Climat : à quoi ressembleront nos modes de vies en 2050 ?
Pour limiter le changement climatique, nos modes de vies doivent évoluer. La rédaction s'est intéressée à l'avenir de plusieurs pratiques dans un monde à zéro émission nette de gaz à effet de serre.
Pour limiter les dégâts liés au changement climatique, l’action des pays doit maintenir l'élévation de la température moyenne de la planète « nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels », selon l'Accord de Paris sur le climat. Les États de l'Union européenne se sont pour cela engagés à atteindre la neutralité carbone, c'est-à-dire à ne pas émettre davantage de gaz à effet de serre que ce qu’ils ne peuvent absorber, grâce aux puits de carbone comme les forêts et les océans. Tous les secteurs d'activité doivent contribuer à cet objectif climatique, fixé pour 2050.
La rédaction s'est interrogée cette année sur les façons dont nos modes de vies doivent évoluer. Retour sur ces sujets.
L'équipe de France masculine de football a fait vibrer certains d'entre-nous, pendant la Coupe du monde, au début de l'été. Mais selon l'ONG Fossil free football, elle a été « la plus polluante de l’histoire de la compétition ». Son bilan d’émissions de gaz à effet de serre prévisionnel a été évalué à « quasiment le double de la moyenne des Coupes du monde organisées entre 2010 et 2022 », par une autre ONG, Scientists for global responsibility. Un record entraîné par la croissance du nombre d’équipes, de matchs et par leur tenue dans seize villes de trois pays différents. Les impacts sur l’eau et la biodiversité sont également notables.
« Il faut un changement total de modèle », considère dans cet article Calvin Coulibaly-Pinault, du collectif Les Climatosportifs. « Il y a une surenchère de compétitions, lointaines et fréquentes. C’est un déséquilibre pour les athlètes, avec des risques pour la santé, et un déséquilibre environnemental ».
Il faut réduire le « nombre de compétitions, d’équipes, de participants et de spectateurs », abonde Alan Lemoine, du Shift project, co-pilote d'un rapport sur l'empreinte carbone du football et du rugby. Mais aussi favoriser des mobilités ayant moins d’impact sur le climat que l’avion et la voiture, végétaliser l’alimentation, la rendre plus locale et saisonnière ou encore isoler les bâtiments et favoriser la sobriété énergétique. Une fois ces changements mis en œuvre, les champions et championnes du ballon rond pourront continuer à nous faire rêver, avec un plus grand respect des limites de notre planète.
L'aérien représente environ 15 % des émissions du secteur le plus contributif au changement climatique en France, celui des transports. Cela correspond à 5 % des émissions totales du pays, selon les services de statistiques publiques. Et en règle générale, l'avion est un moyen de transport très émetteur, en particulier par rapport au train. Pour réfléchir aux façons de le décarboner, le think-tank The Shift project et l’association Aéro décarbo se sont penchés, dans un rapport publié début février, sur les perspectives ouvertes par les carburants d'aviation durables, les SAF, constitués à partir de biomasse ou de carbone et d’hydrogène.
Pour respecter les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris, le Shift project et Aéro décarbo estiment nécessaire d'engager une « décroissance légère » du trafic aérien, d’environ - 3 % par an. Elle doit avoir lieu « en même temps que les SAF se développent », pour permettre ensuite une reprise de la croissance des vols. En 2040, elle pourrait retrouver son niveau actuel, soit environ 1 000 kilomètres par an et par personne, estiment les auteurs.
« Ces hypothèses technologiques sont cependant très optimistes. Il s’agit des scénarios les plus ambitieux et les plus poussés », précisait Loïc Bonifacio, vice-président d'Aéro décarbo, lors de la présentation du rapport. Surtout, elles appellent une réelle modération par les acteurs de l’aérien, aujourd’hui loin d’être dans les plans.
Moins d'avion, plus de train ? Un Paris-Marseille à deux émet 56 kg de CO2 en voiture et 148 kg en avion, contre 6,75 kg en Intercités, d’après l’Agence de la transition écologique (Ademe). Mais les wagons-couchettes ont été boudés ces dernières décennies. « L’âge d’or des trains de nuit, c’est une partie du XXe siècle. Dans les années 1970-1980, ils déclinent », explique l’historien Étienne Faugier dans cet article. En 2017, il ne reste plus que deux lignes de train de nuit en France, avant qu’elles ne soient relancées par le gouvernement, quatre ans plus tard.
Des acteurs privés se lancent aujourd’hui dans l'exploitation de trains reliant les villes d'Europe, avec le défi de prouver leur rentabilité. Le Réseau action climat, représenté dans cet article par Alexis Chailloux, appelle les pouvoirs publics à soutenir le développement de ce moyen de transport pour les lignes nationales et internationales, et à agir sur l'avion. De quoi renoncer à un « rapport un peu consumériste au voyage, encouragé par la connectivité aérienne, avec un côté collectionneur de destinations. Il ne répond pas vraiment aux besoins traditionnels des vacances : passer du temps avec ses amis, se reposer, faire des découvertes », note Alexis Chailloux.
L'IA générative semble avoir envahi les vies quotidiennes et parfois les lieux de travail. En juin 2025, 48 % de la population y avait recours, selon un baromètre publié par divers organismes publics, dont l’Arcom et réalisé par le Crédoc. C'était notamment le cas de 85 % des 18-24 ans. Son utilisation est avant tout motivée par les gains de temps et d'efficacité supposés dans le but de rechercher des informations, de rédiger, traduire et améliorer des textes ou encore de trouver « de nouvelles idées », d’après le même baromètre. Mais cet engouement est-il compatible avec la limitation du changement climatique et le respect des limites planétaires ?
Émissions de gaz à effet de serre, extraction de matières premières, notamment de métaux, mais aussi prélèvements d'eau, pollutions, artificialisation des sols... Les conséquences de la construction et de l'utilisation des infrastructures et équipements nécessaires à l'usage des IA génératives sont multiples. Du côté des entreprises qui y ont recours, la « priorité numéro un, ce sont les gains de productivité », sans que l'IA générative telle qu’elle est connue du grand public ne serve vraiment la transition écologiquen notait Dejan Glevas, professeur associé et responsable de l’Institut « AI for sustainability » à l’école de commerce Essca, dans cet article.
« Il faut inverser la réflexion : se demander quels sont nos besoins, la société dans laquelle on a envie de vivre et les valeurs qu’on veut défendre, et ensuite, réfléchir à la manière dont on atteint ces objectifs, et avec quelles technologies. L'IA ce n'est pas quelque chose de magique ! », jugeait face à cette situation Lou Welgryn, secrétaire générale de l'ONG Data for good, appelant à une modération et un encadrement de son utilisation.
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C'est bien souvent un indispensable du travail et des matins fatigués : la tasse d'expresso ou de capuccino. Mais la culture de café a des conséquences écologiques multiples. Lorsqu'elle vise des rendements importants, elle conduit à une déforestation significative. Celle-ci a un impact climatique : 5,6 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an en moyenne entre 2019 et 2023, soit dix fois les émissions de la France, pour les 20 pays tropicaux les plus émetteurs à cause de la déforestation. En plus, le fait d'arracher les arbres met fin à leur capacité à absorber du carbone, et donc à limiter le réchauffement climatique. L'utilisation d'engrais de synthèse contribue également à élever les températures, en raison de leur fabrication à base d’énergies fossiles. Sans compter les effets de la déforestation et du recours aux engrais sur la biodiversité, et le fait que la culture du café conduise à des violations du droit du travail et des droits humains.
Si une partie du café est cultivée en agroforesterie, avec des effets bénéfiques sur la biodiversité et le climat, cette pratique reste minoritaire, au même titre que le commerce équitable, supposé garantir une plus juste répartition de la valeur vis-à-vis des travailleurs. Dans ce contexte, Pierre Wolf-Mandroux, auteur de La jungle du café, enquête sur un trafic mondial (Plon, 2025), invite à privilégier le label Fairtrade international et le café cultivé en agriculture biologique, mais aussi à s'assurer de la transparence sur sa provenance. « Il faut éviter à tout prix Starbucks et Nestlé », insiste-t-il dans cet article. Des législations pourraient également mieux réglementer l'activité des multinationales commercialisant les fameux grains noirs.
Célia Szymczak 