Semaine de l’ESS à l’école : « Le but est de montrer qu’il y a un autre modèle que l’entreprise capitaliste » (Sylvie Emsellem, L'Esper)
La dixième édition de la Semaine de l’économie sociale et solidaire (ESS) à l’école se déroule du 23 au 28 mars. Sylvie Emsellem, déléguée nationale de l’association L’économie sociale partenaire de l’école de la République (L’Esper), qui l’organise, présente le projet à Carenews.
- Carenews : En quoi consiste la Semaine de l’ESS à l’école ?
Sylvie Emsellem : À l’Esper, nous montons des actions d’éducation à et par l’ESS dans des établissements scolaires, avec pour finalité politique l’émancipation collective des élèves.
Nous avons deux actions phares : le programme « Mon entreprise sociale et solidaire à l’école » et la Semaine de l’ESS à l’école. « Mon entreprise sociale et solidaire à l’école » dure une année durant laquelle nous faisons monter une action aux élèves. Le pari est que les élèves vont comprendre ce qu’est l’ESS parce qu’ils vont l’éprouver. En montant un projet sur un territoire avec des outils pédagogiques adaptés, ils vont vivre la démocratie, l’utilité sociale, la lucrativité limitée et donc finalement comprendre ce qu’est l’ESS.
La Semaine de l’ESS de l’école, quant à elle, est inscrite dans le calendrier académique et a toujours lieu la dernière semaine de mars. Lors de cet évènement, nous faisons feu de tout bois et montons différentes actions liées à l’économie sociale et solidaire avec les enseignants. Ceux qui souhaitent participer prennent contact avec nous. Soit les enseignants ont déjà une idée d’acteur de l’économie social et solidaire auquel ils veulent faire appel, soit nous les mettons en contact avec un acteur de leur région. Ils construisent ensuite un projet avec cet acteur pour leur classe.
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- Pouvez-vous donner quelques exemples concrets d’actions réalisées ?
Par exemple à Toulouse, des élèves d’un lycée professionnel collectent des bouchons en plastique à destination d’une association qui travaille pour l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées. À Aubervilliers, nous avons accompagné avec des cartes pédagogiques des élèves sur un projet qui devaient répondre aux besoins du territoire. Ils ont exprimé le souhait de réaliser une action de lutte contre la pauvreté et contre le racisme.
À Vezoul, des élèves vont visionner le film Bigger than us [NDLR : explorant l’engagement de différents jeunes pour l’environnement et les droits humains à travers le monde]. Ensuite l’association Tremplin pour une économie responsable de l’environnement et solidaire (Terres) va discuter avec eux, à partir de ce film, de questions liées à l’économie rurale, l’alimentation durable et la protection de l’environnement. Autre exemple, à Avignon, des élèves d’école élémentaire ont collecté des denrées alimentaires non périssables pour une banque alimentaire du Vaucluse.
- Combien d’établissements sont impliqués cette année ?
Au moment où je vous parle, il y a 127 actions mises en œuvre. Cela représente à peu près 6000 élèves touchés et 80 acteurs de l’ESS qui participent.
89 lycées sont impliqués, dont 45 lycées pros, ainsi que 27 collèges, 4 écoles primaires et 4 établissements du supérieur.
Ma conviction est qu’après avoir réalisé une action comme celles de la Semaine de l’ESS à l’école, il en restera quelque chose.
Sylvie Emsellem
- Comment réagissent les élèves à ces actions ?
Déjà, ils découvrent ce qu’est l’économie sociale et solidaire. Le but est de leur faire éprouver, pour que ça ne soit pas abscons. Souvent, les élèves ne sont pas d’accord entre eux tout de suite, plusieurs projets émergent, mais à la fin ils doivent choisir collectivement un projet.
C’est parce qu’ils ont vécu, ont travaillé sur un projet ou se sont déplacés pour rencontrer une association qu’ils savent que ces initiatives sont de l’économie sociale et solidaire. Cela leur donne ensuite la possibilité de se projeter dans ce périmètre.
- Pourquoi s’adresser à des jeunes de cet âge ?
Le but est de montrer qu’il y a d’autres modèles que l’entreprise capitaliste, que l’émancipation peut être collective, par le groupe. Dans un monde de l’individualisation et de l’atomisation, il s’agit de servir d’autres valeurs.
Ce n’est pas forcément dans l’air du temps. Les jeunes évoluent dans une société de consommation, ils en sont empreints, comme tout le monde. Ma conviction est qu’après avoir réalisé une action comme celles de la Semaine de l’ESS à l’école, il en restera quelque chose.
Il s’agit également de leur faire connaître les statuts de l’ESS : associations, coopératives, mutuelles, et de montrer que l’articulation entre ces statuts et les principes permettent un autre modèle économique.
- Cette année a lieu la dixième édition de la Semaine de l’ESS à l’école. Quel bilan depuis 10 ans et quelles perspectives pour le futur ?
D’abord, notre souhait est d’arriver à faire vivre ces actions, les faire tenir dans le temps et ancrer la Semaine de l’ESS à l’école pour qu’elle devienne un rendez-vous annuel. C’est déjà bien dans une période compliquée avec la réduction des financements publics. Dans notre cas, nous avons vu nos financements réduits de moitié l’année dernière.
Ensuite, il y a très peu d’ESS dans les programmes scolaires. L’enjeu est donc d’autant plus fort à la faire connaître. Pour le programme « Mon entreprise sociale à l’école », nous réalisons des études d’impact, avec des évaluations avant et après. On voit que, grâce à la mise en oeuvre de ce programme, le climat scolaire s’améliore et que certains élèves en difficulté du point de vue des résultats arrivent à trouver une place, ce qui est valorisant. De plus, les pédagogies coopératives mises en œuvre sont appréciées par les enseignants. Plus de 90 % d’entre eux demandent à y être formées ensuite.
Propos recueillis par Élisabeth Crépin-Leblond 