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Par Carenews INFO - Publié le 17 avril 2026 - 15:40 - Mise à jour le 17 avril 2026 - 15:57 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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49 % des textiles non réemployables proviennent de la fast-fashion « de première génération »

Le collectif d’associations Stop fast-fashion a mené une enquête auprès de 33 ressourceries pour déterminer la nature des déchets textiles non réemployables. Face à ces résultats, elle appelle à ne pas distinguer entre fast et ultra fast-fashion pour réduire efficacement l’impact environnemental de l’industrie textile.

Depuis l’année dernière, les acteurs du réemploi textile alertent sur la crise qu’ils subissent, provoquée notamment par un volume trop important de vêtements de mauvaise qualité, asphyxiant la filière. Crédit : iStock / smirart
Depuis l’année dernière, les acteurs du réemploi textile alertent sur la crise qu’ils subissent, provoquée notamment par un volume trop important de vêtements de mauvaise qualité, asphyxiant la filière. Crédit : iStock / smirart

 

L’ultra fast-fashion est-elle plus dévastatrice sur l’environnement que la fast-fashion ? Cet argument a été avancé lors des débats autour de la proposition de la loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Il a même poussé le Sénat à modifier le texte de loi pour cibler spécifiquement les enseignes d’ultra fast-fashion, Shein et Temu en tête. 

Dans une enquête de terrain, menée au sein de 33 ressourceries, la coalition Stop fast-fashion le remet pourtant en question. Alors que la commission mixte paritaire ne s’est toujours pas réunie, le collectif d’associations, dont font partie Emmaüs France et les Amis de la terre France, dénonce une distinction « artificielle » entre fast-fashion « de première et de seconde génération », soit entre fast et ultra fast-fashion. 

 


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Des habits abîmés, de mauvaise qualité ou de peu de valeur marchande 

  

Selon l’enquête, 49 % des textiles non réemployables mis au rebut par les acteurs du réemploi textile proviennent de la fast-fashion « de première génération », dont font partie des enseignes comme Zara, H&M ou Kiabi. Quant à l’ultra fast-fashion ou « acteurs de seconde génération », elle ne représente pour l’instant que 5 % des textiles non réemployables.  

Quelle que soit leur origine, ces textiles ne sont pas réemployables « car de trop mauvaise qualité », précise la coalition. Concrètement, les vêtements sont soit abîmés (tachés, troués…), soit « leur qualité intrinsèque est faible et rend non pertinente une remise en usage ». Dans ce deuxième cas, « la réparation est techniquement impossible, peu durable ou disproportionnée au regard de la qualité textile ».  

 


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Troisième possibilité, « la qualité perçue (ou qualité extrinsèque) est faible ». Autrement dit, « même si le vêtement est en bon état et pourrait être reporté, la valeur du produit est faible », explique Stop fast-fashion. « Cette perception dépend notamment du prix du produit neuf - plus son prix est faible plus sa valeur perçue est faible -et des quantités disponibles de ce même produit - plus il est accessible en grande quantité, plus il perd en valeur, et a contrario la rareté crée l’attrait », précise-t-elle. Soit une situation favorisée par le modèle de la fast-fashion, fondée sur la baisse des prix par la délocalisation et la production de masse. 

 

En 2024, une majorité de vêtements non réemployables
En 2024, environ 19 000 tonnes de vêtements ont été collectés par ses membres, rapporte le Réseau national des ressourceries et recycleries. Environ 41 % de ces vêtements sont réemployés, c’est-à-dire revendus, données ou upcyclés. 54 % « est recyclé ou envoyé vers des filières de recyclage », et 5 % est « non valorisé » (incinération et enfouissement).

 

Une part importante de vêtements non identifiés 

  

L’enquête, coordonnée par le Réseau national des ressourceries et recycleries, s’est déroulée selon une méthodologie développée à partir de la classification de l’Ademe. 

Elle permet d’« identifier la place relative des différents acteurs de l’industrie mais aussi de comprendre l’impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui les acteurs de la collecte et du réemploi de vêtements », précisent les associations. Depuis l’année dernière, les acteurs du réemploi textile alertent sur la crise qu’ils subissent, provoquée notamment par un volume trop important de vêtements de mauvaise qualité, asphyxiant la filière. 

Dans l’échantillon analysé pour l’enquête, la grande majorité des textiles analysés proviennent de l’apport volontaire des habitants. Ils ne comprennent ni chaussures, ni linge de maison. À côté de la fast et de l’ultra fast-fashion, 46 % des textiles non réemployables sont classés dans la catégorie « autres ». 

Dans cette dernière catégorie, se trouvent des vêtements « de moyenne gamme », notamment « des marques grand public reconnues pour leur solidité ou leur longévité » ou « des petites marques “vintage ou retro” issues des années 70, 80, 90, dont la qualité textile est généralement supérieure à celle de la fast-fashion actuelle ». Mais la majorité de cette troisième catégorie est surtout constituée de pièces non identifiables « sans étiquette, sans marque identifiable ou sans information de traçabilité ». Selon le collectif Stop fast-fashion « l’expérience de terrain des ressourceries et recycleries montre que ces textiles correspondent, dans l’immense majorité des cas, à des produits issus de logiques de fast-fashion, avec une qualité insuffisante pour permettre un réemploi ».  

 


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L’ultra fast-fashion : un développement plus récent 

  

Face à ces résultats, le collectif Stop fast-fashion appelle donc les pouvoirs publics à revenir sur la distinction entre fast et ultra fast-fashion dans la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental du textile.  

« Plutôt que réguler tout un secteur, la proposition de loi prend des allures protectionnistes. Les dernières versions du texte ne portent plus sur l’urgence environnementale ni sur l’importance de réguler une industrie parmi les plus polluantes au monde, mais une ambition affichée de cibler désormais uniquement les nouveaux acteurs de “l'ultra fast-fashion” asiatique », considère-t-elle. En l’état, elle risque « de préserver 80 % du secteur […] au nom de la préservation de l’activité commerciale des acteurs européens et des emplois dans leurs magasins », souligne-t-elle.  

À noter que si l’ultra fast-fashion ne représente que 5 % des vêtements non réemployables, c’est surtout parce que le développement de ce modèle est plus récent en France. Se caractérisant par la suppression des intermédiaires physiques et un renouvellement frénétique des collections jusqu’à plusieurs milliers de nouveaux modèles par jour, les acteurs de ce modèle « n’ont pris une place significative sur le marché français qu’entre 2022 et 2025, pour se hisser aujourd’hui dans le top 5 des marques les plus vendues », relève la coalition.  

 


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« L’ultra fast-fashion constitue certes une aggravation réelle et préoccupante de ces logiques, mais elle s’inscrit dans une continuité de pratiques nocives alors qu’on tente de les décrire comme les seules responsables de maux de l’industrie du textile », argumente Stop fast-fashion.

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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