, l’initiative législative Omnibus a par exemple conduit en 2025 à une diminution des champs d’application des directives CSRD et CS3D, portant respectivement sur le rapport de durabilité et le devoir de vigilance des entreprises.
Lire également : Rapports CSRD des entreprises : une « transformation est en cours » sur les enjeux écologiques et sociaux ![]()
Un processus qui avait alors soulevé l’inquiétude de plusieurs acteurs militant pour l’engagement des entreprises. « Si nous saluons la démarche visant à optimiser la mise en œuvre de certaines réglementations de durabilité, nous rappelons que celle-ci ne doit pas conduire à un renoncement des ambitions environnementales et sociales de l’Union européenne », avaient par exemple souligné neuf organisations dont le Mouvement Impact France et la Communauté des entreprises à mission.
Des missions fondées sur le volontariat
« Il y a des entreprises qui louent les vertus de cette simplification », tempère Sylvain Reymond. Tout en défendant le maintien « d’un seuil de l’engagement » garanti par la réglementation, le directeur général des Entreprises s’engagent préfère miser aujourd’hui sur le volontariat des entreprises plutôt que sur les obligations pour progresser dans la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux. « Nous cherchons à enclencher un mouvement de passage à l’action. Nous croyons en la vertu du partenariat avec les dirigeants d’entreprise », défend-il, dans un moment qu'il qualifie « de transition ».
Créée en 2018 dans la lignée de la loi Pacte, la communauté Les Entreprises s’engagent, dont la forme juridique (actuellement un groupement d’intérêt public) est en cours d’évolution, rassemble aujourd’hui 110 000 entreprises, sur plus de 5,5 millions économiquement actives en France selon l’Insee. À travers des antennes locales, il propose aux acteurs économiques différentes actions d’engagement pour l’emploi des différents publics, la qualité de vie au travail ou la protection de l’environnement.
Après plusieurs années à chercher à toucher davantage des structures, la direction du groupement mise aujourd’hui sur le travail en profondeur des engagements des entreprises impliquées. Pour pousser à l’action, Les Entreprises s’engagent organise le 4 février 2027 un « Sommet des leaders engagés », en partenariat avec le laboratoire d’idées l’Institut Choiseul et le journal La Tribune dimanche. Le thème de cette journée qui se tiendra au Palais de la Bourse de Lille : « Prenez le pouvoir d’agir ».
L’engagement des seniors : une cause en recul
Au-delà de mobiliser les entreprises, « notre rôle est aussi de faire valoir des solutions auprès de la puissance publique », met en avant le directeur général du groupement, qui dépend du ministère du Travail avec une présence de la Direction générale des entreprises.
Selon le baromètre, les causes les plus défendues par les entreprises en 2026 sont celle de l’égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les discriminations, la qualité de vie au travail et l’inclusion professionnelle de la jeunesse. La prise en compte de la transition écologique progresse, au contraire de l’engagement pour l’emploi des seniors qui recule.
« Au niveau global, le sujet qui revient plus sur la table est celui des jeunes, peut-être au détriment des seniors. Nous essayons donc de porter le sujet intergénérationnel qui nous semble être la bonne réponse », argumente Sylvain Reymond. Selon ce dernier, les entreprises membre de la communauté recrutent trois fois plus de seniors en moyenne que les autres.
Lire également : Le mécénat de compétences de fin de carrière, un « nouvel élan de vie » pour les seniors ?![]()
Un effet sur la performance ?
Toujours selon le baromètre, 21 % des entreprises interrogées ayant mis en place des actions sociales ou environnementales disent constater par ailleurs un effet positif sur leur performance, contre 17 % en 2025. Ce chiffre monte à 37 % dans les entreprises de 100 salariés et plus. À l’inverse, 5 % des entreprises interrogées ayant mis en place des actions constatent un effet négatif.
87 % des entreprises souhaitent également davantage intégrer la dimension territoriale à leur engagement, en ayant recours à des prestataires locaux ou en favorisant l’emploi de proximité par exemple. Les bénéfices attendus de ce rapprochement entre entreprise et territoires sont le soutien à l’emploi et à l’économie locale pour 56 %, la réduction de l’empreinte carbone pour 39 % et l’amélioration de la compétitivité pour 32 %.
Élisabeth Crépin-Leblond ![]()