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Par Carenews INFO - Publié le 14 septembre 2026 - 16:57 - Mise à jour le 14 septembre 2026 - 17:04 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Précarité étudiante : les associations face à un phénomène d'ampleur

Pour lutter contre la précarité étudiante, qui entraîne des conséquences sur la santé et les parcours des concernés, des associations d'entraide se sont développées. C'est notamment le cas de Cop1 Solidarités étudiantes, qui devant l'ampleur du phénomène, plaide pour une réforme du système.

Un étudiant sur quatre déclare rencontrer des difficultés économiques importantes, selon l’Observatoire national de la vie étudiante. Crédit : iStock / dragana991.
Un étudiant sur quatre déclare rencontrer des difficultés économiques importantes, selon l’Observatoire national de la vie étudiante. Crédit : iStock / dragana991.

 

En 2020, la pandémie de Covid-19 a braqué les projecteurs sur la précarité vécue par de nombreux étudiants. Six ans plus tard, la situation n’a pas perdu de son ampleur, témoigne Jeanne Pellen, responsable des relations publiques chez Cop1 Solidarités étudiantes. 

Créée lors de la crise sanitaire, l’association d’entraide entre étudiants a depuis développé des antennes dans 30 villes de France. Elle y propose des distributions alimentaires, vestimentaires et de produits d’hygiène gratuites, sans conditions autres que celle d’être étudiant ou d’avoir moins de 26 ans.  

 

« Une bombe à retardement » sur la santé des étudiants 

 

Un étudiant sur quatre déclare rencontrer des difficultés économiques importantes, selon l’Observatoire national de la vie étudiante. Près de la moitié de ceux en situation de précarité sautent des repas pour des raisons économiques. Pour répondre à cette situation, plusieurs autres associations comme Cop1 ont vu le jour ces dernières années, par exemple Studhelp ou Delivr’aid. « Il y a beaucoup d’étudiants qui ne matérialisent pas qu’ils sont en situation de précarité malgré les difficultés. Il y a une forme de banalisation sous couvert de "c’est normal de galérer quand on est étudiant” », remarque quant à elle Jeanne Pellen. 

La précarité vécue par les étudiants a pourtant des nombreuses conséquences. « C'est une bombe à retardement. Nous sommes en train de préparer des adultes en mauvaise santé », alerte Chantal Stheneur, médecin pédiatre et de l'adolescent, professeure des universités et membre de la Fondation santé des étudiants de France (FSEF). Confrontés à des difficultés financières, les étudiants sont susceptibles de développer des problèmes de santé mentale comme de l'anxiété et de la dépression, mais aussi de santé physique. 

« Il y a des troubles du sommeil importants qui peuvent se développer, en lien avec la santé mentale ou à cause d'un logement inadéquat », détaille-t-elle. L'incapacité de pratiquer une activité physique, par manque d'argent ou de temps notamment à cause du cumul études-travail, et l'absence d'alimentation de qualité produisent également des effets délétères à long terme.  

 

Des impacts sur les parcours d'étude 

 

Le manque de suivi médical régulier et le renoncement aux soins entraînent quant à eux des risques de développement de maladies non traitées, des retards vaccinaux ou l'absence de prévention suffisante. Pourtant, la spécialiste dénonce des « services de santé étudiants très sous-dotés et en manque d’effectifs » dans les universités. 

Les conséquences de la précarité se font également directement ressentir dans les parcours d'études. Selon l'édition 2025 du baromètre réalisé par l'Ifop pour Cop1 Solidarités étudiantes, auprès d'un échantillon d'étudiants représentatifs de la population générale et d'un échantillon d'étudiants bénéficiaires de l'association, 32 % des étudiants ayant recours à l’aide alimentaire ont redoublé une année, contre 17 % pour ceux n’y ayant pas recours

« Il y a un cercle vicieux qui s'installe car l'échec académique tend à aggraver la précarité », relève Jeanne Pellen. D'autres étudiants intériorisent ces difficultés en renonçant par avance à des études jugées trop longues.  

 


TRIBUNE - Faisons de la précarité étudiante la prochaine grande cause nationale 


 

Au-delà de l'aide, créer du lien social 

 

Pour répondre à ces difficultés, l’aide entre pairs est une des clés de voûte de Cop1 Solidarités étudiantes. « Il y a des étudiants qui n’osent pas se rendre dans les autres réseaux d’aide alimentaire car ils se demandent s’ils sont légitimes par rapport à d’autres situations », met en avant la responsable des relations publiques de l’association, dans laquelle un bénévole sur deux est également bénéficiaire.  

Cop1 cherche également à casser « un sentiment de honte beaucoup trop présent » et, au-delà de l’aide matérielle, à créer du lien social. « Un étudiant entouré a davantage de connaissances des opportunités », argumente Jeanne Pellen. 

Dans cette optique, l’association développe, en plus des distributions, un volet d’accompagnement pour permettre l’accès aux droits, à la culture et au sport. Elle a également ouvert à Paris le restaurant la Cop1ne, ouvert à tous et proposant des tarifs réduits pour les étudiants. Des ateliers de cuisine, les « Fest1 », réunissent quant à eux bénévoles et étudiants bénéficiaires pour confectionner et partager ensemble un repas. 

 


Lire également : [Vidéo] La Cop1ne, un restaurant solidaire à Paris : « C’est hyper abordable, on n'a jamais vu ça ! »


 

Des changements politiques décriés 

 

Financée grâce à des partenariats avec les Banques alimentaires, des actions de mécénat, des dons et des subventions publiques, l'association compte aujourd'hui une vingtaine de salariés. Le modèle fondé sur le bénévolat des étudiants constitue cependant un défi permanent, notamment pour la montée en compétences et la prise de responsabilité des bénévoles. Elle doit également faire face à de nouvelles difficultés. « Au fil des années, le soutien de l’État s’amenuise avec des coupes budgétaires et des enveloppes non renouvelées. Simultanément, des décisions politiques réduisent les droits des étudiants et augmentent la précarité », dénonce Jeanne Pellen. 

Depuis le 1er juillet, les étudiants ressortissants de pays hors de l'Union européenne ne peuvent par exemple plus bénéficier des aides personnelles au logement (APL) s'ils ne sont pas également titulaires d'une bourse sur critères sociaux. La généralisation des droits d'inscription différenciés à l'université pour les étudiants étrangers est également appliquée de manière plus stricte depuis un décret gouvernemental de mai dernier.  

 

Des profils en dehors des critères d'aide 

 

Or, 76 % des étudiants accompagnés par Cop1 Solidarités étudiantes sont de nationalité étrangère. De plus, 80 % du public accompagné ne dispose pas de bourse ou perçoit une aide limitée aux échelons 0 bis ou 1, alors que le plus haut niveau d'aide s'établit à 7. Sur l'ensemble, 80 % déclarent avoir moins de 100 euros de reste à vivre après le paiement de leur loyer. 

« Il y a des effets de seuil, des étudiants qui passent en dehors des critères ou qui sont en rupture familiale », explique Jeanne Pellen. Par ailleurs, 30 % des étudiants accompagnés ne sont pas inscrits à l'université mais dans des écoles privées. « Malgré les clichés, la précarité existe aussi parmi les étudiants du privé. Certains ont par exemple souscrit des prêts pour pouvoir financer leurs études », appuie la responsable des affaires publiques de Cop1. Autant de raisons qui poussent l’association à mener des actions en dehors des campus pour être accessible à tous et à plaider pour une réforme du système des bourses. 

 

Un plaidoyer pour des politiques plus larges 

 

« Il faut soit augmenter les aides, soit adapter les études pour que les jeunes puissent travailler à côté dans des conditions correctes », considère de son côté Chantal Stheneur.  

Cette année, une mesure largement médiatisée a été mise en place par l'État pour lutter contre la précarité alimentaire des étudiants : le repas dans les restaurants universitaires Crous à 1 euro pour tous les étudiants, sans conditions de ressources. Une bonne nouvelle mais qui « ne peut pas être l'unique réponse à la précarité étudiante », considère Léonore Maunoury, la présidente de Cop1 Solidarités étudiantes, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. Elle appelle à des politiques publiques plus larges. 

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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