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Par Carenews INFO - Publié le 9 décembre 2021 - 10:00 - Mise à jour le 13 décembre 2021 - 10:55 - Ecrit par : Théo Nepipvoda
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Isabelle Susini (1% for the Planet) : « Il faut plus d’audace pour financer des projets de protection de l’environnement »

À l’occasion du lancement d’un calendrier de l’Avent du don, on a interrogé Isabelle Susini, directrice France de 1% for the Planet. Elle a évoqué la lente évolution de la philanthropie environnementale.

Isabelle Susini est directrice France de 1% for the Planet. Source : iStock.
Isabelle Susini est directrice France de 1% for the Planet. Source : iStock.

 

Lancé en 2002 par Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia, 1% for the Planet est un mouvement qui propose à des entreprises de verser 1% de leur chiffre d’affaires à des associations environnementales. Elles peuvent ainsi utiliser le logo 1%. Isabelle Susini est directrice du réseau français qui compte près de 1 000 membres et 500 associations récipiendaires. Cette année, le réseau lance un calendrier de l’Avent qui permet de réaliser des dons pour des associations sélectionnées. On a discuté avec Isabelle Susini de cette nouveauté mais également de la lente évolution de la philanthropie environnementale.

 

  • Comment fonctionne le calendrier de l’Avent de 1% for the Planet ?

Chaque jour, une association est mise en avant sur nos réseaux sociaux. Sur notre site web, on retrouve une petite fenêtre que l’on peut ouvrir pour découvrir l’association. Chaque association a une page consacrée avec la possibilité de faire un don. Pour inciter les donateurs, nous leur proposons de bénéficier, jusqu’à 2 000 euros, le doublement des dons. 

 

  • Toute l’année, vous proposez aux entreprises de s’engager pour l’environnement. Expliquez-nous.

1 % for the Planet a pour mission d’engager les entreprises à verser 1% de leur chiffre d’affaires à des associations environnementales présélectionnées. Cela peut être sur la totalité de l’entreprise, sur une marque ou sur une gamme. 

Notre cheval de bataille est la philanthropie environnementale car nous partons du constat que la protection de l’environnement est le parent pauvre de la philanthropie. Elle ne perçoit que 7 % des sommes provenant du mécénat. Cela peut paraître étonnant car l’environnement prend beaucoup plus de place dans les médias et dans les préoccupations des Français. 

Nous traitons tous les sujets environnementaux : l’agriculture, la biodiversité, les océans, la pédagogie, la santé. C’est très large ! Les entreprises choisissent et elles versent directement leur 1% à ces associations.

Dans certains cas, elles ont besoin de conseils. Nous pouvons les aider si elles ne savent pas vers qui flécher les 1%. Nous pouvons faire des sélections sous forme d’appels à projets. 

 

  • Comment expliquez-vous cette lente évolution de la philanthropie environnementale ?

Il faut plus d’audace pour financer des projets de protection de l’environnement : c’est plus engageant. C’est peut-être plus facile pour les entreprises de financer des projets liés à la culture, au sport, voire au social. 

Mais ce n’est pas connaître la diversité des problématiques environnementales que de penser que ça peut vous exposer. Car, si vous financez un programme pédagogique avec les écoles sur la connaissance de la biodiversité ou une fresque du climat, ce n’est pas politique. L’exposition ici est plutôt positive.

Autre raison, la prise de conscience est encore un peu lente. Ce sont des sujets partagés mais il y a un passif de non-prise en compte. Donc ça ne va pas bouger du jour au lendemain. 

Une autre raison de la lenteur, c’est l'étendue du problème. Cela peut paraître tellement important que l’on ne sait pas par quel bout commencer. C’est pour cette raison que nous essayons de conseiller et de faire des présélections pour faciliter la démarche philanthropique.

 

  • Pensez-vous que c’est aux entreprises de financer l’écologie ou viennent-elles en complément ?

C’est forcément un complément car nous avons tous notre part de responsabilité. Après, les citoyens français considèrent, à 50 %, que le poids de la responsabilité dans le domaine environnemental repose sur les entreprises. Il y a donc une vraie demande de la part des citoyens.

L’Etat doit agir sur la réglementation ou sur des questions fiscales en favorisant les bonnes décisions. Mais, les entreprises ont complètement un rôle et c’est tout dans leur intérêt vu que c’est une préoccupation grandissante chez les citoyens.  

 

  • Toutes les entreprises sont-elles les bienvenues dans votre réseau ?

C’est une question que se posent toutes les associations : où place-t-on le curseur ? Nous avons exclu les industries fossiles, chimiques, pornographiques, du tabac. Également, nous sommes plutôt réticents à imaginer qu’un saucisson puisse porter le logo 1%. Ce sont des questions récurrentes au sein de l'équipe et même au sein du conseil d’administration.

 

  • Le réseau permet-il également de former les entreprises philanthropes sur ces thématiques environnementales ?

Cela se fait naturellement car la philanthropie vient de l'entreprise, mais elle nourrit aussi l’entreprise. Quand une entreprise comme Gobilab finance via son mécénat l’association Surfrider Foundation Europe, cela ne se limite pas à un chèque. Les structures vont échanger, y compris sur des sujets qui peuvent toucher le mode opératoire de l'entreprise. Elles travaillent ensemble sur des problématiques légales. 

De plus, dans le cadre du 1%, les entreprises peuvent verser la part sous forme de mécénat de compétences ou de don de produit.

 

  • Le 1% est un véritable atout marketing. Mais avez-vous pensé à d’autres labels pour d'autres niveaux d'engagement, d'autres sommes ?

C’est une question qui nous est régulièrement posée par des entreprises de l’industrie. Elles préféreraient verser 1 % de leur profit. Mais non ! La volonté a été posée dès le début par Yvon Chouinard, le fondateur, qui l’exprime très bien en disant 1 % of nothing is nothing (1 % de rien, ça donne rien). Il faut prendre une décision sur un périmètre plus large que le profit qui est le chiffre d’affaires. 

L’avantage de ce chiffre, 1 %, est qu’il est très facile à comprendre dans toutes les langues. De plus, ça a un effet structurant : un certain nombre d’entreprises qui viennent nous voir ont déjà une politique de mécénat mais qui peut partir dans différentes directions. Le fait de rassembler cela sous un chapeau qui est 1% for the Planet, ça permet de structurer leur politique de mécénat et au-delà, leur politique RSE. 

 

  • Où en êtes- vous niveau notoriété ?

En juillet 2020, 33 % des Français connaissaient 1% for the Planet. Cette année, c’est 41 % et même 49 % des jeunes.

 

  • Quelle est la place des petites entreprises dans ce mouvement ?

Elles ont une grande place puisque c’est la grande majorité des entreprises membres. Les TPE représentent 80 % des entreprises du réseau. Evidemment, en poids, les 20 plus grosses entreprises doivent faire 80 % du volume de philanthropie.

 

Propos recueillis par Théo Nepipvoda

 

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