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Par Carenews INFO - Publié le 10 septembre 2026 - 12:55 - Mise à jour le 10 septembre 2026 - 12:56 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Vinted, friperies, Emmaüs : Oxfam France souligne des impacts environnementaux et sociaux différents

Dans un rapport publié le 10 septembre, Oxfam France compare l’impact environnemental et social des différents modèles de seconde main textile. Pour garantir une mode durable, l’association appelle à un soutien accru des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Acheter des produits textiles de seconde main sur une plateforme numérique génère ainsi jusqu’à cinq fois plus de CO2 que dans une boutique solidaire de proximité, selon Oxfam. Crédit : iStock / Anna Savina.
Acheter des produits textiles de seconde main sur une plateforme numérique génère ainsi jusqu’à cinq fois plus de CO2 que dans une boutique solidaire de proximité, selon Oxfam. Crédit : iStock / Anna Savina.

  

Ces dernières années, le marché de la seconde main dans le secteur du textile a connu un essor notable. Estimé à plus de 4,6 milliards d’euros en France en 2025, le secteur progresse deux fois plus vite que le marché du neuf.  

Une bonne nouvelle en apparence lorsqu’on sait que privilégier la réutilisation et le réemploi permet de réduire l’impact environnemental d’un secteur très émetteur. Une distinction s’impose cependant, argumente l’association de lutte contre les inégalités Oxfam France dans un rapport publié le 10 septembre. Tous les marchés de la seconde main n’ont pas le même impact, affirme-t-elle. 

 

Des modèles de seconde main différents 

  

Oxfam France distingue « quatre familles » de la seconde main textile :  

  • le réemploi solidaire développé depuis les années 1950 par les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) à l’instar d’Emmaüs ou de La Croix-Rouge ; 

  • les fripes, boutiques vintages ou enseignes spécialisées proposant de la seconde main à des clients ; 

  • les plateformes numériques permettant la revente entre particuliers comme Vinted ;  

  • et enfin les entreprises proposant des services à d’autres entreprises de la seconde main (solutions technologiques, service de collecte et tri, etc.). 

Au sein de ces différents modèles, la commercialisation des vêtements de seconde main ne produit pas les mêmes effets « sur les territoires, l’emploi, la solidarité ou l’environnement », souligne l’association. 

 


Lire également : 6 initiatives solidaires pour une mode plus durable 

  

Sur logistique et effet rebond : les dessous de la seconde main lucrative 

  

Selon Oxfam France, « les modèles ESS présentent les impacts environnementaux les plus faibles », s’expliquant notamment par un ancrage territorial fort limitant les transports entre les différentes étapes du réemploi.  

À côté, les modèles lucratifs et les plateformes numériques ont un impact plus élevé, dus notamment à la multiplication des flux logistiques et à des échanges réalisés à plus grande distance, le tout dans un contexte de « mondialisation croissante des flux de seconde main ». Selon les calculs d’Oxfam France, acheter des produits textiles de seconde main sur une plateforme numérique génère ainsi jusqu’à cinq fois plus de CO2 que dans une boutique solidaire de proximité.  

En outre, les plateformes numériques comme Vinted tendent à produire un « effet rebond », accompagnant plus que se substituant à la production de vêtements neufs. « Recommandations personnalisées, alertes, favoris, achats en quelques clics et renouvellement permanent de l'offre reproduisent les mécanismes du e-commerce traditionnel », détaille l’association. 

 

Un impact social différent 

  

Au-delà de l’impact environnemental, les différentes familles de seconde main participent à des modèles sociaux différents, défend Oxfam. Par exemple, un vêtement de seconde main dans une boutique solidaire coûte en moyenne 3,40 euros contre 16,70 euros dans une enseigne lucrative, soit cinq fois moins cher. 

De plus, les plateformes font reposer leur modèle économique sur la réalisation de tâches gratuites par les utilisateurs tandis que certaines boutiques lucratives reposent sur des emplois très précaires, dénonce encore l’association. Elle cite notamment un témoignage inquiétant de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) portant sur une usine de tri française et souligne l’externalisation d’activités de tri en Tunisie, au Pakistan, en Turquie ou aux Émirats arabes unis.  

À l’inverse, les structures du réemploi solidaire favorisent le lien social et l’insertion tout en réinvestissant leurs excédents dans des missions sociales, met en avant l’association. « Les structures de réemploi solidaire constituent déjà aujourd'hui un gisement à la fois d'emplois locaux, non délocalisables et peu automatisables et d’activités citoyennes locales », argumente-elle. Au sein de ses propres boutiques en France, 250 bénévoles sont engagés.  

  

Une concurrence déloyale ? 

  

Malgré l’essor de la seconde main, les acteurs du réemploi solidaire sont confrontés à des difficultés systémiques, rappelle encore Oxfam France qui pointe une concurrence entre les modèles.  

Alors que les acteurs de l’ESS croulent sous les volumes à trier : la France importe par exemple plus de 10 000 tonnes de vêtements de seconde main par an de haute qualité, en provenance du Royaume-Uni et d’autres pays européens, souligne l’association.  

Cette importation de vêtements « écrémés », c’est-à-dire déjà triés et sélectionnés, augmente la concurrence tout en laissant peser sur les structures solidaires et les collectivités « les coûts environnementaux et sociaux liés au traitement des textiles de moindre qualité », dénonce l’association. 

 


Lire également : 49 % des textiles non réemployables proviennent de la fast-fashion « de première génération » 

 

La refonte de la REP textile dans le viseur 

  

Face à constat, elle plaide pour des politiques publiques favorisant davantage le réemploi solidaire.  

Oxfam France appelle ainsi à réduire de 30 % les volumes de textiles mis sur le marché d’ici à 2035 et interpelle le gouvernement sur le projet de nouveau cahier des charges de la filière REP textile, chaussures et linge de maison (TLC). Soumis à consultation durant cet été et devant entrer en vigueur le 1er janvier 2027, ce projet risque selon Oxfam, d’aggraver les difficultés des structures de réemploi solidaire. 

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

 

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