Ashoka France poursuit sa réflexion sur les modèles économiques de l’intérêt général
Lors d’une intervention de rentrée organisée le 22 septembre, la directrice générale d’Ashoka France, Elsa da Costa, a évoqué la création d’un fonds qui contribuerait au financement des organisations d’intérêt général. Cela s’inscrit dans sa réflexion sur la « transformation des modèles économiques » des associations.
Depuis 2004, Ashoka France soutient et accompagne des « entrepreneurs sociaux », des personnes portant des projets répondant à des problématiques sociales et environnementales. Ils sont plus de 90 à avoir été accompagnés par la structure à ce jour. Parmi eux depuis cette rentrée, par exemple : Eva Morel, secrétaire générale de l’association QuotaClimat, qui agit pour un meilleur traitement des enjeux écologiques dans les médias ; Martial Jardel, cofondateur de l’association Médecins solidaires, qui lutte contre les déserts médicaux ; et Alicia Barbe, directrice de L’Académie des futurs leaders, association de formation en ligne pour « défendre la démocratie », visant les personnes sous-représentées en politique.
À l’échelle mondiale, Ashoka a levé 1 milliard d’euros depuis sa création en 1980 pour remplir cette mission. Elle se fixe désormais l’objectif de réunir la même somme les dix prochaines années, a annoncé Elsa da Costa, la directrice générale d’Ashoka France. « Nous lançons une offensive extraordinaire pour l’intérêt général », s’est-elle réjouie, lors de la présentation des actions de l’ONG pour l’année à venir, le 22 septembre à Paris.
Celles-ci s’inscriront dans une démarche résumée par « trois mots clés : la justice, l’engagement et le courage », revendique Elsa da Costa. Lors de son intervention, elle a évoqué à plusieurs reprises la question du modèle économique des associations.
Un fonds pour les associations
Une partie d’entre elles se trouve en effet en grande difficulté : en septembre 2025, une association sur quatre déclarait avoir réduit ses activités, selon une enquête du Mouvement associatif. L'économie sociale et solidaire a perdu 10 447 emplois, en grande majorité associatifs, au second semestre 2025, dénonçait ESS France en avril. En cause : la baisse des financements publics, mais aussi la hausse des charges.
« Nous souhaitons innover en matière de modèle économique », insiste Elsa da Costa, mentionnant les tensions sur les finances publiques et le fait que « le privé, même s’il n’est pas majoritaire dans les financements associatifs, commence aussi à sélectionner » des projets. Dans ce contexte, « nous sommes en train de regarder de manière très appuyée la constitution d’un fonds à impact », révèle Elsa da Costa.
Concrètement, celui-ci prendrait la forme d’un fonds de partage, géré par plusieurs acteurs, autour de la société d’investissement Eurazeo. Avec ce type de produit financier, une partie de la plus-value générée par les investissements est reversée à des organisations d’intérêt général sous forme de don. « En Europe, nous n’avons pas cette culture de faire fructifier l’argent », regrette Sophie Flak, membre du directoire d’Eurazeo, en charge de la durabilité et de l’impact. L’objectif est donc de le faire « au service des associations et des fondations », « en restant très raisonnable sur le profil de risque » et « sur le niveau de liquidité », poursuit-elle.
Un plaidoyer pour la présidentielle
La question des « business modèles de l’entrepreneuriat social » sera également au cœur d’une chaire de recherche déployée par l’EM Lyon business school, dans le cadre de son partenariat avec Ashoka France, a précisé l’ONG le 22 septembre.
Dans sa démarche de réflexion sur le financement des associations, elle a en outre publié avec la Fondation BNP Paribas un manifeste intitulé « Construisons le modèle économique des associations du 21ᵉ siècle », mi-juillet, à l’issue d’une journée de réflexion réunissant 350 acteurs du secteur. Il invite notamment à bonifier la fiscalité du mécénat – la réduction d’impôt de 66 % du montant du don effectué à une organisation d’intérêt général – pour les donateurs garantissant un soutien pluriannuel. Ses auteurs proposent aussi de relever le plafond de prestations lucratives que peuvent réaliser les associations, actuellement fixé à un peu plus de 80 000 euros par an. Et à réduire les charges pesant sur elles.
Pendant la campagne présidentielle, Ashoka France portera des propositions sur ces questions, soutenant notamment celles de France générosités, le syndicat des organisations faisant appel au don. L’ONG a par ailleurs prévu de « recueillir les innovations essentielles de nos fellows [les entrepreneurs accompagnés] pour les consolider au sein d’un programme présidentiel ». Celui-ci contiendra en particulier des recommandations pour renforcer la place de l’intérêt général et le soutien à l'entrepreneuriat social.
Une « bataille des récits »
« On ne parle pas suffisamment des gains apportés à la société par le secteur associatif », déplore Elsa da Costa. La directrice générale d’Ashoka France a dénoncé la une et le dossier publiés par le Journal du dimanche (JDD) le 20 septembre dernier, accusant les associations d’avoir « englouti » 60 milliards d’euros. Elle y voit la concrétisation d’une « bataille des récits », à laquelle Ashoka France compte participer en soutenant une autre position. « Derrière ces financements, il y a des crèches, de l’aide alimentaire, de l’accompagnement vers l’emploi et des réponses concrètes aux besoins des Français », a-t-elle rappelé dans une communication à la presse. Les associations « font émerger des solutions qui peuvent ensuite inspirer les politiques publiques », a-t-elle ajouté.
Ashoka France a saisi le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), dénonçant un « manque de rigueur factuelle des chiffres du dossier », un « défaut flagrant de contradictoire et d’équilibre des points de vue » et un « lien d’intérêt non précisé » entre l’organisation Périclès – qui a pour but de diffuser les idées de droite en France –, fondée par l’homme d’affaires Pierre-Édouard Stérin, et Hexagone, l’organisation qui a publié les chiffres relayés par le JDD. Périclès soutient en effet Hexagone financièrement. Ashoka France déplore enfin une « obstruction délibérée à l’esprit critique des citoyens », en demandant au CDJM « d’inviter le JDD à publier un rectificatif ou un complément ».
450 associations ont à ce jour soutenu la saisine, selon Ashoka France.
Célia Szymczak 